Quartier Saint-Roch: la police montrée du doigt

Des groupes demanderont le retour de la police communautaire dans Saint-Roch.<br />
Photo: Mathieu Belanger - Le Devoir Des groupes demanderont le retour de la police communautaire dans Saint-Roch.

Québec — Des voix s'élèvent dans le quartier Saint-Roch pour dénoncer la répression policière envers les marginaux du secteur. Pendant ce temps, des groupes d'aide aux démunis et des gens d'affaires se préparent à réclamer le retour à une police communautaire axée plutôt sur la prévention et le dialogue.

Ils en feront la demande officiellement mardi, à l'occasion du Sommet Actions Saint-Roch sur l'avenir du quartier, à l'hôtel Pur. «Tous les organismes du milieu, qu'ils soient culturels, commerciaux ou communautaires, demandent ça», a souligné Stéphane Sabourin, de la Société de développement commercial (SDC), qui représente les commerçants du quartier. «C'est un enjeu majeur.»

Selon plusieurs sources, le Service de police de la Ville de Québec multiplie les interventions musclées autour du parvis de l'église Saint-Roch, où flânent souvent les habitués de la soupe populaire et des services d'aide aux démunis. «Je ne peux pas croire que le punk qui est assis sur le parvis de l'église, ça prend deux chars de police pour venir l'arrêter, alors que moi et toi, si on fait l'entrevue sur le parvis, ils vont nous laisser tranquilles», signale Éric Boulay, de la maison L'Auberivière.

«Ce que j'entends, c'est qu'ils [les policiers] manquent d'effectifs, alors ils montrent qu'ils sont gros et forts en intervenant à deux, trois voitures de patrouille en même temps.»

Travailleur de rue dans le secteur, Nicolas Audet dit qu'il en voit «toutes les semaines». «Moi, si je suis assis sur le parvis de l'église et que la police vient me contrôler, elle va le faire poliment. Mais pour des gens moins bien habillés ou qui ont moins d'habiletés sociales pour répondre aux policiers, c'est sûr que ça va être fait de façon plus cavalière. Il va même y avoir de légers contacts physiques, ils vont être pris et repoussés à l'extérieur du parvis.»

D'après Frédéric Keck, du Regroupement pour l'aide aux itinérants de Québec (RAIQ), il y a «énormément» de répression dans le quartier et cela résulte malheureusement du succès de la revitalisation. «Le nouveau résidant, qui s'est acheté un condo à 250 000 $, il n'a pas été agressé, mais il n'aime pas voir traîner, près de chez lui, une gang qui a l'air de dealer des trucs. Ça l'insécurise, alors il porte plainte et réclame que des actions soient faites. À partir du moment où il y a des demandes de ce type-là, qu'elles viennent des résidants ou des commerçants, les policiers doivent agir et souvent ça passe par la répression.»

La répression passe par des avertissements, des amendes ou des arrestations quand une personne résiste. On reproche aux gens de flâner, de mal utiliser la voix publique, de cracher, etc.

Une erreur

Selon le président de la Fraternité des policiers, Jean Beaudoin, il y avait auparavant quatre postes de policiers à pied dans le centre-ville, mais ils ont été abolis depuis l'arrivée au pouvoir de Régis Labeaume. «Je pense que ç'a été une erreur du Service de police de supprimer ces postes-là.» Depuis 2008-2009, le Service de police, qui compte 710 agents, a vu 35 postes être abolis.

«Dans les quartiers centraux, ça prend des policiers communautaires, plaide Éric Boulay. Le chef de police va dire qu'ils n'ont pas de sous pour ça, mais moi, je pense que c'est un investissement. Ils se défendent en disant qu'ils ont des policiers à vélo. Mais ils sont deux pour faire six quartiers et se promener le long de la rivière Saint-Charles alors qu'avant il y avait Sandra et Éric qui entraient au sous-sol de l'église et prenaient un café avec nous autres; tout le monde les connaissait. Ça prend des policiers communautaires dans Saint-Roch.

Approche efficace


Étonné par ces reproches, le commandant adjoint de l'arrondissement, John Nolan, soutient que l'approche actuelle est beaucoup plus «efficace». Au lieu d'avoir toujours les quatre mêmes policiers, la police préfère solliciter au besoin l'un ou l'autre des 120 patrouilleurs qui sillonnent la ville et «augmenter le nombre de policiers» qui ont une «possibilité d'intervenir dans la rue».

Selon lui, les policiers à pied faisaient «moins d'interventions» et leur seuil de tolérance par rapport à certains problèmes devenait trop élevé. «Ce qu'ils voyaient, c'était comme la normalité. [...] Ça devenait leur pain quotidien.»

Non, assure-t-il, la police ne commande pas d'interventions musclées pour intimider les gens du secteur et, non, il n'y a pas non plus de «commande politique pour nettoyer le quartier». «Donnez-nous plus de crédit que ça!», lance-t-il en soulignant que les policiers héritent tout simplement des irritants provoqués par la revitalisation et l'arrivée de nouveaux propriétaires et de familles dans le secteur. «Le niveau de plaintes a augmenté et les commerçants se plaignent plus de la présence de certains individus. [...] Les gens paient des taxes pour le Service de police et s'attendent à avoir une certaine quiétude.» La «nouvelle population», dit-il, a un seuil de tolérance «plus bas que ceux qui vivent dans le quartier depuis longtemps».