Services - Une petite équipe

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un court trajet, et la visite est faite. Johanne Deschamps, conseillère politique, présente l'ensemble des bureaux dédiés aux services dirigés par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Une fois installée dans son bureau, après le tour guidé éclair des lieux, celle qui s'assure que les services entrent rapidement en soutien aux activités de la FTQ lance ceci: «Il y a un demi-million de membres à la FTQ, et le personnel de la FTQ, ce n'est que ça.»

Décentralisée dans sa structure, la Fédération n'a pas de personnel qui négocie ou fait de l'arbitrage: les conseillers des syndicats affiliés s'occupent de ce travail. Au bureau de la FTQ, dans l'immeuble qui surplombe la rue Crémazie, il n'y a donc qu'une petite équipe qui s'attelle à la tâche.

«Nous, on va davantage être en appui, en complément du travail de nos syndicats», explique Johanne Deschamps, qui assure le suivi des résolutions adoptées par les dirigeants ou les instances de la FTQ. «Ce sont souvent des services de coordination. Donc, le personnel doit constamment être en consultation avec les affiliés.» Onze bureaux régionaux soutiennent ce réseau à travers le Québec et sur le terrain. «Le conseiller régional emmène les campagnes de la FTQ de la même façon qu'il [observe] les préoccupations générales et, au besoin, les remonte vers la centrale.»

Comme l'affiliation des syndicats n'est pas obligatoire, les différents services doivent sans cesse prendre le pouls de la base. «Si le service de recherche veut écrire un mémoire sur les gaz de schiste, prend-elle pour exemple, il va devoir consulter l'ensemble des syndicats pour s'assurer que la position passe et, à partir de là, on va pouvoir l'écrire et le présenter au niveau des syndicats.»

Recherche

Les commandes reçues à ce service peuvent exiger de la recherche de base comme de la recherche approfondie, que ce soit à la suite d'une demande de mémoire par un conseiller régional ou en réponse à une consultation publique gouvernementale. «Ce sont comme des coureurs de marathon et des coureurs de sprint. Ils doivent être les deux à la fois», illustre Mme Deschamps. Le service de recherche peut être sollicité de manière impromptue pour obtenir rapidement une information pointue afin de préparer une rencontre ou une déclaration publique. «Ce sont des personnes qui doivent être au courant des positions antérieures pour assurer la cohérence [des positions de la FTQ ] et relancer les débats, au besoin», précise Mme Deschamps à propos de la pertinence du travail des quatre employés affectés à ce secteur.

Mais ce service prépare aussi les journées d'information et les colloques qui nécessitent une recherche de longue haleine. Enquête auprès des syndicats affiliés, rencontre avec les travailleurs, création de groupes de discussion, etc. Il en découle généralement un document exhaustif sur lequel vont s'appuyer les réflexions qui seront à l'ordre du jour. Actuellement, le service planche sur la question de la santé mentale, en réponse à une demande formulée par des syndicats affiliés préoccupés par le sujet. Le service de la condition féminine ne chôme pas non plus, loi sur l'équité salariale oblige. «Je pense qu'elles ont été noyées dans les mémoires durant les dernières années», témoigne Mme Deschamps, qui confirme que le nouveau dossier imposant auquel ce service devra s'attaquer concerne la reconnaissance des droits pour les travailleurs domestiques ou les aides familiales.

Éducation

Mais le service le plus important de la FTQ se révèle être celui de l'éducation. «Former des formateurs», c'est ainsi qu'on pourrait résumer la démarche dans ce secteur. «On ne fait pas de cours de délégué syndical ou de santé-sécurité de trois jours, mentionne la conseillère politique. On va produire un cahier de cours qui s'appelle "Le délégué syndical" ou "Agir en santé et sécurité"», mentionne-t-elle à titre d'exemple d'un contenu rédigé par la FTQ avec ses affiliés.

Des personnes envoyées par les différents syndicats suivent ensuite une formation intensive pendant une semaine complète. «Ce sont des travailleurs qu'on sort de leur milieu de travail et à qui l'on donne des fondements pédagogiques, de façon à ce qu'ils soient capables par la suite de donner des cours, explique-t-elle.

Ce qu'on leur demande, ce n'est pas d'aller instruire des gens. On leur demande d'aller entendre les militants et les militantes , d'être capables de faire des synthèses de l'expérience que [ces] gens ont et de confronter ça aux théories par la suite.»

«C'est un projet éducatif qu'on mène depuis 30 ans. On l'a souvent remis en question, mais il fonctionne», affirme-t-elle en évoquant la confiance en soi que procure cette démarche aux travailleurs. Certaines de ces formations s'avèrent, par contre, plus spécifiques ou plus spécialisées. La FTQ organise, par exemple, un cours où des avocats et des conseillers d'expérience suggèrent des techniques pour mieux préparer les plaidoiries ou les arbitrages. Aussi, la FTQ a donné des cours sur l'évaluation des emplois, «très populaire» dans la foulée de la loi sur l'équité salariale, ainsi que d'autres formations qui concernent l'administration des régimes de retraite et l'investissement pour «dialoguer d'égal à égal» avec des actuaires ou des comptables.

«Si chacun des syndicats avait à le faire, il n'y aurait peut-être pas le nombre suffisant de personnes pour tenir une session de cours. Ils n'auraient peut-être pas les contacts non plus», justifie Johanne Deschamps, qui souligne au passage les coûts élevés qu'une telle opération imposerait aux syndicats affiliés.

Solidarité

Ces formations ne se limitent pas à l'intérieur des frontières québécoises. Un volet de solidarité internationale, financé par les fonds humanitaires ou de solidarité des syndicats affiliés, poursuit cette mission de «former des formateurs» dans les pays en développement. Au sein du Congrès du travail du Canada (CTC), la FTQ possède le mandat touchant l'Afrique francophone et Haïti.

À noter que la FTQ collabore aussi avec les syndicats de l'Hexagone. La francisation des activités en milieu de travail demeurant l'un des chevaux de bataille de la FTQ, la CGT a fait appel à son expertise dans le domaine. L'anglais s'immisce de plus en plus dans les consignes de travail en France et la FTQ a développé avec elle un portail de la langue française.

Dans le secteur des jeunes, la stratégie consiste aussi à bâtir des ponts et à créer des alliances. Des 5 à 7 réunissent ainsi les grandes associations étudiantes et les ailes jeunesse des partis politiques, toutes allégeances confondues. Une démarche transversale iconoclaste pour la FTQ, qui fait croire à Johanne Deschamps que cette initiative a possiblement influencé les jeunes libéraux dans leur revendication d'une réforme de la loi concernant les briseurs de grève.