Montréal-Nord: un rapport accablant pour la police

«Ils seront toujours harcelés par la police en raison de leur misère et de la couleur de leur peau. [...] Sauf qu'un jour, la marmite explose. Il n'est pas surprenant qu'il y ait eu une émeute à Montréal-Nord. La mort de Fredy Villanueva a été le prétexte.» - Martin Courcy, psychologue mandaté par le Service de police de Montréal (SPVM) pour examiner les façons d'interpeller les jeunes dans ce quartier chaud de la métropole.
Photo: Jacques Nadeau - archives Le Devoir «Ils seront toujours harcelés par la police en raison de leur misère et de la couleur de leur peau. [...] Sauf qu'un jour, la marmite explose. Il n'est pas surprenant qu'il y ait eu une émeute à Montréal-Nord. La mort de Fredy Villanueva a été le prétexte.» - Martin Courcy, psychologue mandaté par le Service de police de Montréal (SPVM) pour examiner les façons d'interpeller les jeunes dans ce quartier chaud de la métropole.

Le racisme et le harcèlement systématique des policiers de Montréal à l'égard des jeunes des minorités visibles sont à l'origine de tensions sociales qui ont culminé avec une émeute à Montréal-Nord, en 2008, au lendemain de la mort de Fredy Villanueva.

C'est la conclusion principale à laquelle arrive le psychologue Martin Courcy, mandaté par le Service de police de Montréal (SPVM) pour examiner les façons d'interpeller les jeunes dans ce quartier chaud de la métropole.

Après les émeutes à Montréal-Nord, en août 2008, la direction s'est tournée vers M. Courcy pour essayer de savoir comment les jeunes voulaient être abordés par les policiers. Il s'agissait en somme de sonder le point de vue des jeunes, sur les façons de les interpeller, dans le but d'éviter la répétition d'une intervention comme celle qui a coûté la vie au jeune Villanueva.

Le rapport de M. Courcy, dont Le Devoir a obtenu copie, brosse un portrait accablant des interventions du SPVM. Harcèlement, manque de politesse, remarques racistes, provocation et intimidation: les jeunes qui occupent l'espace public à Montréal-Nord vivaient dans un climat malsain, en octobre 2008, au moment où M. Courcy a effectué son intervention, à la demande de l'ancien numéro deux du SPVM, Jean-Guy Gagnon.

«Les jeunes du quartier sont constamment sur le qui-vive, ce qui ne peut qu'exacerber les interactions avec la police. Ils se sentent constamment surveillés, épiés, affirme le rapport. Ils ont souvent peur d'être arrêtés sans raison. Cette crainte est partagée par la majorité. La provocation serait utilisée pour entraîner une arrestation.»

L'approche de l'escouade Éclipse «ne mène nulle part, sinon au bord du gouffre», conclut Martin Courcy. Il termine son travail sur un avertissement. «Je ne sais pas si c'est de la provocation, mais l'attitude des policiers, en grande partie malsaine, ne permet pas de les rapprocher des jeunes. Elle risque, au contraire, de marginaliser encore davantage les jeunes, voire de les pousser dans les gangs de rue.»

Les jeunes vivent «sous une tension constante, quotidienne», enchaîne l'auteur. Ils sont traversés par la peur, étant donné que les policiers mettent souvent la main à leur arme de service lorsqu'ils entrent en contact avec eux. La peur et un sentiment de fatalité. «Ils seront toujours harcelés par la police en raison de leur misère et de la couleur de leur peau. [...] Sauf qu'un jour, la marmite explose. Il n'est pas surprenant qu'il y ait eu une émeute à Montréal-Nord. La mort de Fredy Villanueva a été le prétexte.»

Réponses stupéfiantes

M. Courcy est un spécialiste de la sécurité, de la gestion des conflits et des crises. Il collabore avec des services de police et le ministère de la Sécurité publique depuis 1984. Lorsque M. Gagnon lui a demandé de réaliser une étude de perception à Montréal-Nord, il n'a pas caché ses intentions aux jeunes. Il leur a tout de suite dit qu'il travaillait pour le compte de la police.

Pendant un peu plus de deux semaines, entre les 7 et 26 octobre 2008, M. Courcy a suivi une soixantaine de jeunes, en leur posant des questions toutes simples. Comment voudriez-vous être interpellés par les policiers? Comment faire pour qu'une intervention se déroule dans le calme? Pour éviter que la situation ne dégénère?

Les réponses donnent froid dans le dos. Elles forcent l'auteur à conclure que le SPVM n'était pas aux prises avec un problème de profilage racial, mais avec du racisme «pur et simple». Les jeunes prêtent aux policiers les paroles suivantes:

— À une jeune Maghrébine de 17 ans: «Pourquoi tu ne te fais pas exploser?»

