Porte ouverte à la décriminalisation de la prostitution - Ottawa en appellera du jugement de la cour d'Ontario

Le ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson, a annoncé hier que le gouvernement fédéral allait en appeler du jugement de la juge Susan Himel, de la Cour supérieure de l'Ontario, déclarant inconstitutionnels trois articles du Code criminel sur la prostitution.

Pendant ce temps, les réactions ont continué d'affluer au sujet d'une décriminalisation de la sollicitation en public, de la tenue et de la fréquentation de maisons de débauche, et de la possibilité de vivre des fruits de la prostitution, telle que défendue par le jugement Himel. Pour Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec, qui se dit par ailleurs sensible aux conditions de vie des prostituées, «la prostitution n'est pas un métier», et «il serait dommageable pour toutes les femmes — prostituées ou non — ainsi que pour l'ensemble de la société qu'elle soit légalisée».

Dès la sortie du jugement, Jeannette Corbiere Lavell, présidente de l'Association canadienne des femmes autochtones, a relevé que «les femmes autochtones sont surreprésentées et victimisées dans l'industrie du sexe». «Décriminaliser l'industrie du sexe contribuera surtout à augmenter la marchandisation légale et illégale des femmes à des fins de traite et de prostitution», a-t-elle dit. Enfin, Daisy Kler, de l'Association canadienne des centres de lutte contre les agressions à caractère sexuel, avance que «l'achat de services sexuels est incompatible avec le respect des droits humains et tout particulièrement avec l'égalité entre les femmes et les hommes, l'égalité pour toutes».

À Ottawa, le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, cherche l'équilibre entre les droits des uns et les droits des autres. «Les gens qui font de la prostitution sont des citoyens. Ils ont des droits. Mais il y a aussi les communautés où on pratique la prostitution; elles aussi ont des droits. Nous allons attendre les actions du gouvernement et ferons notre travail d'opposition, c'est-à-dire trouver l'équilibre entre ces droits.» Quant au chef du Bloc québécois à Ottawa, Gilles Duceppe, il s'est dit «déchiré sur cette question». «Parce que je regarde ces pauvres filles qui font de la prostitution sur les coins de rue, et c'est terrible de voir cela. En deux ans, la fille vieillit de vingt ans. Les filles se font battre et tout cela. D'autre part, est-ce que quelqu'un souhaiterait que ses propres enfants travaillent dans une maison close? Moi, la question je me la pose très intimement comme cela», a-t-il dit.
2 commentaires
  • Jeannot Vachon - Inscrit 30 septembre 2010 08 h 36

    Maison de débauche : légale ou crime grave?

    Maison de débauche :est-ce légal ou est-ce un crime grave?

    Ainsi une juge en Ontario vient de décréter qu’une maison de débauche où se pratique la prostitution est légale en vertu des droits fondamentaux des prostituées. Or il y a quelques mois à peine, le gouvernement Conservateur est allé exactement dans la direction inverse. Par règlement, il a décrété que la prostitution dans ce contexte serait un crime grave aux fins de savoir si ses participants constituaient une organisation criminelle.

    Cela permettrait à la police, entre autres, de pratiquer l’écoute électronique dans cette maison et dans les résidences de toutes les personnes impliquées. Quelles histoires croustillantes à amener ensuite en preuve devant un tribunal pour condamner à de lourdes peines ces dangereux criminels… dangereux pour la morale.

    Le prétexte à l’époque était que la pègre se finance avec de telles activités. Comme si la pègre avait des activités de crimes graves qui fonctionnaient à perte et avaient besoin de la prostitution pour les financer.

    Et après on s’étonnera que les partis politiques tiennent à nommer juges des gens qui adhèrent à leur idéologie ou qui gardent une dette morale envers leurs bienfaiteurs, des juges qui pencheront du bon bord en temps opportun.

  • Jeannot Vachon - Inscrit 2 octobre 2010 09 h 54

    Doit-on légaliser la prostitution ?


    À la question « Doit-on légaliser la prostitution au Canada? », on peut répondre que c’est déjà fait mais qu’il en reste certains aspects à assouplir, ce qu’une juge de l’Ontario vient de faire en annulant quelques articles du Code Criminel. Il y a une hypocrisie certaine dans notre société de faire comme si la prostitution était illégale et d’en poursuivre quelques acteurs de temps à autres.

    Le commerce du sexe légal ou toléré n’a jamais été aussi florissant. Pensons à ces fameuses danses à 10$ dans les clubs de danseurs/danseuses, aux clubs échangistes, aux saunas gais, à la pornographie dans les films ou sur internet, à certains établissements de massage, à la prostitution par les annonces classées.

    Le côté illicite de ce qui est encore illégal prive ses acteurs d’une pleine participation à la société, autant d’en payer les taxes et impôts que de participer au filet de protection sociale. Une carrière de prostituée se termine assez jeune. Pourquoi ne pourraient-elles pas alors bénéficier de fonds de pension bien capitalisés ou de programmes adaptés de réorientation de carrière?

    Ce qu’il faut, ce n’est pas de faire des frappes policières occasionnelles qui ne pourront jamais enrayer le plus vieux métier du monde mais encadrer ce métier pour protéger tous ses acteurs de ses méfaits, autant les clients que les travailleurs. On ne garderait illégal que ce qui cause problème, dont l’esclavagisme et la violence de certains proxénètes ou l’usage des drogues dures qui crée un dangereux cercle vicieux.

    On n’enlèvera jamais les côtés sombres de ce métier, mais, au moins, il faudrait combattre des crimes qui causent de vrais problèmes et non garder criminalisés des gestes qui ne relèvent que de valeurs morales aujourd’hui désuètes.