Vers un autre fiasco linguistique?

Graham Fraser<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Graham Fraser
La section 9.0 de cette entente multipartite, qui confirme un financement fédéral pouvant atteindre 500 millions, stipule que le comité organisateur — HostCo — devra respecter le caractère bilingue du Canada (français et anglais), tout en respectant le bilinguisme officiel des Jeux (espagnol-anglais).

L'annexe E détaille les obligations reliées aux langues officielles canadiennes. Outre les habituelles mentions de l'obligation de dispenser tous les services de manière bilingue, le point H mentionne spécifiquement que «les cérémonies d'ouverture et de fermeture devront être conçues de manière à ce que les deux langues officielles du Canada soient incluses et représentées» à toutes les étapes de production du spectacle. L'hymne national devra aussi être offert dans sa version bilingue.

Mais c'est tout. Dans les documents transmis par HostCo, il n'y a nulle trace de ce que recommande le commissaire aux langues officielles dans le Rapport d'enquête sur la cérémonie d'ouverture des JO, dont Le Devoir faisait état vendredi.

Constatant l'échec d'un événement qui n'a laissé au français que l'espace d'une chanson, Graham Fraser souligne dans son rapport que le gouvernement fédéral doit être plus sévère et prévoyant en matière linguistique quand vient le temps d'accorder des subventions.

Le commissaire recommande ainsi d'«inclure dans les accords de contribution des clauses linguistiques qui encadrent davantage les organismes bénéficiaires», et de veiller «à ce que les résultats attendus ainsi que les indicateurs de rendement soient définis» clairement. L'objectif: s'assurer que la dualité linguistique du pays soit bien représentée, et trouver une grille d'analyse limpide pour mesurer si le résultat est conforme aux attentes. Ce qui n'a pas été le cas à Vancouver.

Se préparer

Les Jeux panaméricains de Toronto sont encore bien loin, mais l'opposition s'inquiète déjà des risques de dérapage. «On a vu ce que ça a donné avec les Olympiques, dont le français est une langue officielle», dit Richard Nadeau, critique du Bloc québécois en matière de langues officielles. «Or, les Panams, c'est anglais et espagnol. On part de plus loin encore.»

Les exigences linguistiques de l'entente entre Ottawa et le HostCo ne sont à ses yeux «qu'un gros show de boucane». «La grosse question, ce sera de savoir quelles exigences on aura envers les tiers: ceux qui s'occuperont des communications, du spectacle d'ouverture, de l'affichage, etc.», dit-il.

Son homologue du NPD, Yvon Godin, n'est pas non plus rassuré par les demandes actuelles concernant les cérémonies d'ouverture et de fermeture. «On ne voit pas de grosses garanties, il devrait y avoir des spécifications bien plus claires que ça», estime M. Godin. «S'ils ne respectent pas le caractère bilingue du Canada, comme c'est arrivé à Vancouver, il arrive quoi? Ça devrait être spécifié, il devrait y avoir des paramètres et une demande: si vous voulez l'argent, vous devez atteindre tel résultat. Surtout qu'il y a beaucoup d'argent en jeu.»

Au bureau de M. Fraser, on indique que le commissaire «développe actuellement un guide pour les événements du même genre, basé sur l'expérience olympique». Ces façons de faire seront présentées aux parlementaires d'ici deux semaines. Mais déjà, le 4 novembre, M. Fraser avait indiqué au comité permanent sur les langues officielles être en contact avec le HostCo pour préparer le terrain.

«J'ai déjà eu une conversation avec M. Ian Troop, le PDG des Jeux panaméricains, et je lui ai présenté les études qu'on a faites sur les Jeux olympiques, a spécifié M. Fraser. On a déjà entamé des conversations entre son personnel et le nôtre. Je ne veux pas qu'il soit obligé de réinventer la roue et qu'on soit obligés de faire le même chemin de la croix qu'on a fait avec les Jeux olympiques.»

