Objets - Faites de l'air!

De tout temps, l'homme a cherché à prendre l'air par grande chaleur. On se ventilait alors manuellement et les plus démunis agitaient sans enthousiasme de larges palmes au-dessus des couches des gens plus aisés. On vaporisait le tout de brumes aquatiques pour donner au corps l'impression de rester frais. Il faudra attendre l'électricité pour que le ventilateur soit classé monument ménager.

C'est vers la fin du XIXe siècle que l'invention du ventilateur électrique fut attribuée à un A-méricain, un certain Wheeler. Auparavant, on avait l'idée mais pas le jus pour le faire tourner.

Pourtant, Léonard de Vinci, dans ses maquettes les plus inventives, avait conçu un ventilateur de conditionnement d'air mû par une chute d'eau. Une façon de donner des coups de pinceau à La Joconde sans trop suer! Ses études sur le mouvement des pales le conduiront aussi vers l'hélicoptère.

Les Chinois avaient également développé une technique de ventilation qui demandait à l'homme une forte musculation et un certain sens du devoir éolien pour son prochain.

Plus tard, au XVIIIe siècle, on observait en Europe une tendance à éliminer les odeurs dans des endroits réputés malsains: les prisons et les asiles d'aliénés. On croyait que les odeurs nauséabondes de ces lieux étaient la rançon des crimes ou larcins perpétrés, voire qu'elles facilitaient le développement de déliriums pas très minces. On installa donc, dans les cellules et les dortoirs, de grands ventilateurs mus par un système de manivelles et de courroies qui était actionné par les meilleurs prisonniers ou par les moins aliénés.

Un peu plus tard, au XIXe siècle, on assista au même procédé, mais dans les mines de charbon cette fois-ci. Pour faire circuler l'air à des centaines de pieds sous terre, on assignait les enfants des mineurs, dès l'âge de dix ans, à jouer de la manivelle pour le bénéfice pulmonaire de leurs parents.

Quand le ventilateur apparut, c'est aux États-Unis et en Allemagne que ces instruments à vent se firent les plus efficaces. Au début, les ventilateurs ne disposaient pas de grille protectrice ni de changement de vitesses. Il fallait même les recharger en huile pour que le mécanisme central ne se grippe pas et que les pales soient plus ou moins silencieuses.

Grilles protectrices, moteurs silencieux, pales fendant l'air, commutateurs de vitesses, avant-arrière, lumière attenante, le ventilo d'aujourd'hui est un incontournable, qu'il soit sur pied ou accroché au plafond.

Dans ce dernier registre, on peut garder en mémoire les ventilateurs qui s'agitent fébrilement dans les chambres d'une hacienda mexicaine ou d'une posada cubaine. On a également en tête les grandes pales qui se balancent dans les bars de Manhattan, Chicago, Buenos Aires ou Berlin. Sueurs à Macao, Pondichéry, Bangkok ou Casablanca, soupirs au Vietnam ou en Inde, partances d'un érotisme douteux du côté du boulevard Taschereau et de Las Vegas. Et c'est bien sûr le cinéma qui a entretenu le mythe, le rêve et la place du ventilateur dans la mythologie de certaines scènes du grand écran. Pour un meurtre ou un amour impossible, une discussion serrée dans une ambiance enfumée ou une jouissance active en milieu tropical, le ventilateur est un acteur de premier ordre.

On retrouve d'ailleurs aujourd'hui toute une série de ventilateurs qui s'inspirent des palais asiatiques ou des bouges moyen-orientaux. Les pales ne sont pas en contreplaqué mais faites de palmes.

Pour Gilles Anctil, designer d'intérieur, la mouvance vers ces ventilateurs tient du rêve: «C'est souvent pour des personnes férues de voyage, d'histoire et de cinéma. Les souvenirs les amènent à choisir un tel ventilateur. On arrive même quelquefois à construire un décor à partir du ventilateur plafonnier.»

Au Sénégal, dans les discos les plus chaudes de Dakar, il existe une danse qui en dit long sur les mouvements produits lors de sudations répétées: la danse du ventilateur...

J.-C. Perreault

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Saint-Roch-de-l'Achigan

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