La maltraitance envers les personnes âgées mise sous la loupe des chercheurs

Selon un récent sondage, 6% des personnes âgées de 65 ans et plus au Québec ont dit avoir été victimes de maltraitance; par contre, plusieurs d’entre elles n’ont pas voulu répondre à cette question. <br />
Photo: Agence Reuters Jean-Paul Pelissier Selon un récent sondage, 6% des personnes âgées de 65 ans et plus au Québec ont dit avoir été victimes de maltraitance; par contre, plusieurs d’entre elles n’ont pas voulu répondre à cette question.

Des aînés à qui on administre des somnifères trop tôt dans la soirée. D'autres qu'on réveille à cinq heures du matin pour les faire manger avant le quart de travail de jour. La maltraitance envers les aînés peut prendre une forme systémique autant qu'individuelle. Et les résidences privées pour personnes âgées ne sont pas les seules responsables de cette maltraitance, qui peut aussi trouver sa place dans le secteur public des soins de longue durée, ou au domicile des personnes âgées.

C'est ce que disait hier la toute nouvelle titulaire de la chaire sur la maltraitance des personnes âgées, Mme Marie Beaulieu.

Cette chaire, dont la ministre des Aînés, Marguerite Blais, a annoncé la formation hier au coût de 900 000 $, aura notamment pour mandat de documenter la maltraitance envers les aînés. Elle vise aussi à sensibiliser la population à la maltraitance en général, à trouver des modèles de prévention et de lutte contre la maltraitance, et à former les nouveaux intervenants à combattre sa réalité.

La pointe de l'iceberg


La ministre annonçait aussi hier les résultats d'un sondage mené dans la population québécoise au sujet de la maltraitance envers les personnes âgées. Du nombre, 6 % des personnes âgées de 65 ans et plus ont dit avoir été victimes de maltraitance. Plusieurs n'ont par ailleurs pas voulu répondre à cette question.

«Ce n'est que la pointe de l'iceberg», commente Mme Beaulieu, qui explique que les personnes les plus vulnérables, soit les personnes souffrant de pertes cognitives ou de pertes physiques, sont précisément celles qui ne répondent pas aux sondages. Par ailleurs, les répondants ont en général estimé qu'en moyenne 35 % des personnes âgées pouvaient être soumises à de la maltraitance, ce qui est beaucoup. C'est qu'il y a par plusieurs définitions de la maltraitance envers les personnes âgées, souligne Mme Beaulieu. Certains y incluent les démonstrations d'âgisme, d'autres non.

À ce jour, seules deux enquêtes canadiennes ont tenté de quantifier la maltraitance envers les personnes âgées. L'une d'elles, datant de vingt ans, estimait que 4 % des personnes âgées en étaient victimes, et l'autre, qui date d'il y a dix ans, faisait monter ce pourcentage à 7 %.

Selon Mme Beaulieu, la conscientisation de la population québécoise envers la maltraitance des personnes âgées est à peu près ce qu'elle était envers la violence conjugale il y a 20 ans. Beaucoup de chemin reste à faire.

D'ailleurs, dans le cadre du sondage dévoilé hier, 38 % des répondants ont estimé qu'il fallait sensibiliser les aînés eux-mêmes envers les mauvais traitements, 29 % ont dit qu'il fallait mieux former le personnel soignant, 28 % croient qu'il faut alerter la population en général et 22 % estiment qu'il faut dénoncer les personnes responsables.
 
4 commentaires
  • Ciceron Derome - Inscrit 17 décembre 2010 09 h 39

    Un moyen...

    À l’instar de certaines institutions, tel info-crime dans le domaine criminel, la ligne anonyme peut constituer une source importante à la fois d’information, de prévention et d’intervention. Bien sûr, il y a un coût. Mais il me semble que devant le phénomène de vieillissement d’une population de plus en plus importante le gouvernement pourrait mettre en place un dispositif de ce type qui serait certainement utile aux chercheurs et aux intervenants. Le tri des différents appels permettra d’établir des profils de violence intéressants de même que des méthodes d’intervention adaptées.