— «Sale immigrant, retourne dans ton pays sale nègre.»

— «Regarde le tas de déchets, c'est à ça que tu ressembles.»

L'auteur indique dans son rapport que «plusieurs propos semblables» lui ont été rapportés. «Les jeunes disent que les policiers leur tiennent des propos qu'ils n'oseraient tenir dans aucun autre quartier de la ville de Montréal», écrit-il.

Âpres discussions

Le rapport de Martin Courcy fait l'objet d'âpres discussions à l'enquête du coroner sur la mort du jeune Villanueva. Pour le moment, seuls les avocats des parties intéressées ont pu en obtenir un exemplaire, sous le sceau de la plus stricte confidentialité. Le Devoir a pu obtenir un exemplaire du rapport par d'autres moyens.

Les avocats de la famille Villanueva et des jeunes blessés lors de l'intervention du 9 août 2008 souhaitent que le rapport soit déposé en preuve, tandis que la Ville s'y oppose pour des raisons de pertinence.

Le principal intéressé, Martin Courcy, n'a pas voulu discuter du contenu du document, étant donné qu'il est lié par un engagement de confidentialité. «J'aurais souhaité que le rapport ne soit pas confidentiel», a cependant indiqué M. Courcy dans un entretien.

En entrevue, Martin Courcy affirme catégoriquement qu'il n'avait aucune raison de douter de la véracité et de la fiabilité des propos qui lui ont été rapportés. Il se dit déçu du sort réservé à son rapport. «Pour les jeunes, c'était clair que j'avais un mandat de la police et qu'il y aurait des suites. Je sens que j'avais une responsabilité face à ces jeunes-là. Ils m'ont fait confiance, totalement», dit-il.

À son avis, son rapport et son témoignage pourraient être grandement utiles aux travaux du coroner.
24 commentaires
  • Jean Rousseau - Inscrit 29 septembre 2010 01 h 15

    L’UNION FAIT LA FORCE


    Pour étayer les conclusions du psychologue Courcy sur le racisme des policiers envers ces jeunes, il conviendrait d'entendre ce qui suit. Dans un cours, le professeur expliquait, (que lors des camps de concentration), une responsable avait passé assez rapidement d'une attitude d'affabilité, (envers les deux camps), à une cruauté innommable envers les juifs, (laquelle brusquait même les soldats).

    Comme le philosophe en question semblait dépourvu d'étroitesse à ce niveau, j'en suis venu à penser que le contexte avait joué de deux façons. D'abord, la psychologie sociale a démontré l'effet de conformité exercé sur l'individu afin d'aligner pensées et de là, comportements, (sur les valeurs dominantes). Mais, puisque le sadisme dépassait ces normes, il fallait supposer que les rôles abaissants souvent dévolus au genre féminin pouvaient rendre compte de cet excès, (tel que le fait d'un défoulement de fureur, ou encore, que ce dénigrement avait réduit cette femme à l’état d’outil; (l’ultime souhait d’Hitler).

    Puisque l'intention de solutionner me guide, il m'est apparu qu'une sélection experte des gardiens de l'ordre s'imposerait pour écarter ceux qui ne démontreraient pas suffisamment d'indépendance ou d’équilibre mentale. Mais tous les citoyens se sentiraient vraiment en sécurité, lorsqu'il apparaîtrait évident à quiconque que nul ne peut se faire juge et partie, (même indirectement). D'ici là, il faudrait que ces défavorisés se regroupent. Si l’entreprise s'enclencherait convenablement, nul doute que des compétences nouvelles s’y grefferaient avec bonheur. Une citation de Goethe laissait savoir que l'audace créerait de merveilleuses forces inattendues.

    Jean Rousseau, B. Ps
    courriel: jeannrousseau1956@live.ca

  • Michel Chayer - Inscrit 29 septembre 2010 02 h 50

    Un vulgaire Canadien-français

    «Les jeunes disent que les policiers leur tiennent des propos qu'ils n'oseraient tenir dans aucun autre quartier de la ville de Montréal»

    C’est drôle, mais moi qui suis un Canadien-français du Québec qui a habité dans un quartier ethnique de Longueuil, certains de ces derniers ne ce sont nullement gênés pour me traiter de bagnards, sous prétexte que d’après eux je serais le descendant des taulards et des putains (sic) que le Roi de France aurait extraits de ses geôles pour coloniser la Nouvelle-France…

    Je ne suis absolument pas pro-flic, bien au contraire… Cependant, de mes séjours à la prison Bordeau à Montréal, je ne conserve pas un portrait particulièrement flatteur de la somme d’Haïtiens qu’on y trouve.

