Économie et société - Ma région, mon conseil

Claude Turcotte Collaboration spéciale
Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain<br />
Photo: Source FONDS FTQ Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Michel Arsenault, président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), déclarait récemment que ce n'est pas lui, seul, qui décide des positions que défend cette centrale syndicale, laquelle compte maintenant près de 600 000 membres. Celle-ci constitue donc une très grande famille et, comme dans toute famille, il faut de temps en temps s'asseoir et discuter de certaines choses qui concernent l'ensemble de la famille, mais qui ne font pas nécessairement l'unanimité sur les façons d'en traiter ou de les résoudre. À la FTQ, ces conversations de famille ont beaucoup lieu dans les conseils régionaux.

Il y a 17 conseils régionaux au Québec. Chacun d'entre eux regroupe des délégués des sections syndicales locales. La FTQ présente les conseils régionaux dans les termes suivants: «Ils sont les grands artisans des solidarités tissées entre les membres de la FTQ. Ils développent et consolident des liens entre les syndiqués et les autres acteurs de la société civile au Québec. Ils sont l'outil des prises de position et des actions communes sur les grands enjeux de développement social, économique et culturel de leurs milieux.»

Un conseil régional ne participe pas à des négociations de convention collective. Il regroupe en fait des délégués venant de l'ensemble des syndicats affiliés d'une région. Parmi les présidents de chacun de ces conseils régionaux, il y en a un qui est choisi pour représenter tous les conseils régionaux au sein d'un bureau central qui sert en quelque sorte de «fil conducteur» de tout ce qui émane de ces lieux de rassemblement régionaux vers la haute direction de la centrale.

Montréal et ses 200 000 syndiqués

Michel Ducharme, président du Conseil régional du Montréal métropolitain, est actuellement celui qui représente tous les conseils régionaux au bureau central. Le conseil régional montréalais métropolitain est le plus gros de tous, avec quelque 200 000 syndiqués, parmi lesquels une centaine sont délégués à ses assemblées mensuelles. On pourrait croire que cette structure de dialogue a été une création de la FTQ, mais ce n'est pas du tout le cas.

En fait, le conseil régional montréalais a de loin été le précurseur à cet égard, puisque ses origines remontent au 12 janvier 1886. On l'appelait la Corporation des métiers et du travail de Montréal, qui regroupait de nombreux métiers: maçons, typographes, débardeurs, etc. Ces employés faisaient généralement partie de syndicats internationaux. Il y avait eu aussi à cette époque une autre organisation dénommée Les Chantiers du travail, dont faisaient partie les professionnels, les médecins par exemple, et les travailleurs en général. Parmi les premières revendications au début du XXe siècle, il y a eu la défense des droits des femmes et des enfants qui travaillaient dans des fabriques de clous, dans des tanneries. On voulait obtenir la semaine de travail de 48 heures, à raison de huit heures par jour pendant six jours.

M. Ducharme voit les conseils régionaux actuels d'abord et avant tout comme des lieux de solidarité et de concertation. À Montréal, on tient des réunions une fois par mois, à Québec, on le fait tous les deux mois, tandis que dans les régions plus éloignées, où les distances à parcourir sont parfois très longues, on peut se réunir une fois par année. Chaque conseil régional est libre d'organiser ses activités à sa guise et selon ses besoins. De quoi y discute-t-on? Les préoccupations sont très variées.

D'abord et avant tout, on y fait une évaluation de ce qui arrive dans l'ensemble des syndicats pour avoir une vision d'ensemble des tendances dans le monde syndical. S'il y a lieu, on pourra suggérer des mesures d'appui aux syndicats. On y parle aussi beaucoup du développement économique. M. Ducharme souligne en particulier que les conseils régionaux ont des représentants au sein des corporations de développement économique communautaire, dont font partie non seulement le monde syndical mais aussi des gens d'affaires et d'autres intervenants dans les collectivités. En somme, les conseils régionaux de la FTQ sont très présents dans les débats de société. Ils s'intéressent aux politiques municipales et scolaires. Ils font également partie d'une coalition intersyndicale.

«Ras le bol»

Évidemment, on ne peut pas passer à côté des grandes controverses actuelles et des attaques répétées contre la FTQ, en rapport avec tout ce qui se passe dans le domaine de la construction, de la collusion, de la corruption, etc. La FTQ-Construction a particulièrement été visée.

On peut imaginer que tout cela peut donner lieu à de chauds débats dans les réunions de famille des conseils régionaux? M. Ducharme ne cache pas que les gens de la FTQ en ont «ras le bol» de toutes ces allégations qui se répètent depuis des mois. «Ça trouble le monde. On invite les gens de la construction à nos réunions et on en parle ouvertement pour démêler les affaires. On en a assez des insinuations. Cela a des impacts. Nous, on ne veut pas la corruption. La commission d'enquête, on a poussé pour l'avoir. Nous n'avons rien à cacher», dit-il.

Parmi les autres grands dossiers auxquels les conseils régionaux de la FTQ se sont intéressés au cours de l'année, il y a eu l'appui donné aux négociations dans le secteur public, au front commun dans la construction. Ils surveillent de près tout ce qui concerne le dernier budget du ministre Raymond Bachand, la tarification, le ticket modérateur, des menaces qui à leurs yeux pèsent toujours. M. Ducharme souligne en particulier que les conseils régionaux surveillent de près l'Institut économique de Montréal, d'où émanent systématiquement des offensives de la droite.

Par ailleurs, M. Ducharme mentionne que la bonification des régimes de retraite publics devient un enjeu de société primordial. Au Québec, rappelle-t-il, il y a près d'un retraité sur deux, âgé de 65 ans ou plus, qui doit avoir recours au supplément de revenu garanti, qu'il voit pour sa part comme une sorte d'aide sociale pour les vieux. On sait que, dans quelques mois, les premiers baby-boomers atteindront l'âge de 65 ans. C'est forcément le début d'une vague de vieillissement sans précédent. «Des lendemains assez pénibles sont en vue», prévient le président du Conseil régional du Montréal métropolitain de la FTQ, qui constate que moins de 38 % des retraités ont un régime de retraite complémentaire. De nombreux travailleurs n'ont pas eu les moyens d'investir beaucoup dans un régime d'épargne-retraite.

Enfin, les conseils régionaux offrent aussi différents services à leurs affiliés, dont ceux liés à l'éducation et à la formation syndicale, pour aider les membres à bien comprendre les outils qui sont à leur disposition, comme les mécanismes pour le recours aux griefs, la procédure et les règlements de la Commission de la santé et de la sécurité au travail.

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Collaborateur du Devoir