Sicile - Le pape dénonce la mafia

Palerme, Sicile — La mafia est un «chemin de mort» que la jeunesse doit éviter, a déclaré Benoît XVI lors d'une visite hier en Sicile, où sa condamnation du crime organisé a pourtant été jugée trop timide par une partie de la population.

Le pape a célébré dans la matinée une messe en plein air devant plus de 200 000 fidèles rassemblés près du port de Palerme, la capitale sicilienne, puis s'est adressé dans l'après-midi à une foule de plusieurs dizaines de milliers de jeunes.

«Ne succombez pas aux tentations de la mafia, qui est un chemin de mort incompatible avec l'Évangile, comme vous l'ont tant de fois dit vos évêques», a-t-il lancé dans cette allocution consacrée aux valeurs de la famille.

C'est la seule fois que le souverain pontife a mentionné directement la mafia au cours de cette journée. Dans un discours aux évêques, toutefois, il avait auparavant rappelé le souvenir du père Pino Puglisi, assassiné par Cosa Nostra, la mafia sicilienne, en 1993. Dans son homélie de la matinée, il avait seulement parlé du «crime organisé», ce qui avait déçu les militants antimafia.

«C'est bien qu'il ait finalement prononcé le mot [de mafia], mais je ne comprends pas son approche si timide de la question», a déclaré à Reuters Rita Borsellino, dont le frère Paolo, l'un des principaux juges antimafia, a trouvé la mort dans un attentat à la bombe en 1992 en plein centre de Palerme.

«Je m'attendais à ce qu'il s'étende bien plus sur ce problème, surtout dans son discours à la jeunesse», a-t-elle ajouté.

Une occasion ratée?

Paolo Borsellino fut l'un des deux magistrats assassinés en 1992 par la mafia. L'autre était Giovanni Falcone, dont la voiture avait été détruite par une bombe d'une énorme puissance sur l'autoroute conduisant de l'aéroport de Palerme au centre-ville. L'épouse du juge et trois policiers de l'escorte avaient également péri.

En regagnant l'aéroport au terme de sa visite, Benoît XIV a déposé des fleurs au pied du monument érigé à la mémoire de Giovanni Falcone.

Si l'île ne connaît plus les hécatombes de «la guerre des clans» des années 1990, la mafia y poursuit ses activités criminelles lucratives — trafic de drogue, extorsion de fonds, corruption et marchés publics faussés au profit des sociétés qu'elle contrôle.

Dans son sermon hier matin, le pape avait cité les problèmes les plus pressants de la Sicile, notamment le chômage, la précarité et le drame de ceux qui «souffrent physiquement et moralement en raison du crime organisé».

«Je suis ici pour vous encourager fortement à ne pas avoir peur de témoigner clairement des valeurs humaines et chrétiennes», avait-il dit.

Il avait émaillé son sermon de formules bibliques, faisant référence à «une épouvantable situation de violence» et à la nécessité d'«avoir honte du Mal».

Dino Paternostro, l'un des chefs de file de la mobilisation antimafia à Corleone, ville rendue célèbre par le film Le Parrain de Francis Ford Coppola, est également déçu que le pape n'ait pas été plus ferme dans sa dénonciation de la mafia. «Je suis très déçu. Il a raté une occasion», a-t-il dit.

Lors d'une visite dans l'île en 1993, le prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, s'en était pris avec force aux mafieux.
4 commentaires
  • Bernard Cormier - Inscrit 4 octobre 2010 08 h 01

    Le Pape dénonce?

    J'aimerais emprunter une citation lue quelque part qui dit...

    "Plutôt que de voir la paille dans l'oeil de ton voisin, regarde plutôt la poutre dans le tiens"

    www.bernardcormier.blogspot.com

  • DeBeau - Inscrite 4 octobre 2010 09 h 41

    Bravo!

    J'encourage fortement le Pape Benoît XVI à continuer de parler et dénoncer ce qui doit être dénoncé. Avec les multiples campagnes de salissage contre l'Église qu'on voit depuis presque toujours il me semble, il ne faut pas qu'il se taise sous prétexte qu'il n'aurait plus de crédibilité. Cette tactique fonctionne jusqu'à un certain point chez certaines personnes qui croient vraie la désinformation. Mais le Pape ne doit absolument pas céder à quelque forme de chantage que ce soit. Nous sommes des milliers à le soutenir. Quoi qu'on en dise.

  • François Dugal - Inscrit 4 octobre 2010 10 h 42

    Les valeurs familiales

    L'allocution du pape portait sur les valeurs familiales; j'espère qu'il prêche par l'exemple.

  • Michel Gaudette - Inscrit 4 octobre 2010 21 h 24

    Quel culot !

    Quel culot de la part de ce pape pour une institution qui a copié la mafia avec sa loi d'omerta.

    L'Église italienne et la mafia sicilienne, deux institutions au comportement étrangement similaire...