Sprint final chez le couturier Helmer - Un défilé haute couture à Montréal, ou presque...

Le couturier Joseph Helmer intègre des pièces de l’artiste verrier Jean-Marie Giguère à des créations qui seront présentées ce soir.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le couturier Joseph Helmer intègre des pièces de l’artiste verrier Jean-Marie Giguère à des créations qui seront présentées ce soir.

En cette première journée de la Semaine de mode de Montréal, Joseph Helmer présente ce soir sa collection printemps-été 2011. Ce qui est annoncé comme le premier défilé haute couture à Montréal ne le sera toutefois pas complètement. Retour sur le parcours d'un artisan d'exception et sur les règles très strictes de la haute couture.

La porte de l'atelier du boulevard Saint-Laurent est ouverte. Malgré l'heure matinale, il est déjà là. Fidèle au poste devant sa machine à coudre, Joseph Helmer travaille. Il travaille même beaucoup. Pratiquement jour et nuit pour finir à temps les pièces de la collection qui doit être présentée ce soir. Ce défilé est d'autant plus attendu qu'il a été annoncé comme le premier en haute couture à être présenté à Montréal, alors que, d'habitude, l'événement se cantonne dans le prêt-à-porter.

Rencontré dans son atelier lors des derniers préparatifs, Joseph Helmer ne comprend pas vraiment cet engouement. «J'ai toujours travaillé avec les mêmes exigences. Et il faut faire attention. Pour dire que c'est un défilé de haute couture, il faut être accrédité par la Chambre syndicale de la haute couture à Paris», prévient le couturier qui n'est pas inscrit au programme officiel de l'institution française.

En effet, l'appellation «haute couture» est juridiquement protégée, et très peu d'entreprises font partie de ce cercle fermé. «Il faut avoir fait une école de haute couture. De plus, les pièces présentées doivent répondre à des critères précis, explique M. Helmer. Il faut qu'au minimum sept artisans reconnus aient travaillé sur chaque "look", que ce soit le vêtement, la coiffure ou les accessoires.»

Dans l'univers de la mode, peu répondent à ces critères. Faire de la haute couture implique de présenter deux collections par année à Paris, ce qui demande un engagement financier très élevé. En tout, onze maisons, dont Christian Dior, Chanel et Jean Paul Gaultier, sont membres permanents de la Chambre syndicale de la haute couture. À elles s'ajoutent quatre maisons correspondantes à l'étranger, dont l'italienne Valentino et la libanaise Elie Saab. Des membres invités sont acceptés, mais ils doivent présenter des collections plusieurs années avant de pouvoir prétendre à une place de membre permanent.

Joseph Helmer ne fait donc pas partie de la Chambre. Pourtant, son parcours le lui permettrait. Celui qui a appris à manier la machine à coudre sur du papier pour faire des billets de tombola est devenu un artisan multidisciplinaire comme il s'en fait de moins en moins. Il coud, brode, modèle, tricote. Ses pièces sont faites entièrement à la main. Après son apprentissage chez un tailleur pour homme en Haïti et sa formation au collège LaSalle, il a longtemps travaillé à Paris. Durant vingt ans, il a exercé chez les plus grands, dont Thierry Mugler, John Galliano, Oscar de la Renta ou encore Marc Jacobs.

«Si je faisais la demande, je serais accepté. Mais après cela, il faut présenter pendant quatre ans des collections à Paris», explique le couturier qui estime cette démarche trop lourde à assumer. Cela ne l'empêche pas de travailler «comme si» et de réunir autour de lui plusieurs artisans québécois. Parmi eux, l'artiste verrier Jean-Marie Giguère avec lequel il a travaillé pour une robe en verre lors de Montréal Ville de verre. «Il s'est pris au jeu et continue à m'apporter des pièces. Je ne sais pas lequel des deux fait le plus travailler l'autre», raconte M. Helmer. Ce soir, de nombreuses tenues seront serties de pièces de l'artiste verrier. Il y aura aussi des sacs de Nicole Pelletier, et les coiffures seront réalisées par Denis Binet.

Collaboration difficile


Joseph Helmer estime toutefois qu'il est difficile de créer de nouvelles collaborations et regrette que les écoles de mode ne soient pas plus coopérantes pour fournir des stagiaires. «Il y a de moins en moins de gens qualifiés. En Europe, quand on entre dans un atelier, il y a une majorité d'immigrants qui ont appris chez les meilleurs tailleurs de leur pays, explique le couturier. Partout, la technique est la même, ce qui permet un travail cohérent dans l'équipe. Ici, il n'y a pas une école qui enseigne de la même manière. Il y a un manque de rigueur et de discipline et les jeunes ne sont pas motivés.»

Chez Joseph Helmer, l'équipe est restreinte. «Nous sommes deux et demi dans l'atelier. Chaque tenue demande plus de deux cents heures de travail, et cela fait longtemps que je ne compte plus mes heures, concède-t-il. Depuis deux mois, je n'ai pas pu avancer que ma collection de prêt-à-porter. [Financièrement], ce n'est pas tenable.» Pour lui, ce sera certainement le dernier défilé dans le cadre de la Semaine de mode de Montréal. Et ce, d'autant plus qu'il reproche à l'événement de manquer de cohérence et de mélanger la mode et le vêtement. D'après lui, Montréal vit un engouement pour la mode, et il faut saisir l'occasion pour faire avancer la création et en rehausser l'image. «Nous pourrions aller vite et très loin, mais il faut plus de soutien et un regroupement des designers créatifs actifs, afin de valoriser la mode ici.»