À la veille du congrès - «Le rôle du président est de trouver des consensus et de convaincre»

Réginald Harvey Collaboration spéciale
De gauche à droite, première rangée: Louis Bolduc, TUAC; Lucie Levasseur, SCFP; Michel Arsenault, président FTQ; René Roy, secrétaire général FTQ; Michel Ouimet, SCEP; Daniel Roy, Métallos. Deuxième rangée: Jérôme Turcq, AFPC; Yves Ouellet, FTQ-construction; Daniel Boyer, SQEES-298; Louise Mercier, UES-800; Christian Martel, STTP; Jean-Pierre Fortin, TCA; Danielle Casara, <br />
SEPB-Québec; Alain Degrandpré, Teamsters; Serge Cadieux, SEPB-Québec. Troisième rangée: Gilles Brosseau, AIMTA, et Michel Ducharme, Conseil régional FTQ Montréal métropolitain. Un poste à la vice-présidence du SCFP demeure à pourvoir.<br />
Photo: Source FTQ De gauche à droite, première rangée: Louis Bolduc, TUAC; Lucie Levasseur, SCFP; Michel Arsenault, président FTQ; René Roy, secrétaire général FTQ; Michel Ouimet, SCEP; Daniel Roy, Métallos. Deuxième rangée: Jérôme Turcq, AFPC; Yves Ouellet, FTQ-construction; Daniel Boyer, SQEES-298; Louise Mercier, UES-800; Christian Martel, STTP; Jean-Pierre Fortin, TCA; Danielle Casara,
SEPB-Québec; Alain Degrandpré, Teamsters; Serge Cadieux, SEPB-Québec. Troisième rangée: Gilles Brosseau, AIMTA, et Michel Ducharme, Conseil régional FTQ Montréal métropolitain. Un poste à la vice-présidence du SCFP demeure à pourvoir.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le président de la Fédérations des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, clarifie la position de la centrale sur une commission d'enquête dont elle prône la tenue. Il dresse un bilan des trois dernières années sur les plans syndical et social; en corollaire, le Fonds de solidarité est salué comme un joyau du mouvement. Il briguera un deuxième mandat lors du congrès qui se pointe, au moment où la tempête médiatique a passablement brassé l'équipage du navire.

Cette semaine-là, l'avant-dernière, fut mouvementée et particulièrement marquée par un point de presse durant lequel Michel Arsenault a secoué le Québec lors de sa prise de position en faveur de la mise sur pied d'une commission d'enquête. Selon lui, il ne s'agit pas d'une volte-face de la part de la FTQ, qui avait déjà sensibilisé, en novembre 2009, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, aux irrégularités qui marquaient l'octroi des contrats, particulièrement à Montréal: «On avait demandé au gouvernement de légiférer sur ce point et on avait affirmé qu'il fallait que la police continue ses enquêtes; si celles-ci n'aboutissaient pas et que c'était impossible de légiférer, on avait dit qu'on allait aussi demander une enquête publique.»

Deuxièmement, il signale que la centrale avait gardé un souvenir amer d'une telle procédure à la suite de la commission d'enquête tenue sur la Gaspésia, au cours de laquelle il lui avait été impossible de se rendre justice: «Chat échaudé craignait l'eau chaude», ce qui n'est plus le cas à la suite des révélations qui se sont succédé dernièrement et qui expliquent le changement de cap en cause. Enfin, il laisse savoir qu'il y a des règles démocratiques à respecter dans une aussi vaste organisation structurée comme la sienne; il a donc fallu y mettre le temps voulu avant de s'engager dans une autre direction: «Les gens de la construction, qui sont au nombre de 70 000 et qui représentent

44 % des travailleurs de cette industrie, étaient donc frileux, avec raison, face à une pareille idée d'enquête. Le rôle du président de la FTQ, dans un pareil contexte, c'est de trouver des consensus et de convaincre les gens; d'où le cheminement qui a été suivi.»


Un inventaire en trois temps


Michel Arsenault scinde en trois parties son mandat à titre de président au cours des trois dernières années: il y a le côté de la société québécoise, celui de la vie syndicale et celui de l'existence du Fonds de solidarité, dont il assume également la présidence du conseil d'administration. Il est d'abord question de syndicalisme: «On a amélioré les relations de travail de façon substantielle au cours des 20 dernières années au Québec, ce qui s'est perpétué au cours des trois dernières.» Les explications suivent: «Les temps de grève et de lock-out ont diminué de façon extraordinaire, si on remonte 25 ans en arrière et si on se compare à la majorité des autres provinces; on n'a pratiquement plus de grève et on compte quelques lock-outs, surtout du côté de Quebecor.»

Il se réjouit de la tournure des événements dans le secteur public et parapublic: «On a été un joueur important là-dedans. C'était une première, qu'on fasse un front commun comprenant une entente de non-maraudage entre les différentes allégeances syndicales; elle a été respectée à la lettre.» Il vante la rapidité du processus de négociation: «Au lieu de prendre deux ans pour arriver à un règlement, on a essayé de faire cela à l'intérieur de six mois, ce que nous avons réussi et ce dont je suis fier.» Il se félicite particulièrement de ce que les augmentations salariales soient en partie liées au taux de croissance économique, à la prospérité de l'État. D'autres dossiers apportent une satisfaction: «À Montréal, un autre grand syndicat, celui des cols bleus, en est arrivé à une entente et le climat de travail s'est grandement amélioré. Dans la construction, on a conclu un accord pour une durée de trois ans.» Il en conclut que la centrale n'a pas trop été abîmé par les soubresauts médiatiques qu'elle a vécus.