  • France Marcotte - Abonnée 17 décembre 2010 14 h 25

    Une relation particulière

    Entre un parent et son enfant, si tout le temps qu'a duré leur relation, celle-ci était houleuse et conflictuelle mais qu'on faisait avec sans trop s'en inquiéter entre personnes en pleine possession de ses moyens, il ne peut en être ainsi quand le parent devient vulnérable par l'âge et l'affaiblissement de ses facultés. Pour autant, la relation ne devient pas du jour au lendemain harmonieuse mais les rôles s'inversent assez soudainement. C'est le fils ou la fille qui devient le protecteur de l'autre alors que jusque là, il pouvait en être l'enfant capricieux. Je crois qu'il faudrait mieux se préparer à cette transition, d'abord par sa reconnaissance; même individuellement ce ne serait pas si difficile. On ne peut pas avoir la même attitude que depuis toujours avec son parent âgé; il devient en quelque sorte une autre personne, beaucoup plus vulnérable.

  • Yvon Bureau - Abonné 17 décembre 2010 14 h 25

    La fin de la vie et la violence

    Le taux de suicide chez les personnes âgées et finissantes de la vie ne diminue pas; en plus, il augmente.

    C’est un violence pour ces personnes qui veulent terminer leur vie et même finir de mourir longtemps, que ne pas avoir une autre option plus humaine et plus de compassion et plus de solidarité.

    Et cette option : avoir la permission et la promesse d’une aide médicale active à mourir, balisée et contrôlée, si nécessaire et si LIBREMENT choisie.

    On est très loin de la violence qui les «force» à mettre fin à leurs jours, par eux-mêmes et, parfois avec l’aide de d’autres. Avec les impacts négatifs tant pour les proches, les soignants et la société.

    www.yvonbureau.com

  • Fernande Trottier - Abonnée 17 décembre 2010 21 h 33

    Ne pas mélanger le suicide, la maltraitance et la fin de vie !!

    Les résidences privées sont à mon avis des lieux privilégiés pour la maltraitance, les soins qui laissent à désirer, une nourriture ou - bonne, le personnel étant payé au salaire minimum... il y en a qui ne donne pas plus qu'elle reçoive, peut-on les en blâmer après souvent q.q. années de travail et , de surveillance
    la nuit aucune, si on tombe en bas de son lit, avant de trouver la sonnette si on a eu le malheur de tomber loin d'elle, qu'il faut se traîner sur un plancher froid pour l'attraper, ensanglantée, et avertir le poste...attendre l'ambulance, il peut se passer pas mal de temps avant que les soins arrivent,(cè une histoire vraie..); le suicide vient souvent de personnes quasi abandonnées par les leurs, ils ne les voient que rarement , et quand un parent leur rend visite, ils changent d'idée, ils n'y pensent plus...c'est l'abandon qui les pousse à penser au suicide.. et à passer à l'acte parfois... mais si la famille s'en occupe, les chances sont très grandes que la vie les intéresse encore..; quant à la fin de vie, en écrivant ces mots je peux dire : "moi, je ne veux pas souffrir, je veux recevoir l'injection qui en 15 minutes m'aidera à partir pour un voyage sans retour "... mais le moment venu vais-je encore vouloir que l'on mettre fin à ma vie, j'aurai peut-être changée d'idée et la vie auquelle je tiens, je voudrai la continuer... il n'appartiendra qu'à moi, ce sera mon choix à un moment précis et non pas 10 ou 15 ans auparavant... et si je m'en vais lente-
    ment je veux aller jusqu'au bout... je pense que les aînés devront comprendre en toute connaissance de cause l'option de M. Bureau, qui lui prône l'euthanasie, violence encore plus grande que celle de laisser vivre jusqu'au
    bout la personne qui est devant soi et je serais incapable de dire OUI pour tuer l'un des miens...Nous avons besoin de réfléchir avant d'accepter pour une autre personne un tel acte .