Fonds de solidarité - Les PME québécoises: performantes

Claude Lafleur Collaboration spéciale
Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain<br />
Photo: Source FONDS FTQ Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Fonds investit dans 2052 entreprises Le Fonds de solidarité FTQ a enregistré un bénéfice de 600 millions de dollars au terme de sa plus récente année financière, après avoir essuyé des pertes de 919 millions l'année précédente. Comment expliquer ce rebondissement spectaculaire?

«Deux raisons expliquent notre bonne performance, relate Mario Tremblay, vice-président aux affaires publiques du Fonds de solidarité FTQ. Premièrement, la Bourse a bien performé au cours de notre dernière année financière. C'est dire que l'ensemble des entreprises cotées en Bourse, y compris les PME québécoises, ont bien performé. Mais cela ne suffit pas pour expliquer notre performance.»

«En fait, et c'est là une belle surprise, nous avons obtenu un rendement dépassant les 8 % avec notre portefeuille d'investissements dans les PME québécoises, poursuit-il. Or, si on considère que celles-ci constituent le tissu économique du Québec, c'est vraiment une bonne nouvelle. Étant donné la crise économique qu'on traverse, on aurait pu s'attendre à ce que nos PME éprouvent des difficultés, mais ça n'a pas été le cas.»

Un cercle vertueux

Le Fonds de solidarité FTQ administre des actifs de 7,3 milliards, rapporte M. Tremblay. «Grosso modo, dit-il, près de 4,8 milliards de nos actifs sont engagés dans le développement des entreprises québécoises, le reste étant investi dans les grands marchés, dans des obligations, etc., de façon à constituer un fonds équilibré. Car, même s'il s'agit d'un fonds de capital de risque, il faut tout de même assurer un rendement raisonnable à nos 500 000 actionnaires.»

C'est ainsi que le Fonds est partenaire, directement ou par l'intermédiaire de l'un des membres de son réseau, dans 2052 entreprises, indique-t-on de sources officielles. Seul ou avec d'autres partenaires financiers, il contribue à la création, au maintien et à la sauvegarde de 150 000 emplois.

M. Tremblay rappelle d'ailleurs que le Fonds a été créé en 1983, en pleine crise économique, afin justement de maintenir et de sauvegarder des emplois au Québec. Il s'agissait en même temps d'inciter les travailleurs à se constituer un fonds de retraite en investissant dans un REER. «D'après notre mission, dit-il, nous sensibilisons les gens à l'épargne-retraite, ce qui sera drôlement important pour eux plus tard. Et l'argent ainsi mis de côté est retourné dans l'économie du Québec pour faire croître les entreprises, tout en sachant qu'un jour cet argent reviendra à nos actionnaires. C'est en quelque sorte un cercle vertueux, qui permet de créer des emplois, de former les travailleurs en entreprise, de développer l'économie du Québec et de préparer la retraite.»

Comme chacun sait, toute contribution au Fonds dans le cadre d'un REER donne droit à un crédit d'impôt. «"Quel est donc l'effet du crédit d'impôt sur mon rendement?", nous demande-t-on souvent, enchaîne Mario Tremblay. Nous avons donc commandé une étude à cet effet.»

L'étude en question a pris pour exemple quelqu'un qui investirait le même montant chaque année durant dix ans et elle conclut que cela lui rapporterait un rendement additionnel de 7,8 %, indique M. Tremblay. «Or, lorsqu'on considère que les Bourses ont à peu près fait du surplace ces dix dernières années, note-t-il, une personne qui aurait mis 1000 $ par année dans le Fonds de solidarité, si on considère son retour d'impôt, aurait obtenu un rendement de 7,8 %. Donc, lorsqu'on regarde sur de longues périodes, l'offre du Fonds de solidarité est tout à fait compétitive, alors qu'en plus l'argent demeure ici au Québec.»

Résilience de nos PME

Grâce à un bénéfice de 600 millions, le Fonds affiche cette année un rendement positif de 9,2 % (contre un rendement négatif de 12,6 % l'année précédente).

Or, lorsqu'on regarde comment la situation a évolué ces deux dernières années, alors qu'on a assisté à une grave crise économique puis à un rebond des marchés boursiers, M. Tremblay fait ressortir que le Fonds a enregistré des pertes globales de 4,5 %. «Mais on a perdu beaucoup moins que tout le monde, s'empresse-t-il d'ajouter. Par exemple, le Mouvement Desjardins a perdu 6,2 %, les fonds mutuels équilibrés canadiens ont perdu 8,3 %, le NASDAQ, 10,5 %, etc. De plus, nous revenons plus vite à notre point de départ.»

«Cela s'explique par le fait que nous avons un portefeuille qu'on veut le plus équilibré possible et que, de par notre mission, nous sommes beaucoup plus concentrés dans les PME québécoises, poursuit-il. Tout compte fait, on pourrait dire qu'on est descendu moins bas que l'ensemble des autres acteurs financiers et qu'on a rebondi mieux qu'à peu près tout le monde.»

En outre, le Fonds semble peu s'inquiéter de voir maintenant l'économie s'affaiblir à nouveau. «Nous observons que notre portefeuille de PME québécoises continue à bien se maintenir, rapporte le vice-président aux affaires publiques du Fonds de solidarité FTQ. Honnêtement, on ne s'attend pas à des problèmes à court terme. Au contraire même, puisque les entreprises québécoises sont déjà passées par là... Il y a, pourrait-on dire, de la résilience chez nos PME!»

En fait, poursuit M. Tremblay, la conjoncture économique actuelle, si difficile soit-elle, amène également son lot de bonnes occasions. «Prenez par exemple le fait que le dollar canadien est fort, pratiquement à parité avec le dollar américain. Or l'avantage d'un dollar fort, c'est qu'il nous permet de moderniser une entreprise et d'acheter les meilleurs équipements à moindres coûts.»

De plus, comme le font certaines des entreprises dans lesquelles investit le Fonds, ce peut être l'occasion de faire des achats à l'étranger. «On a par exemple GLV qui a fait une acquisition en Europe, indique M. Tremblay, et Stella-Jones qui continue de faire des acquisitions aux États-Unis... On a donc des entreprises qui tirent fort bien leur épingle du jeu, ce qu'on a parfois tendance à oublier!»

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Collaborateur du Devoir