Changements climatiques - L'avenir d'Hydro est au nord

Marco Bélair-Cirino Collaboration spéciale
Laxmi Sushama, chercheure au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER), René Planton, de Météo-France, et René Roy, chercheur principal à l’IREQ et à Ouranos, participaient au colloque sur les événements climatiques extrêmes tenu dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.<br />
Photo: Marco Bélair-Cirino - Le Devoir Laxmi Sushama, chercheure au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER), René Planton, de Météo-France, et René Roy, chercheur principal à l’IREQ et à Ouranos, participaient au colloque sur les événements climatiques extrêmes tenu dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Quelles seront les conséquences des changements climatiques sur les activités d'Hydro-Québec, qui produit la quasi-totalité de son électricité à partir de l'eau? C'est la question que se sont posée les inscrits au colloque «Événements climatiques extrêmes: inondations et sécheresses. Une rencontre entre histoire et sciences de l'environnement», tenu dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.

Lyon — La société d'État tirera parti des impacts des changements climatiques, à en croire les conclusions préliminaires d'un «vaste projet de recherche» mené, depuis 2002, par l'Institut de recherche d'Hydro-Québec (IREQ) et Ouranos, un consortium sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques.

René Roy, chercheur principal à l'IREQ et à Ouranos, a présenté un aperçu des scénarios envisagés pour les 40 prochaines années par la société d'État aux dizaines de participants du colloque réunis dans une salle de cours de l'École normale supérieure (ENS) de Lyon.

«L'objectif de notre programme de recherche est relativement simple: on souhaite, à Hydro-Québec, améliorer notre con-naissance des changements climatiques de manière, d'une part, à limiter les conséquences néfastes de certains phénomènes [...], et aussi, et pourquoi pas, dans certains autres domaines, en tirer avantage», souligne d'entrée de jeu M. Roy.

«On fait chez nous l'hypothèse que les concentrations de gaz à effet de serre (GES) évoluent et qu'il y aura une incidence sur le climat», fait-il savoir en montrant une diapositive. «La question qu'on est en droit de se poser est la suivante: est-ce qu'on doit changer nos pratiques tant pour l'exploitation que la conception de nos ouvrages hydrauliques, ceux que l'on exploite?»

Hydro-Québec détient 58 centrales hydroélectriques, une centrale nucléaire, quatre centrales thermiques et un parc éolien susceptibles de produire plus de 36 gigawatts (GW). L'entreprise, qui possède aussi 26 grands réservoirs d'une capacité de stockage de 175 térawatts-heure (TWh) ainsi que des centaines de barrages et d'ouvrages régulateurs, produit 97 % de son électricité à partir de l'eau. Donc, il est facile de comprendre que la question sur toutes les lèvres est celle-ci: la disponibilité en eau va-t-elle s'accroître ou s'amoindrir au Québec?

Un « vaste projet de recherche »


Ce sont plus de 90 études — à l'horizon 2050 — qui ont été prises en compte, signale René Roy. Le chercheur appuie notamment ses pronostics sur les «scénarios climatiques» des chercheurs René Laprise et Laxmi Sushama, du Centre pour l'étude et la simulation du climat à l'échelle régionale (ESCER). D'ailleurs, tous deux étaient présents au colloque pour partager leurs analyses.

«Bien que la différence entre chacune de ces projections — qui correspond à l'incertitude — soit relativement grande, on peut quand même dresser certaines conclusions communes, indique M. Roy. Les crues augmenteraient en sévérité au nord, alors qu'elles pourraient diminuer en sévérité au sud. À partir de novembre et de décembre, il semble que les apports [en eau] seront davantage soutenus. Même chose jusqu'à la période printanière, donc débits hivernaux plus soutenus, une crue devancée de quelques semaines et, conséquemment, des apports estivaux qui seront inférieurs à ce qu'on observe actuellement.»

Les barrages situés dans le nord du Québec sont alimentés par de grands réservoirs, contrairement à ceux du sud, qui sont conséquemment plus exposés au risque de sécheresse. «Dans la région où on exploite la majorité de nos centrales hydroélectriques, ça semble, pour l'entreprise, plutôt avantageux puisque l'écart pourrait atteindre 15 % à l'horizon de 2050, alors que, pour le sud du Québec, soit la région habitée, les écarts en hydraulicité seraient nettement moins importants», explique le chercheur principal à l'IREQ et à Ouranos.

Bref, «quant à la disponibilité de la ressource à l'horizon 2050, ça pourrait plutôt être favorable pour Hydro-Québec», conclut M. Roy, avant d'être affublé du qualificatif de «climato-opportuniste» par un des participants du colloque. «Mais il sera essentiel de s'adapter à ce nouveau contexte hydrologique-là. Ça représente un défi assez important pour nous et c'est ce sur quoi on devrait se concentrer au cours des prochains mois», indique-t-il.

Hydro-Québec devra, «en prochaine étape», définir des «stratégies d'adaptation et les mettre en place de façon à en tirer avantage ou, à tout le moins, limiter les conséquences négatives de ces changements-là».