Des «zones de fouille privées» au Canada pour éviter la grogne

Des Américains s’étaient passé le mot hier pour demander en masse une fouille manuelle plutôt qu’un passage dans le scanner afin de protester contre les nouvelles mesures de sécurité jugées intrusives.<br />
Photo: Agence Reuters Rick Wilking Des Américains s’étaient passé le mot hier pour demander en masse une fouille manuelle plutôt qu’un passage dans le scanner afin de protester contre les nouvelles mesures de sécurité jugées intrusives.

Le gouvernement fédéral fait installer des «zones de fouille privées» dans les aéroports, pour éviter que la grogne des Américains s'étende aux Canadiens.

À la veille des vacances de l'Action de grâce aux États-Unis, des Américains s'étaient passé le mot pour demander une fouille manuelle plutôt qu'un passage dans le scanner aux points de contrôle, pour retarder les embarquements et ainsi protester contre les nouvelles mesures de sécurité ajoutées au début du mois, qui sont jugées intrusives.

Pour éviter de telles protestations au nord de la frontière, l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) a commencé l'installation de ce qui ressemble à des cabines d'essayage faites de rideaux à chaque point de contrôle de tous les aéroports canadiens. Des centaines de plaintes avaient aussi été déposées au sujet des fouilles et des scanners en 2009 et 2010, révélait mardi la Presse canadienne.

Les passagers sélectionnés de façon aléatoire pour une fouille avaient déjà le droit de demander à ce que l'opération se fasse dans un lieu fermé, mais plusieurs ignoraient ce droit. «Désormais, les agents vont l'offrir automatiquement» derrière les rideaux, a indiqué Mathieu Laroque, de l'ACTSA. Les voyageurs pourront toujours choisir de passer plutôt par un scanner corporel, dans les aéroports qui en possèdent un.

Le ministre fédéral des Transports, Chuck Strahl, a tenu à ce que le Canada se distancie des façons de faire américaines. «Les vidéos que vous voyez sur YouTube sont des exemples américains d'un type de fouille plutôt provocateur qui n'existe pas au Canada», a-t-il dit en sortant de la Chambre des communes, hier.

Droits brimés

Mais pour le président de la Ligue des droits et libertés, les nouvelles «cabines» n'empêchent pas que les droits de beaucoup de personnes soient brimés. «Pour fouiller quelqu'un, il faut qu'il y ait des motifs valables, qu'il y ait une cabine ou pas. Pour l'instant, on fouille les gens selon des critères arbitraires», dit-il en citant l'exemple d'une Madelinienne qui a déposé une plainte auprès de son organisme pour avoir été fouillée alors que le détecteur de métal n'avait pas émis d'alarme.

Quant aux scanners corporels, le ministre Strahl assure qu'ils ne représentent pas de danger pour la santé de ceux qui y passent. «On utilise un scanner à ondes millimétriques qui rebondissent sur le corps et révèlent si quelque chose a été caché sur le corps, mais en réalité, il n'y a aucune radiation qui puisse inquiéter les voyageurs.» Il ne s'agit pas de la même technologie que celle qui est utilisée chez les Américains.

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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté
1 commentaire
  • Etienne Goyer - Inscrit 25 novembre 2010 12 h 03

    J'ai opté pour la fouille manuelle "améliorée"

    La semaine dernière, lors d'un voyage d'affaire à Chicago, j'ai demandé l'exclusion ("opt-out") du scanner corporel à l'aéroport O'Hare. D'après ce que je savais, ceux qui demandais à être exclus du scanner corporel à onde millimétrique allais recevoir une fouille manuelle "améliorée" ("enhanced pat-down"). Je l'ai fait en toute connaissance de cause.

    Il faut comprendre que la TSA compte sur la menace de la fouille manuelle améliorée, réputée humiliante et inconfortable, pour s'assurer que les voyageur marche droit et accepte le scanner corporel.

    Finalement, la fouille manuelle s'est très bien passée pour moi. L'officier de la TSA s'est comporté de façon professionnel, m'expliquant dans le détail tout ce qu'il allait faire. Je n'ai pas senti de hargne à mon endroit de la part du personnel de la TSA. Le tout m'as semblé être une opération de routine, et s'est réglée en quelques minutes. Je n'ai donc pas été victime du type d'abus que les blogs et les médias rapporte (force excessive, inconfort de nature sexuel, etc).

    J'ai choisi la fouille manuelle non pas parce que j'ai peur des effets sur la santé du nouveau scanner, mais comme moyen de protestation. Depuis le 11-septembre, on assiste à un escalade des mesures de sécurité, dont l'efficacité est très discutable. Le nouveau scanner corporel viole la dignité des voyageurs sans améliorer significativement leur sécurité. Tout ça dans l'optique de "faire quelque chose" et paraître pro-actif. Et bien, assez, c'est assez. Les voyageurs doivent signifier clairement que la limite a été atteinte. On se doit de le faire, autrement le cirque des mesures de sécurité aéroportuaire va continuer toujours plus loin dans l'absurde et la déshumanisation.