Les oiseaux de papier de la Maison du Père

Les hommes de la Maison du Père ont fait 2000 de ces oiseaux colorés, qu’ils distribuaient hier gratuitement aux passants. Sur la photo: Magnolia, porte-parole du collectif Deux ailes, et un passant, Marcel Paillé.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les hommes de la Maison du Père ont fait 2000 de ces oiseaux colorés, qu’ils distribuaient hier gratuitement aux passants. Sur la photo: Magnolia, porte-parole du collectif Deux ailes, et un passant, Marcel Paillé.

Une fois par deux semaines depuis le printemps, Nadine Boucher, bénévole pour le collectif Deux ailes, se présentait à la Maison du Père pour faire faire des oiseaux de papier en origami aux itinérants et aux résidants de l'endroit.

De séance en séance, les hommes de la Maison du Père ont fait 2000 de ces oiseaux colorés, qu'ils distribuaient hier gratuitement aux passants, place Émilie-Gamelin à Montréal.

«Les passants ne croyaient pas qu'on voulait leur donner des choses, racontait hier Manon Dubois, directrice du développement et des communications à la Maison du Père. Ils se sauvaient quand ils voyaient les itinérants arriver.»

À 42 ans, Dany dit fréquenter la rue et la Maison du Père depuis plus de dix ans, lui qui a pourtant des cartes lui permettant de travailler comme opérateur de machinerie lourde. Sa faiblesse? La cocaïne qu'il s'injecte, et qu'il paye de 100 à 150 dollars par jour. Des rechutes qui lui coûtent cher et qui l'empêchent de garder un emploi plus de six ou neuf mois.

Rajeunissement

«Mais là, il faut que ça change, dit-il. Sans ça, je vais mourir.»

Depuis dix ou quinze ans, l'âge moyen des itinérants qui fréquentent la Maison du Père est passé de 55 à 37 ans, explique André Leroux, coordonnateur de la maison. C'est une clientèle affectée par le manque flagrant de ressources en santé mentale, les drogues de plus en plus dures qui précipitent rapidement leur consommateur dans la rue, les problèmes de jeu et le manque de logements sociaux. Les personnes souffrant de problèmes mentaux n'ont plus de services, constate encore Manon Dubois: «Il y a un énorme travail à faire. Si, à la Maison du Père, on pouvait avoir un suivi offert par des personnes bien informées sur la médication qu'il leur faut», ce serait déjà beaucoup.

Même l'hôpital Saint-Luc de Montréal, bien au fait des problématiques de l'itinérance, a coupé dans les suivis, dit-elle. «Ils pensent que parce qu'ils leur trouvent un logement, le problème est réglé. Mais s'il n'y a pas de suivi, le problème n'est pas réglé», dit Mme Dubois.

En attendant, les habitués de la rue vagabondent de refuge en refuge. «Quand on est dans la rue, on est mieux à Montréal, dit Dany. Parce qu'il y a des ressources. En banlieue, c'est vraiment très difficile.» Et puis, une fois par deux semaines, ils peuvent apprendre, à la Maison du Père, à se fabriquer une maison de papier...