Le français, langue de prédilection des anglophones du Québec pour certains services

55 % des Anglo-Québécois ayant l’anglais comme langue maternelle ou comme première langue officielle parlée disent s’identifier «surtout» ou «seulement» au camp anglophone.<br />
Photo: Agence Reuters Stephen Hird 55 % des Anglo-Québécois ayant l’anglais comme langue maternelle ou comme première langue officielle parlée disent s’identifier «surtout» ou «seulement» au camp anglophone.

Les Anglo-Québécois emploient majoritairement la langue française lorsqu'ils ont recours à certains services plutôt que d'autres, selon le Portrait des minorités de langue officielle au Canada: les anglophones du Québec dévoilé hier par Statistique Canada.

«Quelqu'un va lire ce rapport-là et va dire: "C'est clair que les anglophones utilisent l'anglais mur à mur ou à peu près", sauf qu'il y a quand même une proportion qui utilise le français dans la sphère publique», fait valoir le statisticien Jean-Pierre Corbeil.

Le portrait démolinguistique des Anglo-Québécois — c'est-à-dire les personnes de langue maternelle anglaise (8 % de la population), auxquelles s'ajoutent les allophones qui ont adopté l'anglais à leur arrivée au Québec (5 % de la population) — montre que la plupart des anglophones utilisent la langue de Molière lorsqu'ils s'adressent notamment à des policiers municipaux ou à des professionnels de la santé de la ligne téléphonique Info-Santé. Toutefois, lorsqu'ils font affaire avec leur avocat ou leur médecin de famille, ces mêmes personnes s'expriment en anglais, fait remarquer M. Corbeil.

S'immisçant dans le débat sur les écarts de revenus entre francophones et anglophones suscité par le directeur de l'association des études canadiennes, Jack Jedouab, qui soutenait au printemps dernier que les francophones du Québec touchaient un revenu plus élevé que les anglophones, soulevant la colère du mathématicien Charles Castonguay, qui s'est évertué à mettre en pièces la méthodologie qu'il a employée, le statisticien fédéral fait dans la nuance. «Le revenu moyen des anglophones est peut-être plus élevé, mais il y a à la fois plus d'anglophones qui ont un revenu supérieur à 100 000 dollars, et il y a à la fois, proportionnellement, plus d'anglophones qui ont un revenu inférieur au seuil de faible revenu», soutient Jean-Pierre Corbeil.

Par ailleurs, l'organisme statistique fédéral souligne à grands traits que les anglophones, soit 13 % de la population québécoise, sont largement sous-représentés au sein de la fonction publique provinciale. Ils représentent un maigre 3 % des employés de l'État.

Mariages exogames

Si plus de 45 % des anglophones sont aujourd'hui en couple avec un partenaire francophone, ils n'étaient que 25 % à l'être en 1971. «Cela a eu comme conséquences que les enfants qui sont nés de ces couples-là ont eu tendance à fréquenter beaucoup plus l'école française, même si [leurs parents] avaient le droit, en vertu de l'article 23 de la Charte canadienne et de la loi 101, d'envoyer leurs enfants dans une école anglaise», affirme Pierre Corbeil.

Une «très forte majorité» des enfants issus d'un couple bilingue fréquentent l'école française ou sont inscrits à un programme d'immersion française dans un établissement d'enseignement anglais. «Ça fait en sorte qu'on se retrouve avec une population qui est très bilingue, et même, dans bien des cas, trilingue», ajoute-t-il.

Toujours selon les données analysées par Statistique Canada, près de 25 % des jeunes anglophones comptent quitter le Québec. «Ils ont de la difficulté à retenir les jeunes», dit M. Corbeil.

D'autre part, près de quatre Anglo-Québécois sur dix qui ont l'anglais comme langue maternelle ou comme première langue officielle parlée ont déclaré s'identifier tant au groupe linguistique anglophone qu'au groupe francophone, comparativement à 55 % qui ont affirmé s'identifier «surtout» ou «seulement» au camp anglophone.

Statistique Canada s'est appuyée sur les recensements de 1951 à 2006, mais également sur l'enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle menée en 2006 pour produire le Portrait des minorités de langue officielle au Canada: les anglophones du Québec. Il fait suite au portrait des francophones de l'Ontario diffusé en mai dernier.
25 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 24 septembre 2010 06 h 56

    De nouveau la diglossie...

