Une longue carrière - Venu des mines de fer du Labrador

Pierre Vallée Collaboration spéciale
René Roy, en compagnie de Michel Arsenault<br />
Photo: Jean-François Leblanc - Le Devoir René Roy, en compagnie de Michel Arsenault

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le 3 décembre prochain, René Roy, l'actuel secrétaire général de la FTQ — en poste depuis 1998 — tirera sa révérence. Il mettra fin ainsi à une longue, fructueuse et parfois mouvementée carrière dans le monde syndical québécois.René Roy a étudié pour devenir technicien en électricité et c'est comme étudiant qu'il a ses premiers contacts avec le syndicalisme. «J'ai travaillé dans les mines de fer du Labrador. C'était un bon emploi, syndiqué et assez bien rémunéré, qui me permettait de payer mes études», raconte-t-il.

De retour au Québec, le jeune homme se trouve en 1972 un emploi comme technicien en télécommunications chez Bell Canada à Saint-Hyacinthe. C'est cet emploi chez Bell Canada qui fera de lui un militant syndical. «La situation syndicale chez Bell Canada était déplorable. Il y avait bien un syndicat, mais c'était un syndicat de boutique. L'entreprise était gérée à la manière de l'armée, l'anglais prédominait et les congédiements étaient arbitraires. De plus, les salaires étaient parmi les plus bas au Canada, malgré que Bell fût l'une des entreprises canadiennes les plus rentables. Ça ne faisait pas mon affaire, d'autant plus qu'au Labrador je m'étais habitué au syndicat des Métallos.» Il rencontre à cette même époque Fernand Daoust et Louis Laberge, dont il apprécie le style syndical. «C'était un syndicalisme pragmatique qui, en plus, se faisait dans la bonne humeur.»

Premiers combats

Alors jeune technicien en télécommunications chez Bell, Michel Ouimet, aujourd'hui vice-président exécutif du Syndicat des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), fait sa connaissance. Ils deviendront collaborateurs au sein du mouvement syndical, et aussi des amis. «En 1975, René décide de s'engager et il devient un des artisans du mouvement de syndicalisation des techniciens de Bell Canada au Québec et en Ontario, raconte-t-il. Il demande un congé sans solde, ce à quoi il a droit dans son contrat, mais Bell refuse net. Devant ce refus, il décide carrément de quitter son emploi pour se consacrer uniquement à la campagne de syndicalisation. Ça vous donne la mesure de l'homme.»

L'année suivante, les techniciens de Bell obtiennent leur accréditation et deviennent membres du Syndicat des travailleurs en communications du Canada (STCC). Le syndicat embauche alors René Roy comme représentant syndical. C'est à ce titre qu'il mènera une seconde lutte, celle de la campagne de syndicalisation auprès des 7400 téléphonistes de Bell Canada au Québec et en Ontario. «Les téléphonistes étaient représentées par un autre syndicat de boutique et René voulait qu'elles rejoignent le STCC. Ce fut une campagne difficile et la première tentative a échoué. Les téléphonistes avaient peur de signer leurs cartes sur les lieux du travail et René a fait du porte-à-porte les soirs et les fins de semaine pour ramasser le nombre nécessaire de cartes.» La deuxième tentative fut la bonne et en 1979 les téléphonistes rejoignaient les rangs du STCC.

Syndicaliste élu

La même année, René Roy, toujours à l'emploi du syndicat, décide de sauter dans l'arène et se présente au poste de vice-président du STCC. Il est élu par une majorité d'un seul vote. Il occupera la fonction de vice-président du STCC jusqu'en 1992. À ce titre, il mènera les négociations syndicales des techniciens et téléphonistes de Bell Canada.

«Il a dû aussi gérer deux grèves. Celle des techniciens en 1979, qui durera cinq semaines, et celle, plus ardue, des techniciens et téléphonistes en 1988, qui durera 18 semaines.» Pendant cette période, il travaille à la fusion du STCC avec le Syndicat international des travailleurs en électricité (SITE). La fusion est réussie en 1984.

Le prochain projet de René Roy en est un autre de fusion. «C'étaient des syndicats qui avaient des affinités avec le nôtre ou qui cherchaient une fusion avec d'autres syndicats.» Ce fut l'une des plus importantes fusions de trois syndicats pancanadiens: le Syndicat canadien des travailleurs du papier (SCTP), le Syndicat des travailleurs de l'énergie et de la chimie (STEC) et le Syndicat des travailleurs et travailleuses en communication et en électricité du Canada (STCC). La fusion, en 1992, donnera naissance à l'actuel SCEP.

René Roy devient vice-président régional du nouveau syndicat et, en 1994, le vice-président exécutif. C'est à ce titre qu'il mènera une nouvelle lutte qui aboutira à la création de l'entreprise Entourage. «Bell voulait confier à des sous-traitants les travaux à l'intérieur des maisons. Les techniciens étaient donc menacés de perdre leurs emplois. La création d'Entourage permettait de sauver la grande majorité des emplois. Évidemment, ce fut critiqué par certains parce que, d'une part, il s'agissait de fonder une entreprise et que, d'autre part, on ne pouvait pas offrir les mêmes salaires. Mais c'était mieux que la perte de ces emplois.»

Selon Michel Ouimet, René Roy a toujours été un syndicaliste proche de ses membres et proche de la base. «Il savait aussi sortir des sentiers battus et regarder une situation autrement, sans être nécessairement lié aux manières de faire du passé, comme le démontre la création d'Entourage.» En 1998, René Roy quitte ses fonctions au SCEP et est élu secrétaire général de la FTQ. Le mot de la fin lui revient. «J'ai passé plus de trente ans à défendre les droits des travailleurs et travailleuses au sein du mouvement syndical et à me battre pour faire avancer le syndicalisme, mais comme j'ai passé la majorité de ma carrière dans un poste de représentant élu, je n'ai moi-même pas souvent été syndiqué. J'y vois là une belle ironie.»

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Collaborateur du Devoir