29e congrès de la FTQ - Des discussions, certes...

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Les «lockoutés» du Journal de Montréal lors d’une manifestation en avril dernier. La FTQ les a invité à lui rendre visite lors du congrès.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les «lockoutés» du Journal de Montréal lors d’une manifestation en avril dernier. La FTQ les a invité à lui rendre visite lors du congrès.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

«Les trois dernières années ont été assez mouvementées, il faut le reconnaître, dit-il. Il y a évidemment toutes les batailles syndicales que nous avons livrées, je pense notamment à celles menées au Journal de Québec et à Petro Canada et aux efforts que nous avons faits pour essayer de sauver et maintenir la raffinerie Shell à Montréal-Est. Il y a aussi toute la question de la FTQ-Construction dont nous avons récemment renouvelé le leadership. Ça s'est fait dans un certain brouhaha, je l'admets, mais je crois qu'au bout du compte nous avons fait à ce sujet un bon travail.»

De plus, au cours de ces trois dernières années, la FTQ a pris position sur plusieurs sujets ou enjeux de l'heure. Parmi ces derniers, il y a celui de la laïcité. «Nous nous sommes prononcés pour une laïcité complète dans tout l'appareil public, où il ne devrait y avoir aucun port de signes religieux. Et nous ne sommes pas d'accord avec le port du voile intégral, car nous croyons qu'il est important d'être capable d'identifier clairement les personnes.» La FTQ est aussi très critique envers le gouvernement Charest quant à sa façon d'aborder le régime public de soins de santé. «Nous sommes en désaccord avec la contribution santé ou toute forme de ticket modérateur, qui ne sont au fond que des taxes sur la santé. Nous dénonçons aussi la part grandissante du secteur privé dans le domaine de la santé.»

Enjeux actuels

Parmi les enjeux actuels de la société québécoise, il y a la question du gaz de schiste. «Nous sommes en faveur d'un moratoire sur l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste. D'abord, nous n'avons aucune assurance qu'il n'y aura pas d'impacts écologiques avec la technologie actuelle. Avant d'aller de l'avant, il faut poursuivre les études. De plus, il n'y a pas lieu de se précipiter puisque le prix du gaz est trop bas. C'est une entreprise qui pour le moment n'est pas rentable, et si on va de l'avant maintenant, on risque de payer pour l'exploiter.»

Un deuxième sujet de préoccupation est celui de la fusion entre Investissement Québec et la Société générale de financement. «Nous ne sommes pas contre la fusion en soi, si cette dernière rend le tout plus efficace, car nous ne sommes pas dogmatiques sur la structure. Par contre, nous avons une crainte que nous avons exprimée au ministre Bachand. Investissement Québec a toujours eu dans son mandat un volet portant sur la création et le maintien de l'emploi. Investissement Québec a soutenu près de 2000 entreprises québécoises et a aidé ainsi à maintenir et créer 40 000 emplois. Il ne faudrait pas que la fusion des deux organismes affaiblisse le volet de soutien à l'emploi. Jusqu'à présent, le ministre semble nous avoir entendu.»

La FTQ a aussi fait des représentations dans le cadre de la loi 57, qui modifie le régime forestier. «Ce n'est pas une mauvaise loi, car elle cherche à moderniser la façon dont nous exploitons la forêt. Mais cette nouvelle loi ne contient aucun droit pour les travailleurs. Les lois précédentes protégeaient mieux les travailleurs, car elles obligeaient les différents intervenants sur un même territoire à choisir parmi eux un intervenant qui devenait l'employeur présumé par la loi. Cela nous permettait de négocier des conditions de travail pour les travailleurs forestiers. La loi 57 ne maintient pas cette obligation et on doit donc négocier avec tous les intervenants, ce qui rend la tâche difficile, voire impossible. D'autant plus qu'il y a aujourd'hui beaucoup de sous-traitants dans l'exploitation forestière. Le différend que nous avons avec le gouvernement se situe là.»

Autres enjeux


Les délégués à ce congrès auront à débattre et à se prononcer par vote sur 150 résolutions, ce qui donne une idée de l'éventail des sujets qui seront abordés lors du congrès. «Il y a évidemment la question de l'équité salariale et celle de l'assurance emploi. Dans ce dernier cas, c'est une bataille que nous menons constamment avec le gouvernement fédéral afin d'améliorer le régime. On débattra aussi de la question du libre-échange avec l'Europe et de la reconnaissance du statut des travailleurs. La question de la santé et sécurité au travail est toujours de l'heure, puisque tout n'est pas entièrement réglé dans plusieurs secteurs prioritaires.» La conciliation travail-famille, la francisation des milieux de travail et l'intégration des travailleurs immigrés sont aussi des sujets qui seront abordés par les délégués.

Plusieurs personnalités viendront adresser la parole aux délégués. Parmi ces derniers, notons le président de la Confédération du travail du Canada, le président du Fonds de solidarité de la FTQ et le président de l'Institut de recherche en santé et sécurité au travail. L'animateur, humoriste et conteur Boucar Diouf présentera un spectacle où il abordera les thèmes de l'intégration des personnes immigrantes et la question de la francisation. Étant donné sa verve, on peut penser que sa présence sera sans doute remarquée. «Nous avons aussi décidé d'inviter par solidarité les "lock-outés" du Journal de Montréal à venir à notre congrès.» Bien qu'ils soient affiliés à une autre centrale syndicale, voilà sans aucun doute des travailleurs dont la visite ne passera pas inaperçue.

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Collaborateur du Devoir