Colère autour des éoliennes mohawks

Énergie éolienne<br />
Photo: Énergie éolienne

Un projet de construction de huit éoliennes en milieu agricole suscite une telle controverse à Saint-Cyprien-de-Napierville, en Montérégie, que les promoteurs, issus de la communauté mohawk de Kahnawake, ont annulé hier deux rencontres d'information avec les citoyens par crainte pour leur sécurité.

Les représentants de la firme Kahnawake Sustainable Energies (KSE) souhaitaient échanger avec leurs citoyens, en après-midi et en soirée. Les propos du maire de Saint-Cyprien-de-Napierville, André Tremblay, ont mis les Mohawks sur la défensive.

Dans une entrevue au quotidien The Gazette, M. Tremblay a laissé entendre que des citoyens, viscéralement opposés au projet, allaient causer un chahut lors des assemblées. La KSE a reproché au maire son manque de volonté à prévenir les débordements et à s'interposer «contre des individus potentiellement violents». Le maire a rétorqué qu'il n'a menacé personne. «Je ne les ai pas menacés, je les ai juste avisés qu'il pourrait y avoir du grabuge», a-t-il dit.

Une coalition d'une douzaine de membres, baptisée Le vent tourne, a par ailleurs fait circuler un communiqué dans lequel elle reproche aux Mohawks de chercher à imposer des éoliennes à une population «très mobilisée» contre leur implantation. La coalition invitait les quelque 1700 citoyens de la municipalité à manifester hier. La Sûreté du Québec (SQ) était prête à intervenir si nécessaire.

Le malaise mohawk

À tort ou à raison, le phénomène du «pas dans ma cour» est bien tangible dans cette histoire. Selon l'ancien maire de Châteauguay Sergio Pavone, embauché comme consultant par les Mohawks, un fond de préjugés empoisonne aussi le débat.

La participation des Mohawks dans un projet de développement économique hors de la réserve suscite «un malaise», estime M. Pavone. «Ça sent un petit peu le refus d'une initiative autochtone», a-t-il dit hier.

Du racisme à Saint-Cyprien-de-Napierville? «Si le racisme est la résultante de l'ignorance de l'autre, on pourrait dire que c'est ça. Il y a beaucoup d'ignorance sur les autochtones, estime M. Pavone. Les gens ne savent pas, alors il y a une crainte, tout à fait normale. Ce qui est alarmant, c'est que des gens qui sont en position d'autorité, comme le maire et son conseil, refusent systématiquement qu'il y ait cette rencontre et ce rapprochement.»

Un non catégorique

Au moins une quinzaine de citoyens se sont présentés hier après-midi à la première assemblée, pour se heurter à des portes closes. À leur plus grande frustration, car ils auraient bien voulu signifier à la KSE leur opposition au projet.

Selon Joane McDermott, porte-parole de la coalition Le vent tourne, le risque de violence a été grossièrement exagéré. «C'est sûr que ça aurait bardé, mais on ne parle pas de violence physique. On est en colère parce qu'on veut nous imposer ça de force», a-t-elle dit.

Saccage des terres fertiles, pollution visuelle, risques pour la santé: tout y passe. Selon Mme McDermott, les risques associés aux éoliennes l'emportent largement sur les avantages que pourraient en retirer la municipalité et ses citoyens.

Ceux-ci sont par ailleurs outrés que Sergio Pavone ait brandi la carte du préjugé à l'encontre des Mohawks. «Que ce soient des Noirs, des Blancs, des Jaunes ou des Verts, ça ne nous dérange pas! C'est la présence des infrastructures et les risques pour la santé qui nous dérangent», a résumé Jean Siouville, un éleveur.

Depuis 2006, TCI essaie d'implanter un parc éolien dans la région de Saint-Cyprien-de-Napierville. Le projet initial prévoyait même 24 éoliennes. Incapable de rallier le conseil municipal, TCI s'est associé à la KSE comme partenaire minoritaire, dans un nouveau projet de huit éoliennes, d'une hauteur de 125 mètres.

Des ententes de gré à gré ont été conclues avec une poignée de propriétaires, dont l'ancien maire de Saint-Cyprien-de-Napierville, Normand Lefebvre, et un conseiller municipal, Jean-François Boire, pour ériger les éoliennes sur leurs terres, en échange d'une compensation.