    La notion cruciale ici, surtiut dans le cas des allophones, c’est la notion de DIGLOSSIE

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/04/29/de-la-d

    Et, bien sûr, c’est souvent elle qu’on oublie…
    Paul Laurendeau

  • Djemy Djemy - Inscrit 24 septembre 2010 07 h 42

    Les Allophones au pas

    En toute sincerite’ le Gouvernement Quebecois doit remettre les allophones sur les rails, c’est simplement inacceptable que la majorite’ des allophones choisissent l’Anglais sur une terre ou le Francais est cence’ etre la seule langue officielle. Dans quel monde vivant nous?

    Le Canada est le deuxieme plus grand pays du monde après la russie alors si ces allophones preferent l’Anglais envoye’ les simplement au Manitoba ou en Columbie Britannique ou encore aux USA ya plein de place dans l’Amerique anglaise.
    Les Francophones sont 8 millions contre 300 millions d’Anglais sur terre d’Amerique; nous n’avons pas ce luxe a nous payer. Je peux encore assayer de tolerer que les Anglophones Quebecois reclament des droit mais pas les allophones, ils doivent et sans exception apprendre le Francais

    Si les Quebecois ne font pas attention ils seront non seulement domine’ par les Anglophones mais encore pire des Anglophones Allophones

  • Caroline Moreno - Inscrit 24 septembre 2010 08 h 10

    Au-delà de Statistique Canada...

    De plus en plus de Québécois, dont le (la) conjoint(e) est Canadien(ne) ou d’origine autre, choisissent de vivre en anglais (souvent sous le prétexte que la personne aimée ne parle pas français) sans avoir nécessairement fait d’études dans cette langue. Est-ce par paresse ou pour se donner un sentiment de supériorité, toujours est-il que, tôt ou tard, la langue parlée à la maison prend le dessus et devient celle avec laquelle on pense et on agit.

    Une personne québécoise qui vit en anglais devient canadienne. À force d’être exposé à l’anglais, à force de le parler, de le lire, de l’écrire, de réfléchir dans cette langue, les mots s’oublient. Ils sont mis entre guillemets. La façon de parler le français change. Elle prend les intonations de l’anglais. Elle devient nasillarde. De fait, on croit avoir affaire à une personne de langue anglaise qui connaît le français mais qui traduit de l’anglais au français avec les erreurs que cela entraîne. Le reste suit. Pour ne pas donner à son (sa) conjoint(e) à penser qu’elle l’exclut, elle met la télé et la radio en anglais. Les activités à l’extérieur se pratiquent en anglais (voyages, cours prénataux, épicerie, restaurant). Les amis, la famille et les voisins, mus par une même bonté d’âme, ont également recours à l’anglais pour converser avec cet individu qui ne parle pas bien le de français (bien qu’il soit né ici ou ait passé plus de vingt ans au Québec).

    Les enfants, plus souvent qu’autrement, portent des prénoms anglais. Ils s’expriment davantage en anglais qu’en français et, après leurs études secondaires, fréquentent les institutions de langue anglaise. Ils se préparent un avenir en anglais qui est aussi celui du Québec qui s’en vient.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 24 septembre 2010 08 h 29

    Cinq sur treize!

    Presqu'un Anglo sur deux au Québec n'est pas un Anglo (lire quelqu'un qui a l'anglais comme langue maternelle) mais tout simplement un immigrant, venu de l'Inde, de Chine, de Russie, de Grèce, d'Égypte, d'Irak, de Jamaique, de Corée, du Nigéria, des Philippines qui a choisi l'anglais plutot que le français.
    Comment un petit peuple de 6 millions de Francophones, qui se bat pour survivre dans un continent de 300 millions d'Anglophones, peut se permettre pareille humiliation suicidaire?

    Québec

  • jocelyne53 - Inscrit 24 septembre 2010 10 h 00

    C'est toujours la même histoire !

    @ Caroline Moreno, vous relevez un fait récurrent et dangereux avec les Francophones que jamais un Anglophones ne ferait, c'est-à-dire, parler en français pour plaire à un Francophone. Ce n'est pas de la tolérance mais de la complaisance, du laxisme et un grand manque de confiance en soi. Quand un peuple ne fait pas respecter il sert de paillasson à tout le monde. Et malheureusement, les Français en sont un exemple avec tous leurs problèmes sociaux-économiques sans parler de toutes les violences qui nourrissent leur quotidien.