Affaire Villanueva - La SQ a tardé à entendre un témoin clé

Le policier qui a recueilli les premières paroles de Jean-Loup Lapointe après la fusillade de Montréal-Nord, René Bellemare, a attendu plus de deux mois avant que les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) se décident finalement à recueillir sa déclaration écrite.

Le sergent René Bellemare était le superviseur du poste de quartier 39 lorsque Jean-Loup Lapointe a abattu Fredy Villanueva, le 9 août 2008 à Montréal-Nord. Il a été le premier à arriver sur les lieux du drame. De 20 à 25 personnes criaient leur indignation et leur incompréhension; le sergent Bellemare a eu l'impression d'être «au Vietnam».

L'agent Lapointe s'est expliqué à M. Bellemare, son supérieur immédiat. Quatre petites phrases que le sergent n'a pas oubliées. «René, on était là pour un RM [un règlement municipal], on était encerclé, on a été au sol et ç'a tiré.» La suite est plus confuse.

M. Bellemare est resté sur les lieux jusqu'aux petites heures du matin, en croyant que des enquêteurs viendraient le rencontrer. C'est en octobre, à son retour d'un congé de maladie, que la SQ a finalement sollicité une déclaration écrite de sa part.

Dès son arrivée sur les lieux, dans la soirée du 9 août, M. Bellemare a rapporté, au téléphone et en personne, les paroles de Jean-Loup Lapointe à des enquêteurs du Service de police de Montréal (SPVM). Il leur a aussi transmis une information selon laquelle l'agent Lapointe avait été pris à la gorge.

Les notes et rapports produits par Lucie Venne, Sylvie Martel, Claude Marchand et Mario Gauthier, tous quatre du SPVM, donnent une autre couleur à l'incident. Selon ces documents, Jean-Loup Lapointe et sa coéquipière ont été encerclés par une vingtaine de jeunes, projetés au sol et étranglés. Lapointe a dû riposter pour sauver sa vie et celle de sa partenaire. C'est d'ailleurs la version qu'a retenue le SPVM, dans son communiqué officiel diffusé dans la soirée du 9 août.

Les quatre enquêteurs du SPVM attribuent en substance à René Bellemare ce compte rendu des faits qui ne colle pas à la réalité. «Je n'ai pas dit le mot "étranglé"», s'est défendu René Bellemare. «J'ai tout le temps dit "pris à la gorge"», a-t-il ajouté.

M. Bellemare suppose que les enquêteurs lui ont attribué à tort des propos qu'il n'a pas tenus, en faisant l'amalgame des nombreux renseignements qu'ils ont recueillis durant les premières heures de l'enquête.

Son témoignage reprendra lundi prochain.