Le maire Tremblay a eu l'impression d'être mis devant le fait accompli. Une impression renforcée lorsqu'il a pris connaissance d'un dépliant préparé par la KSE. Le document affirme noir sur blanc que le projet est basé «sur un partenariat entre les Mohawks de Kahnawake et Saint-Cyprien-de-Napierville». Or, c'est une fausseté, affirme le maire. «Cette compagnie-là, TCI, est mal partie en signant des ententes avec les agriculteurs avant de me rencontrer», dit-il.

À son avis, le débat est si mal engagé qu'il faudra mettre sur la glace tout projet d'éolienne pour au moins dix ans. «Je n'ai rien contre les Mohawks, c'est le projet initial, le problème. Je n'en veux pas, de ce projet-là. Il est pourri, dans mon livre à moi», tranche André Tremblay.
30 commentaires
  • M Giangioppi - Inscrit 28 octobre 2010 07 h 05

    Mais quele genre de société sommes-nous?

    Je suis profondément touchée d'apprendre que:

    1) En 2010, dans un contexte sérieux de changements climatiques causés par nos émissions de CO2, que notre société québécoise (une partie du moins), s'oppose carrément à l'érection de structures éoliennes sur son terriboire? Mais sommes-nous si inconscients, si égoistes et si stupides? Préférons-nous contaminer nos nappes phréatiques, nos rivièers, nos océans et notre seul atmosphère avec l'extraction et la conssommation de pétrole?

    2) Les autochtones de chez nous, ceux qui ont peuplés ce territoire pendant des milliers d'années et qui sont rendus à vivre dans quelques réserves ici et là (à part les inuits) parce que nous leurs avons piqués leurs territoires, sommes-nous encore en train de les marginaliser? Les québécois ont souvent démontrés de l'intolérence envers les autres peuples, en voici encore une preuve.

    Je suis assez touchée par les comportements immatures mon peuple.

    En espérant que ls conscience collective s'élève un jour......

  • NELL HALLE - Inscrit 28 octobre 2010 08 h 16

    éolienne!

    @ m giangioppi
    Faut Monsieur, les autochtones sont içi depuis longtemps, mais les mohawks sont içi depuis que les Sulpiciens ont été les cherchés dans l'état de new-york pour les protégés et leurs ont donner le terrain.
    nell

  • Bernard R - Inscrit 28 octobre 2010 08 h 22

    un peu de gaz de schiste peut être?

    Je suis surpris que le maire décide que la réunion d'information n'est pas lieu pour des informations supplémentaires il est évident dans ce dossier que cela ressemble a plus une guerre entre personne (le contracteur) qui semble avoir menacé le maire verbalement qu'il ferait le projet sans lui mais sur son territoire, (affirmation a la TV du maire).
    Si la majorité des citoyens n'en veulent vraiment pas sans information, et consultation ça sens pas bon. Les citoyens de Saint-Marc-sur Richelieu se sont pris en main et a fait une soirée d'information le 31 mai dernier pour tous les citoyens et on est rendu ou on est rendu dans le gaz de schiste avec tous les intervenants qu'on ne connaissaient pas avant et a fouiller on trouve mais il faut dire pourquoi on n'en veut pas, ça va être pareil pour les éoliennes. Il faudra prouver que ça nuit a votre santé et autres choses, sinon ça va vraiment passer "du pas dans ma cour" ou pas d'indien dans ma cour...Il ne s'agit pas d'immaturité mais d'un gros manque d'information de part et d'autres et des intérêts personnels de quelques uns.

  • Marie-Hélène Martin - Inscrite 28 octobre 2010 09 h 19

    Pas étonnant

    De toutes façons on préfère gaspiler nos terres fertiles pour bâtir des îlots de condos pas très jolis un peu partout... presque personne ne s'élève contre ça et pourtant ça pousse comme mauvaise herbe dans les basses terres du St-Laurent...

  • Sanzalure - Inscrit 28 octobre 2010 09 h 27

    Pourquoi si grandes des éoliennes ?

    Les éoliennes font partie du paysage agricole depuis très longtemps et elles étaient bien intégrées. Le problème c'est la démesure. Si on faisait un grand nombre de petites éoliennes, ça serait bien mieux qu'un petit nombre d'énormes tours. Les petites éoliennes peuvent être réparées par n'importe qui ayant un peu d'habileté manuelle et le mode d'emploi. Les grosses éoliennes nécessitent des ouvriers et des outils hyper spécialisés. Peut-être sont-elles plus productives en termes de mégawatts, mais les petites éoliennes rempliraient bien mieux l'objectif principal d'autonomie énergétique que ces tours monstrueuses à mon avis.

    Serge Grenier