Pour que Montréal demeure une ville «sans pareille»

Montréal
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Montréal

L'un se bat pour que les enfants aient la chance de vivre et de survivre. Un autre veut que les universités montréalaises se maintiennent, ou s'inscrivent, dans le peloton de tête. Une autre veut donner le moyen aux entreprises d'ici d'être partenaires dans cet univers économique où compétitivité et compétition semblent aller de pair. Et si le dernier d'entre eux nous a fait rire, il est aussi conscient des difficultés que rencontre au quotidien l'agglomération montréalaise. Bienvenue dans l'Académie des Grands Montréalais et hommage aux derniers intronisés.

En 1978, l'organisme qui avait nom Chambre de commerce du district de Montréal annonce une initiative qui va permette de souligner le travail remarquable de personnalités montréalaises. Les Grands Montréalais — tel est le nom du projet — vont permettre à cette occasion de mettre sur l'avant-scène 20 acteurs et actrices de la vie municipale: de Iole Appugliese à Michel Tremblay, en passant par les Carle, Chiriaeff, Drapeau, Pollock ou Pellan, ils seront les premiers à voir leur oeuvre reconnue.

Plus tard, en 1988, de nomination en nomination, au nombre de une, deux ou trois par année, on regroupe ces gens dans ce qui devient alors l'Académie des Grands Montréalais. Au long de cette période, la Chambre de commerce du district de Montréal aussi s'est transformée pour devenir la Chambre de commerce de Montréal, avant d'être en 1989 la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Et, en 1992, il y a fusion avec le Bureau de commerce de Montréal, ce qui explique qu'aujourd'hui, avec 7000 membres, celle qu'on désigne familièrement comme la CCMM s'intéresse à tout ce qui touche les univers économiques, sociaux et culturels, tout en débordant dans le domaine du savoir, Montréal étant une ville universitaire avec ses 11 grands établissements, qui sont universités ou grandes écoles.

Et en 2010, soit en fait ce soir, il y aura réception au Loft Hôtel quand, après les intronisés de l'année dernière, à savoir Lise Bissonnette, soeur Nicole Fournier, Jacques Ménard et Balfour Mount, obtiendront un «siège» les Yvon Deschamps, Hélène Desmarais, Gilles Julien et Claude Montmarquette pour des réalisations remarquées dans les secteurs, respectivement, culturel, économique, social et scientifique.

Et les nominations reçoivent l'approbation de la classe politique. Ainsi, le maire Tremblay revient sur les réalisation d'un Yvon Deschamps: «C'est un éveilleur de conscience; il est en mesure de tenir des propos qui nous font réfléchir sur les plans politique et social.» Et le ministre responsable de la région montréalaise, Raymond Bachand, donnera «silencieuse» une Hélène Desmarais: «Elle ne parle pas beaucoup et rarement de façon publique. Les Desmarais sont très souvent discrets, mais ils s'engagent dans toutes sortes de choses.» Quant à l'oeuvre du Dr Gilles Julien, tous en voient le mérite car, avec lui, comme le dit Michel Leblanc, de la Chambre de commerce, on a pu «voir le soutien qu'il est possible d'apporter, grâce à un travail collectif et à une prise de conscience, à des enfants dans le besoin qui représentent notre avenir». Et on comprendra que celui qui est aussi ministre des Finances et du Revenu soutient ce qu'avance un Claude Montmarquette à propos du modèle économique québécois: «Il faut en garder les idéaux, mais les méthodologies d'organisation peuvent peut-être changer. Il faut accepter de se poser des questions et de débattre d'un tel sujet.»

Fragilité et persévérance

Il y aura donc fête. Mais les réalisation passées, aussi utiles soient-elles, ne permettent cependant pas de baisser les bras quand le temps des accolades sera terminé. Comme le souligne le docteur Julien, «j'ai une entreprise qui est très populaire, qui semble faire une certaine unanimité, mais, en même temps, j'ai une entreprise qui est superfragile. Je ne sais jamais, de six mois en six mois, si je vais pouvoir continuer à faire le travail pour lequel j'ai des reconnaissances. Pourquoi les honneurs si en même temps ça reste aussi fragile? Pourquoi cette fragilité alors que c'est reconnu?»

Et Hélène Desmarais devra poursuivre son travail au sein du Centre d'entreprises et d'innovation de Montréal, tout comme Claude Montmarquette, car à lui, qui veut que les étudiants soutiennent financièrement leurs établissements même durant leur période d'apprentissage, il restera à en convaincre plus d'un, qu'il soit gouvernement ou individu, de la nécessité d'accorder aux universités un financement adéquat. Et si Yvon Deschamps a atteint à 75 ans un âge vénérable, il sait que des luttes ont toujours cours: «À Montréal, nous serons bientôt une minorité de francophones. Je ne sais pas comment ça va tourner, mais ça risque de brasser. Il y aura forcément un choc des idées et j'espère que la relève saura trouver sa place à travers tout ça!»

Quant à Montréal même, on sait combien il reste à faire si l'intention est de faire en sorte que cette ville ait toujours son importance sur la scène internationale: les seuls débats sur un échangeur ou sur le transport en commun montrent qu'il est difficile d'obtenir tout consensus, que ce soit avec les citoyens, les ordres de gouvernement ou les entreprises.

Et ces sujets ne sont que des indicateurs des luttes à mener ou à poursuivre: Montréal ne se veut-il pas capitale, que ce soit en aéronautique, en santé, en culture, en informatique et autres secteurs connexes?

Et, là-dessus, maire, ministre et président de Chambre de commerce s'entendent pour dire qu'il faut développer des stratégies qui soient communes. Tous étant unanimes pour souligner que nos derniers Grands Montréalais nommés méritaient cette reconnaissance, espérons qu'à l'unisson, une fois encore, ils feront en sorte que Montréal demeure cette ville «sans pareille», comme le dit un Denis Brott en parlant de la vie culturelle.

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