Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Les Québécois d'accord à 71 % avec la légalisation de l'euthanasie

Contenu d’une trousse utilisée par les médecins belges pour pratiquer au besoin l’euthanasie à domicile. Au Québec, la population se montre ouverte à une légalisation de l’euthanasie.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Étienne Ansotte Contenu d’une trousse utilisée par les médecins belges pour pratiquer au besoin l’euthanasie à domicile. Au Québec, la population se montre ouverte à une légalisation de l’euthanasie.

Les audiences de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité arrivent à point, puisque les Québécois semblent prêts à débattre de l'euthanasie et des soins en fin de vie, selon un nouveau sondage Léger Marketing-Le Devoir. Pas moins de 71 % des répondants souhaitent légaliser l'euthanasie et 73 % demandent au fédéral de modifier le Code criminel en ce sens.

La commission itinérante reprend ses audiences aujourd'hui à Québec avec des témoins. On entendra notamment l'Ordre des psychologues, la Fédération des médecins omnipraticiens, le Barreau du Québec et l'Assemblée des évêques catholiques du Québec.

Les questions étudiées par cette commission, qui regroupe des membres de tous les partis politiques, sont complexes et touchent toutes les étapes que traversent les gens en fin de vie. Néanmoins, l'euthanasie, qui consiste à hâter la mort d'un malade incurable dans le but d'abréger ses souffrances, est l'un des enjeux importants auxquels la commission doit faire face.

Selon le coup de sonde Léger Marketing-Le Devoir, la population est prête à aborder ce sujet de front, puisque 71 % des 1000 répondants se disent en faveur d'une légalisation de l'euthanasie. Quelque 13 % sont contre, et 16 % ne savent pas ou ont refusé de répondre. La question était simple: «Êtes-vous pour ou contre la légalisation de l'euthanasie?» (Toutes les questions et les résultats sont disponibles sur notre site Internet).

Christian Bourque, vice-président de Léger Marketing, affirme que, d'un sondage à l'autre, une majorité claire de répondants est en faveur d'une telle légalisation. «Et ça transcende les lignes partisanes», dit-il.

Pourtant, ajoute le sondeur, «on n'a jamais vraiment eu de débat sur le sujet». «A priori, les Québécois se disent prêts à envisager la légalisation de l'euthanasie. Par contre, il faut voir comment y arriver. Présentement, chaque personne a sa propre définition du terme. Les chiffres pourraient changer en fonction des balises que mettrait le gouvernement», dit-il.

La commission itinérante contribue d'ailleurs à clarifier le débat, estime Serge Dumont, professeur à l'Université Laval spécialisé en soins palliatifs et membre du centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). Selon lui, on touche directement aux valeurs phares de la génération des baby-boomers, soit l'autonomie et l'autodétermination, ce qui explique les résultats du sondage. «Ils veulent avoir le choix. Ça ne veut pas dire que tout le monde prendrait l'option de l'euthanasie, au contraire. Mais la peur de souffrir est si forte qu'ils veulent avoir des options.» Ne pas être un fardeau pour la famille est aussi un élément important, dit-il.

Serge Dumont ajoute que ces données montrent aussi un manque de confiance envers le système de santé. «Il y a cette impression que le système ne pourra pas les prendre en charge et les empêcher de souffrir.»

Dans ce débat, le gouvernement fédéral a également un rôle à jouer, puisque l'euthanasie est considérée comme un meurtre dans le Code criminel canadien. Le gouvernement Harper a toujours exprimé sa réticence à modifier en ce sens le Code criminel. Mais 73 % des répondants demandent au gouvernement du Québec de faire pression sur son homologue fédéral pour qu'il assouplisse ses lois. À peine 12 % affirment que Québec devrait s'abstenir de réclamer des changements, alors que 15 % ont refusé de répondre ou ont dit ne pas savoir.

Fait à noter, le gouvernement du Québec pourrait agir seul, notamment en arrêtant de poursuivre les médecins qui ont recours à cette pratique, en fonction de certains critères. D'autres juridictions dans le monde ont procédé de cette manière.

Où mourir?

Dans son organisation des soins palliatifs, à quel endroit le gouvernement devrait-il concentrer ses ressources? Selon une majorité de répondants au sondage (55 %), le premier choix est de mourir à la maison. C'est là que les citoyens souhaitent qu'on atténue leurs souffrances afin de passer leurs derniers jours.

Près de 32 % des gens affirment vouloir passer la fin de leur vie à l'hôpital, alors que 4 % ont choisi une maison de fin de vie (maison spécialisée en soins palliatifs). L'existence des maisons de fin de vie n'est toutefois pas très connue au Québec, même si les 23 centres de la province sont submergés de demandes. Ces maisons offrent des services et des soins pour les patients en phase terminale.

