Procès de Benjamin Hudon-Barbeau - Une mince preuve pour une lourde accusation

C'est sur les frêles épaules d'une ex-vendeuse de drogue à la solde des Hells Angels, revenue sur ses déclarations à plusieurs reprises, que repose l'avenir pour le moins incertain de Benjamin Hudon-Barbeau, accusé de double meurtre.

Rarement une cause a fait jaser autant que la sienne dans les corridors du palais de justice. Benjamin Hudon-Barbeau n'inspire en rien la sympathie, malgré ses allures de beau garçon. S'il sort indemne de son procès pour le double meurtre non prémédité survenu à l'Upperclub, le 24 octobre 2006, il devra affronter de nouveau la justice avec de présumés membres et associés des Hells Angels, avec lesquels il a été accusé de trafic de drogue et de gangstérisme à la suite de l'opération «sharqc».

Toutefois, au terme du procès devant le juge Jean-Guy Boilard, la preuve retenue contre l'accusé est mince pour une accusation aussi lourde de conséquences.

Le témoin «vedette», Kim Lamoureux, vendeuse de drogue dans une ancienne vie, a vu Benjamin Hudon-Barbeau avec une arme à la main, de laquelle a jailli des éclairs lumineux, peu avant que les deux victimes, Jean-Patrick Fleury et Vladimir Nicolas, ne prennent la fuite par l'escalier de secours.

Du moins est-ce la dernière version des événements qu'elle a livrée. Kim Lamoureux s'est rétractée par le passé, en disant aux enquêteurs qu'elle avait tout inventé. Au procès, elle a mis ses circonvolutions sur le compte d'un désir intense de refaire sa vie.

Pierre Poupart, l'avocat de Benjamin Hudon-Barbeau, a accusé hier Kim Lamoureux de mentir comme elle respire. Ce criminaliste d'expérience n'en revient tout simplement pas «de la "scrap"» avec laquelle il a dû composer lors du procès.

Meurtres mystérieux

Peu importe le verdict qui sera rendu par le juge Boilard, le 5 novembre prochain, le double meurtre de l'Upperclub, un défunt bar du boulevard Saint-Laurent, restera à jamais enrobé d'une part de mystère.

Les deux victimes ont été retrouvées criblées de 14 projectiles, dans la cage d'escalier extérieure. L'expertise balistique démontre que deux calibres différents ont été utilisés, ce qui corrobore la thèse d'une sale besogne exécutée à deux.

Or, seul Benjamin Hudon-Barbeau a été mis en accusation sur la base de deux témoignages. Outre Kim Lamoureux, un portier qui faisait office de «striker» des Hells Angels, Bryan Gortler, a aussi incriminé Benjamin Hudon-Barbeau. Son récit des événements est si improbable que même le procureur de la Couronne, Randall Richmond, a concédé hier qu'il ne pouvait être jugé crédible.

En plein coeur de l'enquête préliminaire, à l'automne 2008, Bryan Gortler menait la belle vie dans un hôtel de la Rive-Sud, où il se payait des soirées de débauche à la cocaïne aux frais du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). À cette époque, il a même appelé Me Poupart pour lui confesser que les enquêteurs, dont il avait peur, lui faisaient «dire des choses».

L'un des enquêteurs au dossier, Mario Lambert, subit aujourd'hui son propre procès, car il aurait fourni illégalement des renseignements policiers au monde interlope. Une autre des nombreuses particularités de cette affaire.

Un deuxième enquêteur, Marco Roy, a témoigné que l'Upperclub avait été nettoyé deux heures après les meurtres, un phénomène pour le moins inusité. Quatre membres de la mafia italienne, arrêtés peu après dans l'opération Colisée, se trouvaient à l'Upperclub le soir du meurtre, a-t-il confirmé. Ils entretenaient un profond différend avec les deux victimes. D'ailleurs, la fusillade a éclaté peu après que Fleury et Nicolas se furent querellés avec ce groupe dont Charles Edouard Battista était la figure de proue. Cette piste, fort prometteuse, n'a pas été explorée pour ne pas nuire à l'opération Colisée.

Au moins un?

À défaut d'avoir retrouvé tous les coupables, la Couronne se satisfait d'avoir mis la main sur Benjamin Hudon-Barbeau. Selon Me Richmond, Kim Lamoureux est crédible sur l'essentiel, elle n'a aucun intérêt à mentir, et sa version des événements est corroborée. En effet, un agent de stationnement jure qu'il a vu Benjamin Hudon-Barbeau se débarrasser d'un chargeur, dans un puisard, quelques minutes après la fusillade.

Au contraire, Pierre Poupart estime que Kim Lamoureux a concocté «une fantaisie en lui donnant un aspect de réalité». À ses yeux, il est impossible que Benjamin Hudon-Barbeau ait tiré de l'endroit où elle le dit, près du vestiaire. D'autres témoins ont en effet indiqué qu'ils se trouvaient au vestiaire lorsqu'ils ont entendu les coups de feu. Or, ils n'ont jamais vu le tireur. Et c'est sans compter la description pour le moins discutable que Kim Lamoureux a fournie. Le tireur faisait 230 livres, était tout de noir vêtu et avait les cheveux noirs. Benjamin Hudon-Barbeau pèse 30 livres de moins, il portait des jeans et ses cheveux sont châtains.

Au juge Boilard de retrouver, dans cette nuit sans lumière, une part de vérité.