    Je n’aime pas les gardiens de prison, cependant eux et moi logeons à la même enseigne lorsqu’il est question de la surreprésentation et de la propension à la violence des immigrés du tiers-monde dans le Centre de détention de Montréal.

    De toute façon, les journaux, comme le Devoir, participe à une mise
    en forme de l’opinion, et aucun témoignage qui viendrait déconsidérer l’immigration en provenance du tiers-monde ne sera publié dans les pages du journal.

    De toute façon, les gens honnêtes savent très bien qu’il n’y aurait jamais eu de vague ni de commission d’enquête si c’était un vulgaire Canadien-français comme moi qui aurait été buté à la place de ce petit voyou Fredy Villanueva. De fait, son statut d’immigré introduit un biais qui le consacre d’emblée comme victime… Et celui qui prétendra le contraire se fera proprement cloué le bec.

    On ne semble pas se rendre compte que ceux qui se portent systématiquement à la défense des immigrés du tiers-monde ne sont plus que ceux qui ont un contact tenu avec ces immigrés-là.

    Parce que ceux qui sont sur la ligne de feu en ont plus qu’à ras le pompon des étiquettes de racistes quand il s’agit de simplement faire valoir le dr

  • simon cussonnet - Inscrit 29 septembre 2010 05 h 52

    Victimisation: je crie ton NON !

    Avant d'écrire son rapport, je doute que le grand psychologue de service ait pris la peine de se cultiver un peu en regardant deux films incontournables sur le sujet dont un est diffusé actuellement sur super ecran et s'appelle: "entre les murs"
    l'autre est présenté dans certaines salles ces temps ci:
    "la journée de la jupe" (c'est un véritable chef d'oeuvre qui existe aussi en dvd).
    et pour mettre un point final aux idées pré-cuites a la mode de la "bienpensance"actuelle, à savoir victimisationsystématique des immigrés, rien de tel que "welcome" qui, lui aussi, tournera prochainement sur super ecran.
    bonnes soirées, mr Courcy !

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 29 septembre 2010 07 h 12

    Encore quelques années

    et Montréal aura son Bronx à Montréal-Nord. Une zone déglinguée, violente, interdite aux Blancs. Montréal pourra enfin se vanter de ressembler à New York

  • Jean-Serge Baribeau - Abonné 29 septembre 2010 08 h 22

    VIVENT LES CHATS: ILN'Y A PAS DE CHATS-POLICIERS!

    Le sociologue qui ne cesse de sévir en mon moi intellectuel et citoyen le plus profond ne cesse de me rappeler que l'institution policière est essentielle dans toute société qui se veut civilisée et marquée au sceau d'une certaine sérénité, d'un minimum de quiétude.

    Eh oui! Si nous voulons éviter de sombrer dans le vertuisme le plus benêt, nous devons admettre qu'aucune société ne peut subsister si elle ne «secrète» pas des forces de contrôle, des forces d'ordre, des responsables d'une répression bien encadrée et bien «policée» (lorsque cela s'avère vraiment nécessaire).

    Les policiers de l'époque duplessiste (et je ne veux pas ici sombrer dans un débat sur la prétendue «grande noirceur» étaient, pour beaucoup des «pigs», des «beus» et de dignes représentants de l'espèce dite canine. Et alors une tête de gréviste ou d'intello n'avait pas une grande valeur et les matraques étaient toujours prêtes et d'attaque. Un de mes meilleurs amis, maintenant décédé, était, le pauvre, le fils d'un certain PB. Ce dernier était chargé, au sein de «la police provinciale» d'écraser les grévistes (chiens ou chats?) partout dans la province. C'était pendant la période au cours de laquelle le CHEUF fulminait et crachait le feu lorsqu'il voyait, dans la réalité ou dans son «riche» imaginaire, des syndiqués, des syndicalistes, des intellectuels, Le Devoir et de galeux grévistes.

    En octobre 1970 j'ai eu à faire face aux «pigs» à quelques reprises et je me dois de dire que le raffinement, le jugement et le sain discernement ne faisaient pas partie de l'arsenal de leurs qualités et qualifications.

    Aujourd'hui, 40 ans après la crise d'octobre, je constate que malgré les efforts éducatifs colossaux, de nombreux policiers sont restés des malotrus, des béotiens et des ploucs. J'aurais candidement été porté à croire à certaines vertus apaisantes de l'éducation. Mais grand mal m'en fasse! J'ai erré lament