Le commissaire a mentionné que les défis étaient différents de ceux de Vancouver, puisque les Jeux panaméricains ont l'anglais et l'espagnol comme langues officielles. «Mais on commence déjà à faire en sorte qu'ils comprennent l'importance des enjeux et du dossier», a-t-il dit.

Interprétation

Le comité organisateur des Jeux de Vancouver (COVAN) a reçu 20 millions du fédéral pour la cérémonie d'ouverture. Des exigences linguistiques étaient rattachées à cette enveloppe, mais elles étaient floues selon l'analyse de Graham Fraser. La porte était ainsi ouverte à une interprétation pour le moins large du concept de bilinguisme.

Dans ses explications post-Jeux, le COVAN a ainsi fait valoir que la présence francophone durant le spectacle avait été plus importante que ce que l'oreille pouvait entendre. Pour atteindre la cible fixée de 25 % de contenu francophone, le COVAN a comptabilisé tout ce qui provenait du Québec, y compris la chanson Hallelujah du poète et chanteur montréalais Leonard Cohen (composée et chantée en anglais).

Le COVAN a aussi inscrit au chapitre du contenu francophone l'hommage théâtral fait à la chasse-galerie, la présence d'un breakdancer de Montréal dans une chorégraphie, etc. Au bout du compte, le français oral avait été aussi rare que la neige dans la région de Vancouver, avait ironisé M. Fraser.

Créés en 1951, les Jeux panaméricains rassemblent tous les quatre ans les meilleurs athlètes du continent américain. Quarante-deux pays et près de 5000 athlètes ont participé à l'édition 2007 de l'événement. Winnipeg a présenté les Jeux en 1967 et en 1999: Toronto sera la deuxième ville canadienne à les accueillir.
4 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 29 novembre 2010 09 h 19

    Pas un fiasco...

    mais le triomphe de la vraie nature du Canada.

  • Michel Page - Inscrit 29 novembre 2010 17 h 14

    Jeux de la franophonie 2017 à Montréal/ ne pas attendre des faveurs du canada-anglais

    Mais encore faudrait-il avoir des élus motivés...
    voici un exemple toujours sans réponse de l'administration de la ville de Monmtréal :
    -----Message d'origine-----
    De : Envoyé : 20 juillet 2010 16:07
    À : Maire_de_Montreal@ville.montreal.qc.ca
    Objet : RE jeux de la francophonie à Montréal 2017 et autres initiatives


    Merci bien de cet accusé de réception
    Le 20 juillet 2010

    N/Réf. : 10-1726


    Monsieur,


    Nous avons bien reçu votre courriel adressé à M. Gérald Tremblay, maire de Montréal, le 9 juin 2010, dans lequel vous lui suggérez qu’aient lieu à Montréal les jeux de la francophonie.

    Je vous remercie d’avoir pris le temps de nous écrire et de nous faire part de cette recommandation.

    Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.


    ...Directrice des communications



    2010-06-29 13:01
    A maire@ville.montreal.qc.ca
    Objet jeux de la francophonie à Montréal

    Idée dynamique: Obtenir la tenue des jeux de la francophonie.

    Pour celà, La ville de Montréal a besoin d'un stade olympique à toit ouvert ou rétractable.

    L'idée de jeux de la francophie à Montréal permettrait également de mettre un peu de beaume sur le fait que Montréal n'est plus une ville francophone, depuis l 'accélération de l'immigration allophone/angloptrope depuis 2004.
    [
    Que pourrait faire un Montréal dynamique pour favoriser l'immigration francophone compatible aux objectifs d'intégration linguistique au français et économique ? Beaucoup[ !. Pensez-y!

    Dynamiquement votre.
    _-------------

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 novembre 2010 20 h 10

    Le Canada a 2 langues officielles:l'anglais et l'anglais

    Le Québec a une langue officielle:le français et l'anglais.

  • François Dugal - Inscrit 29 novembre 2010 22 h 04

    Fiasco linguistique

    What?