Étude statistique sur la protection de la jeunesse - Les marques psychologiques blessent autant les enfants que la violence

L'exposition des enfants à la violence conjugale et la négligence ont autant d'effets, sinon plus, sur la santé des enfants que les sévices physiques. En 2008, les signalements concernant ces situations constituaient 68 % des cas de mauvais traitements retenus par les directions de la protection de la jeunesse des provinces canadiennes, contre 3 % de cas de sévices sexuels, et 8 % de mauvais traitements psychologiques.

C'est ce qu'établissait hier à Montréal le chercheur Nico Trocmé, de l'Université McGill, au moment de dévoiler les résultats d'une étude statistique pancanadienne sur la protection de la jeunesse, à l'occasion de la 9e conférence internationale S'occuper des enfants. Est-ce une surprise? Les enfants autochtones sont surreprésentés parmi les jeunes Canadiens qui sont sous le coup de la protection de la jeunesse. Ils comptent en effet pour 22 % de ces jeunes alors qu'ils ne représentent que 6 % des jeunes du pays en général. Pauvreté, problèmes de logement, toxicomanie et alcoolisme sont au coeur des problèmes rencontrés par les enfants autochtones du Canada.

Dans une étude effectuée auprès de jeunes Algonquins dont les résultats ont eux aussi été présentés hier à la conférence, le chercheur Martin Goyette, de l'École nationale d'administration publique de l'UQAM, constatait que la plupart des jeunes autochtones qui ont été suivis ou placés par les services de protection de la jeunesse souhaitent ardemment retourner dans leurs communautés après en être sortis.

Martin Goyette, qui a suivi 22 jeunes Algonquins après qu'ils eurent quitté la protection de la jeunesse, a également constaté que, dans ces communautés, l'autonomie se calcule moins par la poursuite d'un travail que par l'établissement de l'individu parmi ses pairs. Or, les problèmes de logement criants, qui font qu'on trouve fréquemment des familles de 12 ou de 14 personnes dans un deux pièces au sein de ces communautés, rendent cette réintégration plus périlleuse encore.

Des statistiques stables

Pour revenir à l'étude présentée par M. Trocmé, ce sont 235 842 enfants qui ont fait l'objet d'une enquête liée aux mauvais traitements dans l'ensemble du pays en 2008, pas beaucoup plus que les 235 315 enfants signalés en 2003, mais passablement plus que les 135 261 signalés en 1998.

M. Trocmé ne disposait pas encore de données relatives à chacune des provinces étudiées. Mais il semblait cependant avancer, sur la foi d'autres enquêtes, que les méthodes d'intervention en vigueur au Québec donnaient lieu à des statistiques de cas confirmés et suivis inférieures à celles provenant d'autres provinces. M. Trocmé signalait par ailleurs que des disparités importantes existent dans les lois régissant la protection de la jeunesse dans l'ensemble du Canada. À titre d'exemple, cette loi protège les jeunes de 0 à 18 ans au Québec, alors qu'ailleurs, elle ne protège les jeunes que jusqu'à 16 ans.