Un interrogateur avait fait planer la menace d'un viol à Omar Khadr

Guantánamo — Les représentations sur la peine d'Omar Khadr, premier adolescent poursuivi pour crimes de guerre en six décennies, ont pris fin hier avec une histoire de menaces de viol. Dans une déclaration non solennelle, on a raconté aux jurés comment un interrogateur américain avait menacé Khadr, alors âgé de 15 ans et blessé.

«C'est difficile pour moi d'évoquer cet épisode, a affirmé Khadr dans sa déclaration écrite. Je sais que cela ne changera pas ce que j'ai fait, mais j'espère que les jurés y penseront lorsqu'ils décideront de ma peine.»

Khadr a plaidé coupable lundi à cinq accusations pour crimes de guerre, dont le meurtre du sergent américain Chris Speer, 29 ans, qui a été tué par une grenade lancée par le jeune Canadien en juillet 2002, en Afghanistan.

La déclaration de Khadr relate essentiellement les preuves présentées lors d'une audience précédente par l'ancien sergent Joshua Claus. Celui-ci avait avoué avoir raconté à Khadr l'histoire d'un jeune musulman envoyé dans une prison américaine, où «de gros gars noirs» lui avaient fait subir un viol, possiblement mortel.

Khadr a affirmé dans une lettre lue par son avocat, le lieutenant Jon Jackson, que cette histoire l'avait beaucoup effrayé et qu'il en avait pleuré.

Claus avait par la suite été reconnu coupable d'avoir battu à mort un autre détenu.

Au cours des audiences précédant le procès, les avocats de Khadr ont tenté de convaincre le juge que cette menace, entre autres, avait poussé leur client à avouer le meurtre du soldat américain.

Le juge qui préside la commission militaire, le colonel Patrick Parrish, avait auparavant décrété qu'il n'y avait aucune preuve crédible que Khadr avait été torturé.

Les sept militaires qui composent le jury devraient entendre à compter d'aujourd'hui les plaidoyers finaux sur la peine. En vertu d'une entente conclue entre les parties avant le début du procès, Khadr ne pourra écoper de plus de huit autres années de détention, dont la première dans une prison américaine.

Au cours de la semaine, le jury a entendu un témoignage empreint d'émotion de la veuve du sergent, qui a regardé Khadr droit dans les yeux en le traitant de tueur. Elle avait également lu des lettres des deux enfants qu'elle a eus avec son défunt mari.

Khadr lui-même a également témoigné, s'excusant directement à la veuve du soldat américain et se disant «très, très désolé» de la douleur qu'il a causée.

D'autres témoins sont passés devant le jury, dont un psychiatre qui a dit de Khadr, maintenant âgé de 24 ans, qu'il était un «très dangereux» partisan du djihad islamique.

Le docteur Michael Welner a précisé que son expertise était principalement basée sur le travail réalisé par un psychologue danois, qui insistait sur le fait que les musulmans «consanguins» ne pouvaient jamais s'assimiler à la culture occidentale et qu'ils étaient élevés pour être agressifs.

Hier, le docteur Welner a déclaré à la Presse canadienne que son témoignage n'avait pas été interprété de façon juste dans les différents médias, mais qu'il maintenait son opinion.

«Les experts en santé mentale [de Khadr] ont été choisis par lui et ils ont clamé son innocence — seulement pour se faire couper l'herbe sous le pied lorsqu'il a plaidé coupable», a expliqué le docteur Welner.

«Comme ses affirmations de torture, que le juge Parrish a décrites pour les besoins de la Cour [jeudi] comme étant "tout à fait incroyables", ces histoires font partie de ce qui définit le cas de Khadr et le mensonge de Khadr», a-t-il ajouté.
1 commentaire
  • Huguette Marchand - Inscrite 1 novembre 2010 10 h 09

    Trahison de la part du Canada

    Cette histoire est une prise de position scandaleuse de la part du Canada.

    Cet enfant qui a été evoyé à 10 ans en Afghanistan par son père,,sans rien comprendre de ce qui lui arrivait, a été la victime de sa condtion forcée, qu'il n'avait pas choisie et conséquemment , a dû vivre son cheminement d'enfant dans une atmosphère de culture de mort, de vengeance.

    Quel enfant s'en serait sorti autrement ? Et vous M. Harper, comment vous en seriez-vous sorti jeune enfant? J'aimerais entendre votre réponse....

    Le Canada se doit de récupérer cet enfant de jadis et lui donner tous les soins dont il a droit. C'est un devoir de conscience., mais, où est votre conscience M. Harper ?