Rapport accablant sur la police à Montréal-Nord - La police s'enferme dans le mutisme

Le Service de police de Montréal (SPVM) s'est enfermé dans le mutisme, hier, après que Le Devoir eut révélé les conclusions d'un rapport confidentiel mettant en relief le caractère raciste et provocateur des interpellations à Montréal-Nord.

«Un jour, nous aurons l'occasion de commenter ce rapport, mais pour l'instant, on se doit de ne pas le faire, pour ne pas influencer le cours de l'enquête du coroner», a dit le sergent Ian Lafrenière, responsable du module des communications au SPVM.

Un rapport commandé par le SPVM a conclu que certains policiers de Montréal-Nord ont fait preuve de racisme et de harcèlement envers des jeunes de minorités visibles, dans la période contemporaine à la mort de Fredy Villanueva.

Pendant plus de deux semaines, en octobre 2008, le psychologue Martin Courcy a suivi les jeunes, en ne leur cachant pas qu'il travaillait pour la police. Le SPVM voulait savoir comment s'y prendre pour interpeller les jeunes et pour éviter l'escalade dans la confrontation.

Ses conclusions sont dévastatrices. Harcèlement, manque de politesse, remarques racistes, provocation et intimidation: les jeunes de Montréal-Nord étaient constamment «sur le qui-vive» au moment de l'intervention du psychologue.

Deux rapports

C'est le deuxième rapport «secret» du SPVM à se frayer un chemin dans les médias. Une autre étude interne du SPVM, qualifiée de brouillon, démontre que la proportion de Noirs interpellés par la police a augmenté de 126 % à Montréal-Nord, et de 91 % dans Saint-Michel, entre 2001 et 2007.

La Ligue des droits et libertés s'est dite outrée par la tournure des événements, et exige que les deux rapports soient rendus publics. Selon le président de la Ligue, Dominique Peschard, l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva doit se pencher sur les tactiques d'intervention des patrouilleurs, le profilage racial et les attitudes racistes des policiers.

Double discours

Les échos du double discours de l'administration Tremblay résonnent toujours à l'enquête du coroner. D'une part, le maire a mandaté le nouveau directeur du SPVM, Marc Parent, pour régler le problème du profilage racial. D'autre part, l'avocat de la Ville, Pierre-Yves Boisvert, s'oppose dur comme fer à la production des deux rapports à l'enquête du coroner pour des raisons de pertinence.

Martin Courcy pense au contraire que son rapport est on ne peut plus pertinent. «Le rôle de l'expert, c'est d'aider le tribunal. Le rapport touche au coeur du mandat du coroner, et il est possible qu'il puisse l'aider dans ses travaux», a dit hier M. Courcy.

Courage

Réal Ménard, critique de l'opposition à l'Hôtel de Ville en matière de sécurité publique, a salué le courage de Marc Parent. Dès son entrée en fonction, il a promis de réorienter le mandat de l'escouade Éclipse et il a permis que le coroner apprenne l'existence des deux rapports, a rappelé M. Ménard.

«Si Me Boisvert maintient son opposition, ça va amoindrir le capital de sympathie que nous avons à l'égard de M. Parent et de sa volonté de changement», a averti M. Ménard.
7 commentaires
  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 30 septembre 2010 06 h 08

    Problème de crédibilité.

    Difficile de se faire une opinion à partir d'un rapport provenant d'une enquête dont on ignore la méthodologie.
    De ce qu'on lit, en particulier dans l'article d'hier, on ne sait si par exemple l'attitude ou les insultes attribuées à "certains" policiers ont été observées pendant qu'elles avaient lieu, et le cas échéant admises par ces mêmes policiers.
    Autrement dit, quelles sont les garanties qui permettent de prendre ce rapport pour du comptant en donnant la preuve que le allégations ont été validées et corroborées.
    Comme pour les témoignages devant la Commission Bastarache, le problème est: qui dit vrai? Et de la même façon que pour la Commission Bastarache, l'opinion publique est largement alimentée par les médias et leurs affirmations univoques.
    Que les policiers gardent le silence sans preuve validée, c'est non seulement normal, c'est souhaitable pour ne pas jeter de l'huile sur le feu, puisque les journalistes s'en chargent déjà abondamment.

  • francacadie - Inscrit 30 septembre 2010 12 h 53

    Qui commence?

