Mourir dans la dignité - Flou législatif autour des dernières volontés

L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux insiste avec force sur la nécessité de renforcer l’offre de soins palliatifs partout dans le réseau.
Photo: Agence Reuters Enrique Castro-Mendivil L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux insiste avec force sur la nécessité de renforcer l’offre de soins palliatifs partout dans le réseau.

La «prise en charge de la douleur en fin de vie est insuffisante» au Québec, a fait valoir hier l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS). Devant la Commission spéciale sur le droit de mourir dans la dignité, les représentants des 134 établissements publics ont détaillé les lacunes d'un système imparfait auxquelles s'ajoute un flou législatif qui perdure autour des dernières volontés des mourants au Québec.

Peu de gens savent que le mandat en cas d'inaptitude ou le testament biologique n'ont pas de valeur juridique contraignante au Québec, a rappelé d'entrée de jeu l'AQESSS. En fait, 88 % des Québécois pensent à tort que ces outils ont force de loi, montre un sondage CROP-AQESSS rendu public hier.

Cette situation doit absolument être corrigée par l'adoption d'une loi solide, ont plaidé les représentants des établissements. Toujours selon ce même sondage, seul le tiers de la population québécoise a rédigé un document de fin de vie, proportion qui s'élève à 51 % chez les 55 ans et plus.

L'importance de combler ce vide législatif a été rappelée hier par le Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU). Son directeur général, Pierre Blain, a également défendu la nécessité de donner plus de pouvoir aux grands malades, notamment par la mise au point de trousses d'information destinées à les aiguiller et à les outiller dans leur dernier voyage.

Renforcer le réseau

L'AQESSS comme le RPCU ont par ailleurs insisté avec force sur la nécessité de renforcer l'offre de soins palliatifs partout dans le réseau, que ce soit dans les centres hospitaliers, les CHSLD, les maisons de soins palliatifs ou à domicile. «Je ne pense pas que le système soit vraiment en mesure d'atténuer la souffrance [des personnes en fin de vie] à l'heure actuelle», a tranché Pierre Blain lors de ses échanges avec les commissaires.

Pour l'AQESSS, l'heure des grands chantiers a sonné depuis longtemps et il est grand temps que la Politique sur les soins palliatifs déposée en 2004 soit réalisée. L'objectif: doter le Québec d'une offre de services «complète, connue et accessible», a résumé la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis. Pour cela, il est impératif que Québec se décide à ouvrir les 170 lits de soins palliatifs qui manquent pour atteindre la norme attendue de 50 lits par 500 000 de population. C'est là un minimum, a précisé Mme Denis, qui croit que cette norme devrait peut-être même être remise en question.

Quant à l'euthanasie ou au suicide assisté, l'AQESSS n'a pas tenu à prendre position, sinon pour dire que, s'ils devaient être légalisés, ces actes devraient être considérés comme étant «uniques» à chacun. En point de presse, Mme Denis a ajouté qu'une offre adéquate de soins palliatifs aurait pour effet de faire fondre les demandes en ce sens. Elle a expliqué que les expériences conduites dans certains pays ont démontré que «plus les soins palliatifs sont développés, plus les demandes d'euthanasie, comme telles, sont rares».

À voir en vidéo