Tant et si bien que, sur le plan du recrutement, les données s'avèrent intéressantes: «On a reçu trois fois plus d'accréditations que la principale centrale concurrente. Dans la construction, on a maintenu notre membership. Les nouveaux arrivants dans cette industrie ont choisi la FTQ dans une proportion de quatre sur dix.» Et il place le mot de la fin sur le plan syndical: «On doit être correct en quelque part, parce que des membres, on ne gagne pas cela à la loto. Les gens restent chez nous et les gens viennent chez nous, ce qui est fort encourageant.»


Le syndicalisme se porte à l'attaque

M. Arsenault aborde le volet social des activités du mouvement d'une façon décidée: «C'est en quelque sorte le programme des prochaines années et on doit passer à l'offensive de ce côté. Je crois que la société québécoise est encore la plus égalitaire de l'Amérique du Nord, même s'il souffle un vent de droite, même si plusieurs disent qu'on serait mieux avec le secteur privé, qu'on paie trop d'impôt et ainsi de suite.»

Il énumère un certain nombre de mesures sociales majeures (garderies à 7 $, congés parentaux, équité salariale, etc.) qui font en sorte que le fardeau fiscal des Québécois est de sept milliards de dollars plus élevé que celui des Ontariens. Il montre l'envers de la médaille: «Je peux dire, pour avoir vécu cinq ans à Toronto avec ma famille, de 1996 à 2000, que lorsqu'on se paie des services de façon collective comme ici, ça coûte toujours moins cher que de façon individuelle.»

Dans le contexte de la montée du néolibéralisme et de la valorisation du secteur privé, il y a des batailles épiques en vue à livrer pour les syndicats, soutient-il: «On va devoir continuer d'accentuer l'information et la mobilisation auprès de nos membres pour maintenir les avantages sociaux qu'on a acquis et pour les améliorer; ce sera l'une des luttes importantes de la FTQ dans les années à venir.» Il ajoute: «C'est la raison pour laquelle on est embarqué dans l'Alliance sociale, pour mieux mobiliser nos gens.»

Avant de clore l'aspect social de la vie syndicale, il signale de plus l'urgence de s'attaquer à l'épineux problème des revenus des travailleurs à la retraite, alors qu'il est devenu à peu près impossible de négocier des régimes de retraite avantageux à prestations déterminées. Il épilogue de plus sur la nécessité de mettre en valeur nos richesses naturelles et collectives dans le respect des milieux et des territoires.

Le Fonds, ce joyau de la Fédération

Le président est visiblement agacé par les critiques qu'a subies le Fonds au cours de la dernière année; il défend bec et ongles cet enfant prodige de la FTQ: «C'est un success story et je peux dire que nous sommes très fiers de cela. On a connu un taux de rendement de 9,5 % l'an passé, ce qui est incroyable! On a l'obligation d'investir 60 % de nos avoirs dans l'économie québécoise et on est allé chercher ce rendement-là pour nos actionnaires dans du capital de risque. On a atteint cette année le nombre record de 557 000 actionnaires; de ce nombre de personnes, il y en a 200 000 qui n'ont pas d'autres revenus à la retraite à part l'argent placé dans le Fonds.»

Il présente le portrait sur le plan du maintien et de la création d'emplois: «L'an passé, on a maintenu 150 000 emplois avec nos investissements.» Certains médias ont reproché au Fonds d'avoir investi ou créé de l'emploi aux États-Unis: «C'est vrai qu'on a des partenaires qui ont des intérêts en dehors du Québec, et, dans une économie mondialisée, on ne peut pas faire autrement.»

Il soulève un dernier point: «Malgré la tempête médiatique à travers laquelle nous avons réussi à passer, on a recueilli 660 millions de dollars au niveau de la souscription l'an passé, ce qui est très bon. On a investi un demi-milliard de dollars dans le Québec et on compte 300 entreprises partenaires.»

À l'aube du congrès...

Michel Arsenault relève deux sujets importants qui seront abordés lors du 29e grand rassemblement annuel, tenu à partir du 29 novembre: «Il y aura deux commissions traitant de sujets importants: l'une portera sur les fonds de retraite et l'autre sur la conciliation travail-famille. Il sera question d'emplois et d'améliorations au Code du travail et une résolution sera déposée pour qu'on s'impose un code d'éthique à la FTQ. On va bien sûr échanger autour de la société québécoise, parce que le thème même de cette rencontre est le suivant: "Pour un Québec qui nous ressemble et qui nous rassemble".»

Tout en sollicitant un deuxième mandat, il rend hommage à un militant de longue date: «René Roy a décidé de prendre sa retraite et on va certainement saluer son départ de façon exceptionnelle. Il a fait beaucoup pour la FTQ, dont il a été le secrétaire général pendant 12 ans; il a consacré 40 ans de sa vie au monde syndical.»

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Collaborateur du Devoir