    C'est le vieux problème de la poule et de l'oeuf...
    Qui a commencé? Les flics ou les "administrés"?
    La police voit-elle quotidiennement des choses que la majorité des gens refuse de regarder en face?
    Se sent-elle suffisamment soutenue par l'Etat? Et, plus encore, par les citoyens?
    La charge que dès lors on lui fait porter pour la pacification de la cité est-elle ou non trop lourde pour les épaules de ses agents?
    Voilà les bonnes questions.
    En France, le débat est tranché depuis un bon moment, par les faits eux-mêmes. Les zones "difficiles" sont sous le contrôle des gangs, qui y font régner leur loi au mépris total de celles de la république, tout ça sous l'oeil intéressé des religieux qui, un de ces jours, ramasseront la mise et rétabliront l'ordre à leur manière.
    La démission de l'Etat dédouane la police de ses obligations coutumières. Il n'y a donc que fort peu de contentieux en ce moment en France, car les velléités des uns et des autres sont aussitôt calmées, de chaque côté, par les tenants de ce système mortel à terme pour la démocratie.
    Chacun chez soi, dormez en pais braves gens, voilà qui peut résumer la situation. Le contribuable français apprécie que l'on calme ainsi ses angoisses, au moment où les impôts se préparent à lui tomber sur le râble avec une vigueur d'ouragan louisianais.
    Vous voulez la paix civile au Québec? Offrez des quartiers entiers à leurs autochtones et mettez vos flics derrière des radars, le long des autoroutes. Recettes fiscales garanties, avec très peu de risque de dérapage.
    Un slogan pour conclure : Vive Montréal-Nord libre! Ainsi la poule offrira-t-elle son oeuf tout chaud aux derniers nostalgiques de la res publica.

  • BROMONTOIS - Inscrit 30 septembre 2010 14 h 54

    TOUT EST DANS LA PERCEPTION .

    Lorsque l'on interroge quelqu'un il faut que ce soit en privé et être empreint de complaisance ce qui apporte la personne à amplifier les faits si elle ment , au point qu'elle n'est plus crédible . Cette façon de faire sait avérer très utile lors de plainte de brutalité où le plaignant ne voulait pas de visite de contrôle à l'hôpital , mais mis en confiance il déclarât plusieurs coups de lampe de poche au crane et coup de pied aux tibias qui ne furent pas soutenu par vérification de visu et par palpations .

  • francacadie - Inscrit 30 septembre 2010 15 h 31

    Bien-pensance

    Messieurs les censeurs, bonsoir!
    (Maurice Clavel-1975).

  • isisgagnongrenier - Inscrite 30 septembre 2010 16 h 56

    Prendre ses responsabilités et agir en conséquence

    Difficile de se faire une opinion sur un rapport qu'on n'a pas lu. Plus on tente de garder de l'information secrète, plus les langues parlent et plus l'encre coule. C'est ridicule de ne pas rendre publique ces rapports. Si leur contenu, ainsi que leur méthodologie et leurs failles s'il y a lieu, etc, étaient publiés, on pourrait avoir l'heure juste.

    Si faute il y a, elle serait connue, et on pourrait y remédier, et si pas de faute il y a, ce serait la fin de l'histoire.

    Pour le moment, les débats tournent plutôt en rond (voir l'article d'hier)

    De mon côté, pour en avoir déjà vu, je n'ai pas besoin de rapport pour savoir que des policiers abusent de leur pouvoir et agissent de façon irresponsable, voir enfantine. Mais je suis néanmoins prête à me rappeler que la plupart ne sont pas de méchantes personnes, mais ont peur, et agissent mal suite à des pressions.

    Plus la SPVM veut cacher des informations, par contre, et moins je suis prête à l'appuyer. Parce que si c'était moins pire que je le crois, personne ne voudrait cacher ces informations. Personne ne tient à cacher ce dont elli est fier/fière.

    M. Ménard a très raison: «Si Me Boisvert maintient son opposition, ça va amoindrir le capital de sympathie que nous avons à l'égard de M. Parent et de sa volonté de changement»

    Gens de la SPVM, mettez vos culottes, acceptez la responsabilité de vos actes, ou vous perdrez de plus en plus la (naïve?) confiance que certaines personnes ont encore en vous!