Rapport du Conseil national du bien-être social - Une aide sociale insuffisante et de moins en moins accessible

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Photo: Agence Reuters Shannon Stapleton Banque alimentaire

L'aide sociale au Canada est moins accessible qu'il y a vingt ans et se situe bien loin du seuil de pauvreté, révèle le dernier rapport du Conseil national du bien-être social (CNBES). Le Québec, bien que possédant une politique spéciale de lutte contre la pauvreté, n'y fait pas figure de premier de classe.

Une personne seule considérée comme apte au travail n'a pas intérêt à habiter au Nouveau-Brunswick si elle vit dans une situation de pauvreté: elle obtiendra une aide annuelle de 3773 $ en prestations sociales. On lui souhaite plutôt d'être établie à Terre-Neuve (9593 $). Ou à mi-chemin dans l'échelle canadienne de la solidarité sociale: au Québec (7312 $).

Si les prestations d'aide sociale ont été haussées pour suivre l'inflation en 2009 dans presque toutes les provinces, elles sont demeurées stables pendant longtemps. Depuis 1990, l'inflation a grimpé de 45,9 %, une hausse que les provinces sont loin d'avoir suivie. Au Québec, les prestations pour une personne seule ont augmenté de 6 % pour cette période de temps et de 12,6 % pour un couple ayant deux enfants. C'est nettement insuffisant, selon le CNEBS.

Le Québec arrive troisième, quatrième, cinquième ou sixième sur dix provinces, selon le type de famille ou de prestataire étudiés dans le rapport Revenu de bien-être social 2009, si l'on exclut les territoires, où le coût de la vie nécessite des prestations plus importantes. C'est au chapitre des prestations à la famille monoparentale que le Québec réussit le mieux. «C'est bien, car c'est le cas le plus typique parmi les assistés sociaux, explique Glen Shepherd, membre québécois du CNBES. Mais tout de même, cette famille monoparentale ne gagne que 78 % du seuil de faible revenu. Ce n'est pas assez.» Pour un couple ayant deux enfants, les prestations chutent à 65 % de ce seuil. «Si la définition de la pauvreté est le seuil de faible revenu, il serait logique que ce soit ce montant qui soit versé aux assistés sociaux», affirme M. Shepherd.

Pour vivre avec ces moyens, les assistés sociaux doivent avoir recours aux banques alimentaires et doivent éviter tous les achats «superflus». «La définition de ce mot devient tout autre pour ces familles, explique Glen Shepherd. Ça peut vouloir dire de ne pas acheter de Tylenol quand un enfant est malade.»

Accessibilité

Les critères pour être admissible à l'aide sociale sont trop exigeants, toujours selon le CNBES. Au Québec, une personne seule apte au travail peut obtenir une aide sociale si elle possède moins de 862 $ en actif, très loin derrière le Manitoba, qui depuis peu fixe sa limite à 4000 $, mais loin devant l'Île-du-Prince-Édouard, où le montant maximal est de 50 $ à 200 $. «Ça exige qu'on devienne complètement sans argent pour être aidé», dit Glen Shepherd. Il y a 20 ans, les demandeurs pouvaient avoir jusqu'à 1500 $ en banque. «On regrette cette époque. Il y a pourtant de la volonté politique au Québec.» Le Québec, qui fait partie des trois seules provinces et territoire qui ont une politique de lutte contre la pauvreté, avec Terre-Neuve-et-Labrador et le Yukon. Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale n'a pas rappelé Le Devoir hier.

Pour le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc, le rapport du CNBES est une nouvelle interpellation du gouvernement québécois qui s'ajoute à celles faites par différents groupes communautaires et fédérations étudiantes depuis le dévoilement du deuxième plan de lutte contre la pauvreté, en mai dernier. «On répète tous la même chose: avec les conditions et critères actuels de l'aide sociale, il n'est pas possible de vivre dignement», affirme M. Petitclerc. S'il a applaudi à la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale en 2002, il constate que les choses n'ont pas suffisamment bougé depuis. «Avec le premier plan [d'action en matière de lutte contre la pauvreté de 2004], l'extrême pauvreté a reculé au Québec, mais la réalité, c'est que les gens sont toujours pauvres, dit Serge Petitclerc. Le statu quo, ça veut dire une dégradation du niveau de vie des assistés», parce que le coût de la vie, lui, augmente rapidement.

Devant ce système «désuet», et les variations de l'aide entre les provinces, le CNBES milite pour une stratégie du gouvernement fédéral, qui «n'a pas de leadership» de ce côté, pour l'instant, selon M. Shepherd. «Le fédéral doit fixer des minimums et des règles. Il doit jouer un rôle de coordonnateur et convoquer une rencontre entre les provinces. Il doit voir ça comme un investissement.»

Serge Petitclerc invite quant à lui les gouvernements à «sortir de l'aide sociale» et à instaurer des programmes de soutien ciblés qui profitent à toutes les personnes dans le besoin, pas seulement aux assistés sociaux. Les mesures d'aide aux familles, comme l'augmentation des places en garderie à 7 $ et le Soutien aux enfants, ont grandement aidé les Québécois, dit-il.

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