Le miraculé du couloir de la mort

Pour Juan Melendez, 59 ans, l’attente dans le couloir de la mort est une forme «de souffrance, d’agonie et de torture» pour le condamné à mort et les membres de sa famille.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Alex Wong Pour Juan Melendez, 59 ans, l’attente dans le couloir de la mort est une forme «de souffrance, d’agonie et de torture» pour le condamné à mort et les membres de sa famille.

Après 17 années, huit mois et une journée à attendre son exécution sur la chaise électrique, Juan Melendez est sorti du couloir de la mort, en Floride, sous les applaudissements de ses codétenus, en 2002. C'est en leur nom qu'il milite aujourd'hui contre la peine de mort.

Melendez, 59 ans, doit sa vie à un coup de chance. En 1983, il a été condamné à la peine de mort pour le meurtre d'un commerçant d'Auburndale (Floride), au terme d'un procès de cinq jours (incluant la sélection du jury).

La preuve reposait exclusivement sur le témoignage d'un informateur de police au lourd passé criminel, payé pour ses déclarations, et celui d'un ami de Melendez qui craignait de finir sur la chaise électrique s'il ne donnait pas aux enquêteurs une version des faits conforme à leurs attentes. Les deux ont menti.

Environ un mois avant le procès, la Couronne avait appris qu'un dénommé Vernon James (aujourd'hui décédé) avait avoué le meurtre du commerçant. Le jury n'en a rien su.

Le premier avocat de Melendez a cru qu'il ne pouvait pas utiliser ces aveux au procès. La confession de James a dormi dans une boîte pendant 16 ans avant de remonter à la surface.

Pendant toutes ces années, Melendez a réussi à se raccrocher à la vie grâce à un réseau de correspondants qui lui remontaient le moral avec leurs lettres d'appui. «Le fait d'être innocent m'a beaucoup aidé. Je me disais toujours que la vérité sortirait un jour, même s'il en a fallu, du temps», explique Melendez en entrevue.

Les aveux de Vernon James ont pesé lourd dans la balance quand la Cour suprême de la Floride a ordonné la tenue d'un nouveau procès en 2002. Incapable d'offrir une preuve (son premier témoin était mort et l'autre s'était rétracté), la Couronne a abandonné les accusations.

Humains, si humains

Juan Melendez n'oubliera jamais le jour où il a quitté le couloir de la mort. Il était à la fois heureux et triste pour les condamnés qu'il laissait derrière lui. «Ils ne tuent pas la même personne qui a commis le crime, ils tuent quelqu'un d'autre. Ils tuent un être humain», dit-il.

L'attente dans le couloir de la mort est de dix ans en moyenne. Selon Melendez, il s'agit d'une forme «de souffrance, d'agonie et de torture» pour le condamné à mort et les membres de sa famille. Dans cet environnement hostile et sans issue, des condamnés trouvent paradoxalement le chemin vers la rédemption, l'amitié.

Melendez garde un souvenir pénible de l'exécution d'un voisin de cellule. «Il pleurait sur mon épaule et je pleurais sur la sienne. Il me confiait ses pensées les plus intimes et moi, les miennes. J'ai appris à l'aimer, et un jour ils l'ont arraché de sa cellule, et je savais ce qui allait lui arriver. Ils l'ont tué, et je ne pouvais rien y faire», dit-il.

Depuis sa libération, Melendez partage son temps entre l'Europe, les États-Unis et le Canada, où il prononce des conférences contre la peine de mort. Cette semaine, il était de passage au Québec, à l'invitation d'Amnistie internationale, pour rencontrer des étudiants du secondaire et de l'université.

Question de temps

Selon Juan Melendez, la peine de mort est appelée à disparaître aux États-Unis. «C'est une simple question de temps», dit-il. À ce jour, 35 États appliquent encore le châtiment capital. Le Nouveau-Mexique y a renoncé en 2009, entre autres grâce aux efforts de lobbying de Melendez. Après un sommet de 98 exécutions en 1999, la peine de mort a connu un recul constant aux États-Unis d'année en année. Dans les dix premiers mois de 2010, 45 condamnés ont été exécutés.

En parallèle, la proportion de condamnés sauvés in extremis d'une exécution augmente, entre autres grâce au travail d'agences non gouvernementales et de facultés de droit américaines qui font «le procès des procès». De 1973 à 1999, 3,1 condamnés à mort ont été exonérés chaque année, selon les données du Centre d'information sur la peine de mort. De 2000 à 2007, il y en a eu cinq par an.

Depuis 1973, 130 condamnés à mort ont été relâchés après la découverte qu'il y avait eu erreur judiciaire. Melendez s'assure de mettre un visage, le sien, sur ces statistiques, afin que la peine de mort soit reléguée un jour aux oubliettes de l'histoire.
1 commentaire
  • Gilbert Talbot - Abonné 24 novembre 2010 11 h 24

    Bravo !

    Brave monsieur Melendez,

    Je vous félicite pour votre courage. Vous avez bien raison,vous l'avez vécu, l'attente dans le corridor de la mort est une torture qui s'ajoute à la peine de mort elle-même. Elle fait partie du processus, tout comme la torture physique précédait la mise à mort à l'époque féodale. Les USA ne se différencie guère en cela de ces États islamistes qui ambitionnent sur la loi du Talion. L'injustice que vous avez vécu au plus profond de votre être,pendant plus de dix-sept ans fait aussi parti de ce système tout croche fondé davantage sur la croyance et les préjugés, plutôt que sur les preuves concrètes. je suppose aussi que votre origine latine a renforcé ce préjugé si tenace dans les États du Sud, où le profilage racial est si répandu.

    Vous avez fort à faire pour faire abolir cette peine atroce, au pays du Tea Party, où la droite et l'extrême droite se lient au fondamentalisme religieux, quand ce n'est pas au Ku Klux Klan et à la mafia.

    je ne peux qu'admirer votre courage et votre action et espérer qu'un jour la peine de mort disparaîtra définitivement de la liste des horreurs commises par votre pays,

    en toute solidarité,

    Gilbert Talbot
    gilbert.talbot@videotron.ca