Danse, transe et ambiance pour la fête des morts vaudou

Dans le sous-sol de l’église de la paroisse Saint-Bernardin-de-Sienne, dans Villeray–Saint-Michel, la communauté haïtienne montréalaise célébrait samedi la fête des morts vaudou. Quelques femmes semblent tomber en transes, puis sont calmées par Rolanda Delerme, l’ati régionale de Montréal, sorte de leader religieuse, que l’on appelle ici Belle déesse junior.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans le sous-sol de l’église de la paroisse Saint-Bernardin-de-Sienne, dans Villeray–Saint-Michel, la communauté haïtienne montréalaise célébrait samedi la fête des morts vaudou. Quelques femmes semblent tomber en transes, puis sont calmées par Rolanda Delerme, l’ati régionale de Montréal, sorte de leader religieuse, que l’on appelle ici Belle déesse junior.

Dans le livre pour enfants La Fête des morts, de Dany Laferrière, Vieux Os et son ami Frantz se rendent à la fête des morts à Petit-Goâve, où ils rencontrent entre autres Tézina, une vieille femme fiancée au Baron Samedi, personnage de la mythologie vaudou, gardien des cimetières.

Cette scène aurait pu se produire à Montréal, samedi dernier, alors que plusieurs membres de la communauté haïtienne montréalaise célébraient la fête des morts vaudou, que l'on appelle aussi la cérémonie des guédés, dans le sous-sol de l'église de la paroisse Saint-Bernardin-de-Sienne, dans Villeray-Saint-Michel.

Alors que les hommes commencent à tambouriner sur leurs djembés apportés pour l'occasion, femmes et hommes — mambos et ougans comme on appelle les prêtresses et les prêtres vaudous —, tous vêtus de blanc, entament des danses et des chants.

«Cela semble improvisé, mais tout est très calculé. Les chants, tout», commente Mauro Peressini, conservateur du Musée canadien des civilisations qui tiendra une exposition sur le vaudou, dans le monde et au Canada, à l'automne 2012.

Au premier abord, on se croirait dans une fête d'Halloween un peu tardive. Squelettes, têtes de mort et tombes gravées ornent la salle, toute drapée de blanc, de noir et de mauve.

«Les Haïtiens d'ici ont intégré des éléments de l'Halloween à leurs rites, précise M. Peressini, qui revient justement d'un séjour en Haïti. En Haïti, il y a moins de babioles comme ça. Par contre, il y a de véritables crânes humains. Mais ce n'est pas négatif pour eux. C'est une façon de se rapprocher des morts».

L'ambiance qui règne dans le sous-sol de l'église de Saint-Bernardin-de-Sienne n'a d'ailleurs rien de pathétique. Quelques heures après le début de la cérémonie, aidés peut-être par quelques gorgées de rhum ou d'autres alcools forts, les convives se laissent aller à des danses de plus en plus sensuelles, les tambours se font plus envoûtants.

À partir d'un certain moment, quelques femmes semblent tomber en transes, puis sont calmées par Rolanda Delerme, l'ati régionale de Montréal, sorte de leader religieuse, que l'on appelle ici Belle déesse junior. Viennent ensuite des scènes de transes plus prononcées, où des participants se roulent par exemple sur le plancher alors que d'autres convives agitent un drap blanc au-dessus d'eux. On dit que c'est l'esprit de saint Patrick qui se manifeste comme ça à travers eux.

«Vous ne connaissez pas votre histoire religieuse?», me demande Belle déesse junior en souriant. «Saint Patrick aime se transformer en serpent. Et on agite un drap au-dessus d'eux parce que les serpents aiment être cachés.»

Au fur et à mesure que la soirée avance, la salle se remplit. Les nouveaux venus entonnent les chants avec les prêtres et les prêtresses, l'ambiance se réchauffe encore, volatile comme la trace brûlante du rhum dans les gorges.

«Il faut souvent arriver tard dans les cérémonies vaudou, c'est là que le meilleur arrive», commente Mauro Peressini. Après une courte pause, les prêtres et les prêtresses reviennent, cette fois vêtus majoritairement de mauve. On attend la visite de Baron Samedi, l'un des guédés des morts ainsi que de ses autres incarnations, Baron Cimetière et Baron Lacroix, tous mariés à Madame Brigitte, autre personnage de la mythologie vaudou.

«Il arrivera bientôt, assure une participante. Il aura cet aspect-là», dit-elle en désignant un squelette dessiné dans une tombe. Mais le temps passe, les chants se poursuivent et Baron samedi n'arrive pas. La nuit est tombée depuis longtemps. Les enfants dorment. Il faut rentrer. Dans l'automne frissonnant de Montréal, je repense à ces mots de la grand-mère Da, dans La Fête des morts, de Dany Laferrière: «On meurt, Vieux Os, quand il n'y a plus personne sur terre pour se rappeler ton nom.» Il semble bien que le vaudou ne meure pas.