Selon Christian Bourque, les gens veulent avant tout passer leurs derniers jours à l'endroit qui va le mieux gérer leur douleur. «Certains pensent que l'encadrement à la maison n'est pas assez efficace ou ne veulent pas imposer un fardeau à leurs proches, alors ils répondent l'hôpital. Si le gouvernement pouvait garantir une aide suffisante, presque tous les gens répondraient qu'ils souhaitent mourir à la maison», avance le sondeur. Il ajoute que dans sa planification, le gouvernement «doit être sensible à cette intention» de la population.

Serge Dumont affirme que l'aide à domicile n'est effectivement pas adéquate au Québec. «Seulement 10 % à 20 % des gens ont accès à des soins palliatifs à la maison. Dans certaines régions, il n'y a rien. Le Québec est l'une des provinces qui utilisent le plus l'hospitalisation. Ailleurs, comme au Manitoba, le taux de décès à la maison peut atteindre 80 %. Au Québec, on a un manque de service pour passer la fin de nos jours à domicile.»

Le sondage a été mené en ligne du 13 au 16 septembre, auprès de 1000 personnes représentatives de la population. Les données ont été pondérées selon l'âge, le sexe, la langue maternelle, le degré de scolarité et la composition du foyer. Léger Marketing a développé le plus grand panel Internet aléatoire et probabiliste comptant plus de 320 000 personnes. L'utilisation de techniques de recrutement aléatoire éprouvées, combinée à un processus d'inscription rigoureux, assure le caractère hautement représentatif du panel. Un échantillon probabiliste de la même taille présenterait une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.
9 commentaires
  • Claude Archambault - Inscrit 28 septembre 2010 01 h 44

    et après?

    Ce n'est pas parce que la majorité le veux qu'il faut le faire. Il y a des chose comme le respect de la vie, des droits individuel, qui ne sont pas soumis à la démocratie. Ce n'est pas parce que les loups majoritairement décident de manger les brebis qu'on va laisser faire.

  • Jacques Lafond - Inscrit 28 septembre 2010 02 h 41

    C'est la fin

    Quand une petite nation comme le Québec français, une nation agonisante dans une mer de 385 millions d’anglophones, choisit très massivement la mort de ses enfants non nés et maintenant la mort de ses ainés, ce n’est plus le début de la fin; on parle de la vraie fin.

    Démolissons le stade olympique, démantelons la loi 101 au nom de la liberté des anglais, et faisons enquête. Enquête publique. Faisons une concertation. À bat l’argent et les méchant capitalistes. Vive la planète. Faisons un autre référendum un jour pour demander la permission d’exister. Vive le Québec libre.

    JL

  • Yvon Bureau - Abonné 28 septembre 2010 05 h 48

    Sans toucher au Code criminel

    Le Collectif mourir digne et libre croit que le Québec a tout l'espace juridique nécessaire pour permettre à chaque finissant de la vie de mourir dignement, sereinement et librement, en cohérence profonde avec SES valeurs profondes. À chacun SA fin de vie. Le libre-choix est beaucoup plus possible au Québec qu’on le pense, et cela SANS toucher au Code criminel du Canada.

    Année après année, depuis près de 20 ans, la population québécoise est favorable à plus de 70 % à une aide médicale active à mourir, si nécessaire et si LIBREMENT voulue.

    Le CMDL sera à la Consultation publique à 11H00 ce matin.

    http://www.collectifmourirdigneetlibre.org/blog.ph

  • Yvon Bureau - Abonné 28 septembre 2010 06 h 06

    Décriminalisation

    Pour le moment, c'est fermé à Ottawa, et c'est ouvert à Québec.

    Parlons de décriminalisation, non de légalisation. La différence est énorme.

    La Belgique a décriminalisé l'euthanasie sous conditions, sans toucher à son Code pénal. Le Québec peut faire de même sans toucher au Code criminel canadien.

    N'entrons pas dans le jeu des farouches opposants au libre-choix en fin de vie, en exigeant la légalisation...

    «Le Québec a tout l’espace voulu…» Le témoignage du Barreau du Québec est tellement attendu, ce jeudi à Québec.

    www.yvonbureau.com

  • Patrick M. Gouin - Inscrit 28 septembre 2010 09 h 13

    Larmes de crocodile

    Dans cette société où on laisse mourir les gens dans la rue sans broncher qu'on ne viennent pas après s'immiscer dans le choix des personnes saines d'esprit qui cherchent à en finir.