La Fédération des unions industrielles du Québec soutient la mesure - La Fédération provinciale du travail du Québec devient la FTQ en 1957

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Louis Laberge a été président de la FTQ de 1964 à 1991 et président-fondateur du Fonds de solidarité FTQ.<br />
Photo: SOURCE ARCHIVES FTQ Louis Laberge a été président de la FTQ de 1964 à 1991 et président-fondateur du Fonds de solidarité FTQ.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) est issue du syndicalisme international, un mouvement important dans notre histoire qui a emmené les revendications ouvrières sur le front politique. En remontant aux sources de la FTQ, ce sont les origines du mouvement social-démocrate québécois qu'on déterre par la même occasion.

Assurance hospitalisation, pension de vieillesse, assurance-chômage, nationalisation ou municipalisation de services publics, instauration d'un système scolaire gratuit: ces acquis sociaux d'aujourd'hui s'intégraient aux revendications des syndicats internationaux du début du siècle.

«Les unions internationales ont joué un rôle essentiel dans la société québécoise», juge Jacques Rouillard, auteur du livre Le Syndicalisme québécois. Deux siècles d'histoire, qui pourfend le préjugé insinuant que ce mouvement se cantonnait à du syndicalisme d'affaire. «Ils s'intéressent à la politique partisane», ajoute l'historien, qui rédige actuellement un livre sur les origines de la social-démocratie au Québec, qui se retrouve, selon lui, dans le projet de société des syndicats internationaux. À l'époque, leurs aspirations se basaient déjà sur une certaine acceptation de l'entreprise privée, sur un soutien aux institutions démocratiques et sur l'interventionnisme étatique. «Notre législation du travail et notre législation sociale sont fortement influencées par leurs revendications et leurs réclamations.»

L'arrivée

C'est en 1882 que la première centrale syndicale, dite internationale, s'installe au Québec. La grande mobilité de la main-d'oeuvre en Amérique du Nord favorise le débordement des syndicats états-uniens de notre côté de la frontière. Ils s'implantent en grande proportion dans la région montréalaise. En 1886, ils participent à la création du Conseil des métiers du travail de Montréal, dont le rôle consiste à influencer les pouvoirs publics municipaux dans l'intérêt de la classe ouvrière. Dès 1893, les syndicats internationaux rencontrent annuellement les gouvernements pour leur énoncer une liste de demandes. Au tournant du siècle, déjà près de 6000 travailleurs québécois sont affiliés à l'un des 74 syndicats internationaux. Le mouvement se répand à travers la province. Le clergé décide alors de créer des syndicats catholiques afin de contrer ces organisations, qu'il condamne comme «socialistes», «radicales», «trop promptes à la grève», mais surtout «anticléricales». Une nouvelle centrale se forme, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC), qui deviendra, une fois déconfessionnalisée des décennies plus tard, la CSN.

«Les syndicats internationaux sont majoritaires au Québec jusque dans les années 60 et représentent l'influence du continent nord-américain, tandis que les syndicats catholiques représentent l'influence européenne», affirme Jacques Rouillard.

L'une des luttes majeures des syndicats internationaux réside dans la négociation des conventions collectives en entreprise, avec un soutien financier et organisationnel non négligeable de la part des grandes unions américaines. L'autre de leurs fronts s'anime du côté de la politique active, ce qui les distingue une fois de plus de la CTCC, dont la Constitution interdit la politique partisane. C'est l'importance accordée à ce pouvoir qui stimule la création de la première fédération provinciale du Canada au Québec. Le Congrès des métiers du travail du Canada (actuel CTC) possédait une représentation auprès du gouvernement via un comité exécutif provincial du Québec. Mais la montée de la droite, avec Maurice Duplessis à sa tête, inquiète suffisamment la centrale. Elle fondera, en réaction, la Fédération provinciale du travail du Québec (FPTQ), ancêtre direct de la FTQ. Nous sommes en 1937, et l'instauration de la loi du cadenas, qui combat la propagande communiste, constitue un prétexte pour acculer les syndicats au pied du mur.

Se déchirer avant de se réunir

Au même moment, la solidarité se manifeste de plus en plus entre les personnes d'une même entreprise plutôt qu'entre ouvriers appartenant au même corps de métier. Certains syndicats internationaux décident d'assouplir leurs structures en ce sens avec des unions industrielles. Le désaccord qui en découle a pour effet de scinder l'American Federation of Labour (AFL), aux États-Unis, par la formation d'une centrale rivale: le Congress of Industrial Organizations.

Comme ces syndicats s'étendent au Québec, les structures se séparent ici aussi, ce qui engendre, en 1952, la création de la Fédération des unions industrielles du Québec (FUIQ), qui regroupe les syndicats affiliés au CIO. Les unions industrielles donnent un nouveau souffle au syndicalisme international. La FUIQ adopte d'ailleurs un manifeste politique en 1955. L'année suivante, l'AFL et le CIO se réconcilient et fusionnent aux États-Unis. La FPTQ et la FUIQ emboîtent le pas, malgré certaines frictions, et donnent naissance à la FTQ. «Les syndicats industriels sont plus militants, plus à gauche, plus favorables à l'intervention de l'État [...]. Les unions de métier veulent plutôt concentrer leur attention sur la négociation de conventions collectives et sur la représentation auprès des gouvernements, mais pas sur la politique partisane électorale», explique M. Rouillard, qui précise que «la tendance FUIQ, union industrielle, l'a emporté» par la suite.

Appui politique

La FTQ accordera et affichera sans hésitation son appui au NPD, dans les années 60, lors des élections fédérales. D'abord sceptique envers le nationalisme canadien-français, la FTQ valorise une réforme de la Confédération canadienne pour donner davantage d'autonomie au Québec. Mais voilà qu'avec l'émergence du débat linguistique et la venue du Mouvement souveraineté-association, la fédération fait volte-face. Elle prendra pour la première fois position lors des élections provinciales en 1976 en suggérant de voter pour le Parti québécois, un parti dont le programme répond à plusieurs revendications de son mouvement syndical. Bien que le mouvement souverainiste conserve des détracteurs au sein de la centrale, un congrès spécial de la FTQ réunissant 2200 membres donne un appui massif au camp du Oui à la veille du référendum de 1980.

À l'instar du Québec, la FTQ, rattachée au Congrès du travail du Canada (CTC), cherche aussi à affirmer davantage son autonomie et à rapatrier des pouvoirs. En 1993, dans un climat constitutionnel particulièrement tendu, une entente donne à la FTQ davantage de responsabilités dans «une version syndicale du concept de souveraineté-association», comme le décrit alors la fédération.

En 1995, la FTQ se range de nouveau derrière le Parti québécois et l'option du Oui lors du second référendum. «Les choses ont bien changé depuis les années 80-90», admet Jacques Rouillard au sujet du poids des syndicats en politique. «Les gouvernements sont davantage à l'écoute du monde patronal que du monde syndical», considère-t-il à l'heure actuelle.