Complexe olympique - Évaluation: 250 millions; coût final: 1,3 milliard

Au gouvernement du Québec, plusieurs craignent que le grand projet de l'échangeur Turcot n'amène des dérapages similaires à ceux de la construction du Stade olympique. D'ailleurs, certaines firmes de l'époque sont toujours présentes dans le paysage montréalais.

Une relecture du rapport du juge Albert H. Malouf, rédigé à la suite de la Commission d'enquête sur le coût des jeux de la 21e olympiade (1976), donne le vertige. Manque de planification, fraude, corruption, octroi de contrats douteux, incompétence, retard, explosion des coûts... La préparation et la construction du complexe olympique ont été un fiasco monumental.

D'abord évalué à 250 millions de dollars, le complexe olympique a finalement coûté 1,3 milliard. En dollars d'aujourd'hui, il s'agirait d'une somme de 4,8 milliards!

Au-delà du dérapage financier, plusieurs pages du rapport Malouf abordent les liens étroits existants entre les contrats obtenus par les firmes de génie et les entreprises en construction lors de ce vaste chantier et les caisses électorales du Parti libéral du Québec (PLQ), du Parti civique de Jean Drapeau et les pots-de-vin reçus par certains fonctionnaires.

Le choix des entreprises était fait par le maire Jean Drapeau et le directeur général de la Ville de Montréal, Gérard Niding, généralement sans appel d'offres. Parfois, le collecteur de fonds du PLQ, Paul Desrochers, donnait son avis sur les firmes à choisir.

C'est ainsi que la firme de génie Régis Trudeau et associés a donné 220 000 $ au PLQ entre 1970 et 1976, alors qu'elle devenait l'une des compagnies principales du chantier olympique (le don des entreprises était permis à l'époque). «Cette sympathie, de fait, a été maintes fois ravivée par d'alléchants contrats octroyés par le gouvernement du Québec, peut-on lire dans le volume 4 du rapport Malouf. Les quanta exorbitants de contributions politiques coïncident avec l'adjudication de ces contrats.»

Dessau et Simard-Beaudry

La firme de génie Desjardins-Sauriol, devenue Dessau, n'y échappe pas. Selon les informations contenues dans le livre à circulation restreinte de l'entreprise écrit pour les 50 ans de Dessau, en 2007, la firme a obtenu les contrats de contrôle de qualité des matériaux du chantier olympique. Au même moment, entre 1970 et 1976, Desjardins-Sauriol versait 528 000 $ au PLQ. «Des rapports étroits existaient entre la caisse électorale du parti au pouvoir et l'octroi de contrats gouvernementaux ou olympiques à certaines firmes professionnelles», écrit le juge Malouf.

Le président de la firme, Claude Desjardins, avait également reconnu avoir donné de l'argent comptant pendant plusieurs années à Claude Rouleau, alors sous-ministre des Transports et premier dirigeant de la Régie des installations olympiques (RIO). Près de 5000 $ destinés à entretenir de bonnes relations avec «son ami», comme il l'appelait, qui était responsable de donner des contrats au gouvernement.

En 1972, le même Claude Rouleau fit construire un mur de pierre et une jetée à sa résidence du lac des Deux-Montagnes par l'entreprise de construction Simard-Beaudry. Il paya les travaux 3000 $, alors qu'ils valaient plus de 30 000 $.

La firme Simard-Beaudry (alors dirigée par Paul Matte, aujourd'hui par Tony Accurso) est l'entreprise qui a ensuite obtenu le contrat pour la construction du bassin olympique, sur l'île Notre-Dame. Des travaux réalisés avec un dépassement de coût de 50 %, passant de 16,2 à plus de 25 millions de dollars.

Une autre entreprise qui existe toujours, Shockbéton — où le collecteur de fonds libéral Marc Bibeau est vice-président après avoir repris l'entreprise de son père Fernand —, s'est également mise au monde grâce aux contrats du complexe olympique. Avec les nombreux dépassements de coûts, elle a encaissé plus de 44 millions de dollars.
1 commentaire
  • Normand Paradis - Abonné 28 novembre 2010 01 h 20

    Faire du neuf avec du vieux.

    Le temps passe mais les vieilles façons de faire, les habitudes «de faire» demeurent. Les anciens acteurs se souviennent. Le chantier olympique, particulièrement la construction du Stade, furent l'âge d'or du secteur de la construction au Québec. De nombreuses entreprises et syndicats sont nées ou on démesurément profité à cette époque. De Drapeau à Tremblay à la mairie de Montréal, de Bourassa à Charest à Québec, nous sommes dans la même mouvance politique. Les astres s'alignent..pour un nouvel âge d'or de la construction. Nous aurons peut-être enfin une nouvelle commission d'enquête...