Abus envers les travailleurs immigrants - L'inaction de Québec envers les agences de placement dénoncée

Des organismes de défense des droits des travailleurs et la CSN ont dénoncé hier l'inaction du gouvernement du Québec devant les abus de certaines agences de placement envers des travailleurs immigrants.

Un reportage d'Enquête, diffusé jeudi soir, révélait que des travailleurs immigrants sont embauchés par des agences de placement qui les paient, au noir, à un taux horaire moindre que le salaire minimum. Le ministère du Travail affirmait, dans ce reportage, que les groupes syndicaux et patronaux ne s'entendent pas au sujet de la solution pour enrayer les abus, ce qui rend la prise de décisions difficile au gouvernement. «Le gouvernement se déresponsabilise, estime Claudette Carbonneau. On ne peut pas permettre que des lois élémentaires, comme le salaire minimum, soient bafouées juste parce qu'il n'y a pas de consensus.»

L'organisme Au bas de l'échelle et le Centre des travailleurs immigrants réclament quant à eux que les agences «soient tenues d'avoir un permis d'opération renouvelable annuellement», ce qui assure un suivi de leurs activités, et que les entreprises qui ont recours aux agences de placement soient aussi tenues responsables des conditions de travail des travailleurs temporaires qu'ils accueillent.

L'attaché de presse de la ministre du Travail, Lise Thériault, explique que cette dernière a demandé à la Commission des normes du travail d'ajouter le cas des agences de placement à son volet «prévention» au début du mois, et a récemment créé un comité composé de représentants syndicaux et patronaux pour étudier la question. Lorsque le comité émettra son avis, en 2011, le ministère verra «ce qui peut être fait», a expliqué Harold Fortin. «On encourage aussi les gens à dénoncer toute situation problématique à la Commission des normes du travail. Elle est là pour appliquer la loi.»

Cas particuliers


Il faut éviter de généraliser à partir des cas présentés dans le reportage d'Enquête, estiment quant à eux le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce du Québec et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). «Ce sont des cas particuliers, préoccupants, mais la très, très grande majorité des agences de placement du Québec respectent les lois», selon la vice-présidente au Québec de la FCEI, Martine Hébert.

Pour le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'emploi, Alexandre Cloutier, «l'exception est déjà de trop». «En plus, ça fait perdre des millions de dollars aux Québécois, à un moment de notre histoire où on se tourne vers leurs poches en leur demandant de contribuer à l'État, avec des hausses de taxes et de tarifs.» Selon Revenu Québec, cité par Enquête, le système de fraude de certaines agences prive le gouvernement de 50 millions de dollars en revenus.
4 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 23 octobre 2010 10 h 35

    Cohérent avec les idées de droite

    La droite, c'est bien simple : les plus forts mangent les plus faibles.

    Alors c'est normal qu'un gouvernement de droite ne s'offusque pas vraiment quand les plus forts (employeurs) abusent des plus faibles (immigrants et autres pauvres).

    Serge Grenier

  • Marc Lemieux - Inscrit 23 octobre 2010 19 h 08

    Peuvent ils travailler?

    Il ne faut pas s'étonner qu'ils ne soient pas déclarés, dans la plupart des cas ces travailleurs immigrants n'ont pas le droit de travailler car ils n'ont pas statut légal ici, le travail au noir vaut mieux que rien et de toutes façons ils savent qu'ils ne peuvent pas faire autrement.

    Aussi pourquoi blâmer uniquement ces agences, alors que les vendeurs de pizzas et les dépanneurs sont pleins de ce genre de cas. Il faut punir le travail au noir, quant aux immigrants malheureusement s'ils ne peuvent pas remplir les conditions d'immigration ils doivent partir.

  • Sylvain Auclair - Abonné 24 octobre 2010 09 h 29

    Récompenser les travailleurs

    Il faudrait selon moi que les travailleurs illégaux qui dénonceraient ces pratiques se voient octroyer un statut légal. Sinon, on punit les victimes.

  • Frédéric Jeanbart - Inscrit 24 octobre 2010 11 h 55

    Pas étonnant...

    Il ne faut pas s'en étonner, plutôt s'y attendre... Pourquoi croyons-nous que Charest proclamait les "vannes ouvertes à l'immigration", massive et incontrôlée? Non pas parce qu'il nous manque des spécialistes de pointe et des compétents (!!!!!), contrairement à ce que proclama Charest pour s'en justifier, alors que seulement 20% des immigrants trouvent travail à la hauteur de leurs compétences, alors que la majorité des sont sans formation qui puisse se conformer aux besoins justificatifs proclamés, alors qu'on leur offre soit de la formation, soit de la "discrimination positive" chez Emplois Canada-Québec, alors que Charest (donc nous) finance ces institutions de placement exclusives aux immigrants...

    À mon humble avis, le but serait double:
    - il serait politique (endiguement de la société québécoise);
    - il serait aussi mercantile, alors que l'on "importe" ainsi du cheap-labor non pas pour enrichir et faire évoluer la Nation, mais pour contenter et se complaire aux boss de Charest (ses bâilleurs de fonds), tandis que politiquement l'on parque les gens en clubs ethnocentriques tels les animaux d'une ferme et ses enclos (via la politique fédérale d'intégration communautariste), politique qui pourtant ne fonctionne pas ni en Angleterre que l'on copie, ni en Allemagne on le sait maintenant, ni en France on le savait déjà;
    - il serait finalement idéologique, pour "mener de l'avant les deux mains aux volant" une philosophie sociale surannée, croyant en la stratification des compétences et des salaires (genre de père en fils, ou oligarchique en clubs voir sectes de complaisances), telle une stratification imperméable des "ressources humaines" alors que tout est organisé pour que le passage d'une strate à une autre devient insurmontable, peu importe les "qualités humaines" et compétences réelles - telle une fausse élite pré-fabriquée (genre l'éducation à deux vitesses, santé à deux vitesses, justice à deux vitesses, etc.