La jeunesse d'Alfred Bessette ne laissait pas présager son avenir

En 1909, le frère André est relevé de sa fonction de portier et se consacre à ses œuvres. <br />
Photo: Source Télé-Québec En 1909, le frère André est relevé de sa fonction de portier et se consacre à ses œuvres.

Né Alfred Bessette en 1845 à Saint-Grégoire-le-Grand, le frère André est sans conteste la figure religieuse la mieux connue au Québec. Sa réputation dépasse largement la frontière québécoise, comme le confirme sa canonisation par le pape Benoît XVI. Demain, dimanche, le Québec se donne rendez-vous, au moins par la pensée, au Vatican.

«Cette canonisation vient au fond confirmer ce que plusieurs fidèles croyaient déjà, explique le père Claude Groulx, recteur de l'oratoire Saint-Joseph. Poux eux, le frère André est un saint depuis longtemps et le témoignage de sa vie en a inspiré beaucoup.»

On ne peut pas dire qu'Alfred Bessette a connu une enfance dorée. Orphelin de père et de mère à l'âge de 12 ans, le jeune Bessette est pris en charge d'abord par une tante maternelle et ensuite par le maire du village. Peu instruit — il est presque illettré — et à la santé fragile, il exercera, sans succès, de nombreux métiers. Une seule constante: une dévotion religieuse hors du commun.

En 1863, il s'exile aux États-Unis et trouve du travail dans les filatures de coton en Nouvelle-Angleterre. Il rentre au pays durant l'année de la Confédération canadienne. Il s'installe finalement à Saint-Césaire et se lie avec le curé du village, Joseph André Provençal. C'est ce dernier qui le présentera à la Congrégation de Sainte-Croix.

Peu d'éducation

Au départ, la Congrégation de Sainte-Croix hésite même à l'accepter dans ses rangs, puisqu'on croit que sa santé fragile et son peu d'éducation l'empêcheront d'accomplir de grandes tâches. Mais on l'accepte et, en 1870, âgé de 25 ans, il entreprend son noviciat. Il choisit alors le nom de frère André et prononce ses voeux perpétuels en 1874. La Congrégation de Sainte-Croix lui confie alors le travail de portier au collège Notre-Dame, fonction qu'il exercera jusqu'en 1909.

La première guérison attribuée au frère André a lieu en 1877, donc seulement trois ans après ses voeux perpétuels. Il s'agit d'un membre de sa communauté, le frère Aldéric, confiné à sa chambre à cause d'une blessure à la jambe. «Le frère Aldéric écrira et racontera sa guérison à des collègues en France, raconte le père Claude Groulx. Dès le départ, sa réputation de guérisseur est internationale.» Une réputation que n'endossera jamais le frère André. «Il ne se percevait pas comme un guérisseur. Tout au plus se voyait-il comme un instrument du bon Dieu et de saint Joseph. C'étaient eux, les guérisseurs, et pas lui.»

Mais le bouche-à-oreille fait son travail et les malades et souffrants sont de plus en plus nombreux à se présenter au frère André et à confier leurs maladies à ses prières. Il les reçoit le jour dans sa loge de portier et les visite le soir à leur domicile. Il leur remet une médaille et de l'huile de saint Joseph, à qui il voue une dévotion particulière.

Sa réputation prend sans cesse de l'ampleur et les visiteurs sont si nombreux qu'il ne peut plus les recevoir dans sa loge de portier. En 1900, il n'a d'autre choix que de s'installer dans l'abri de tramway en face du collège Notre-Dame. Il nourrit alors le projet de construire une chapelle sur le flanc du mont Royal. Cette chapelle voit le jour en 1904 et sera agrandie quatre fois par la suite. En 1909, le frère André est relevé de sa fonction de portier et peut donc se consacrer entièrement à ses oeuvres. En 1913, un projet de basilique prend forme, ce qui deviendra plus tard l'oratoire Saint-Joseph.

En 1937, à l'âge de 91 ans, le frère André s'éteint. C'est par milliers que les gens lui rendent hommage. «Ce fut un événement marquant. Dès son entrée à l'hôpital, la radio diffusait des bilans de santé toutes les heures. C'était du jamais vu. On peut comparer cela, par son ampleur à l'époque, au décès de Jean-Paul II. Son décès a été souligné dans de nombreux journaux, autant aux États-Unis qu'en Europe. Le frère André était devenu une personnalité internationale.»

À quoi peut-on attribuer pareille reconnaissance? Aux miracles qu'on lui attribuait, certes, «mais aussi parce que le frère André était un homme de son temps et de son époque. Sa dévotion pour saint Joseph rejoignait les dévotions de son époque, comme celle pour la Vierge Marie ou la bonne sainte Anne. C'était une dévotion populaire, donc proche des gens. De plus, le frère André était un homme simple aux paroles simples, comme de dire que le bon Dieu est plein d'amour. C'étaient des paroles que tous pouvaient comprendre.»

Un rassembleur

Le père Claude Groulx tient à signaler deux paradoxes au sujet du frère André. «On dit de lui que c'était un homme humble, et c'est vrai. Mais cette humilité ne l'a jamais empêché de foncer et de convaincre les gens du bien-fondé de ses projets, comme il l'a fait pour l'oratoire Saint-Joseph. Le frère André était aussi un grand rassembleur. De plus, on croyait que sa santé fragile serait un frein. Mais il a assumé pendant

40 ans son travail de portier tout en se consacrant à ses malades. Pour un homme à la santé fragile, il a abattu une somme considérable de travail, sans compter qu'il est mort à 91 ans, un âge plus que respectable pour cette époque.»

Son legs le plus évident est l'oratoire Saint-Joseph, devenu un important lieu de pèlerinage. «Les pèlerins viennent à l'oratoire Saint-Joseph autant parce qu'ils ont une dévotion pour saint Joseph que parce qu'ils ont une dévotion pour le frère André. Et cette dévotion pour le frère André dépasse même les frontières de la religion catholique, puisque nous recevons des personnes de différentes religions qui viennent prier sur le tombeau du frère André.»

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Collaborateur du Devoir

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1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 17 octobre 2010 13 h 29

    La clef du mystère

    "Peu instruit — il est presque illettré — et à la santé fragile, il exercera, sans succès, de nombreux métiers. Une seule constante: une dévotion religieuse hors du commun". Cette remarque est très étrange. Il me semble qu'elle suggère que le frère André avait été envoyé sur Terre par Dieu lui-même. Car comment expliquer autrement cette "dévotion hors du commun" chez ce personnage apparemment assez insignifiant. Aussi j'aurais aimé qu'on nous éclaire un peu plus sur cette dévotion surnaturelle puisque la suite en découle. D'autant plus que ce serait ce qui nous reste de lui, sous les formes les plus surprenantes, aujourd'hui...