Enquête sur la mort de Fredy Villanueva - Montréal-Nord était une zone de tension

La police de Montréal était aux prises avec un «climat de tension» entre les patrouilleurs et les jeunes de Montréal-Nord, de même qu'un «volume élevé» d'appels pour des infractions contre la personne, des coups de feu et des incivilités dans les années précédant l'émeute d'août 2008.

Selon les documents internes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui seront versés à la preuve, aujourd'hui, à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, le secteur nord-est de Montréal-Nord était une source de tracas pour la police. C'est dans ce secteur à haute densité urbaine et d'une grande pauvreté que s'est déroulée l'intervention fatidique qui a coûté la vie au jeune Fredy Villanueva, le 9 août 2008, un décès suivi d'une violente émeute.

L'îlot nord-est présentait le volume le plus élevé de crimes dans tout l'arrondissement de Montréal-Nord, en 2007. La situation s'explique en partie par la forte densité urbaine.

Dans le secteur de l'émeute, en 2007, le taux de crimes contre la personne (26,6 pour 1000 habitants) était deux fois plus élevé qu'ailleurs à Montréal. Le taux de crimes reliés aux gangs de rue (6,4 pour 1000 habitants) était dix fois plus élevé.

Les citoyens ne s'y sentent pas en sécurité. Dans l'îlot nord-est, près d'une personne sur deux (41 %) évite certains endroits de peur de rencontrer des membres de gangs.

À deux reprises, en 2007 et 2008, des policiers ont essuyé des tirs à Montréal-Nord; le premier alors qu'il circulait dans son véhicule personnel, le second à bord de sa voiture de patrouille.

Les documents du SPVM font également état de situations où des policiers ont été «invectivés et même encerclés», sans donner de détails précis sur les dates et les lieux des événements. Selon la version défendue par le SPVM à l'enquête du coroner, Fredy Villanueva et ses amis ont encerclé le policier Jean-Loup Lapointe, ils l'ont agrippé au cou et ils ont tenté de le désarmer, et c'est la raison pour laquelle il a fait feu.

À la suite de l'émeute, le SPVM a rajouté des effectifs au poste de quartier 39, qui dessert l'arrondissement de Montréal-Nord, afin de «permettre une meilleure visibilité dans les secteurs ciblés». Dix agents, issus d'autres postes de quartier, se sont greffés à l'équipe habituelle. Le module action par projet (une équipe multidisciplinaire) est aussi passé de quatre à six agents, en plus d'un superviseur.

Les policiers ont également suivi diverses formations sur les manoeuvres sécuritaires «dans un contexte d'attroupement à potentiel hostile». Douze mentors en «éthique appliquée à l'usage de la force» ont également été formés pour venir en aide aux policiers.