Deuxième forum social Hoodstock - La tension est encore palpable à Montréal-Nord

La mère de Fredy Vilanueva, Lilian Maribel Madrid Antures, a versé une larme, hier, lors d’une rencontre avec les médias au parc Henri-Bourrassa. Dimanche, une marche commémorative partira de ce parc de Montréal-Nord.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La mère de Fredy Vilanueva, Lilian Maribel Madrid Antures, a versé une larme, hier, lors d’une rencontre avec les médias au parc Henri-Bourrassa. Dimanche, une marche commémorative partira de ce parc de Montréal-Nord.

Presque deux ans après que le jeune Fredy Villanueva fut tombé sous les balles d'un policier à Montréal-Nord, le climat y est toujours tendu, selon l'organisatrice du forum social Hoodstock.

«Le sentiment d'injustice persiste toujours dans le quartier, a remarqué Stéphanie Germain, organisatrice de l'événement et résidante de Montréal-Nord depuis son enfance. C'est pour canaliser dans un événement constructif les sentiments de frustration des gens du quartier qu'on fait Hoodstock», cet événement de discussion qui en sera à sa deuxième édition dimanche, au parc Henri-Bourassa.

Elle donne l'exemple de jeunes qui se sentent surveillés par la police, qui ne se sentent pas les bienvenus, qui se font accuser de flâner dans les parcs. La méfiance des jeunes est palpable dans son entourage.

Ce n'est pas l'opinion de la majorité des citoyens, estime le Service de police de la Montréal, qui est en contact avec plusieurs groupes communautaires. Si la commandante du poste de Montréal-Nord, Sophie Roy, convient que son équipe «n'est pas parfaite», elle croit néanmoins que les agents «sont vraiment à l'écoute». Des activités sont organisées régulièrement entre les jeunes de 14 à 18 ans et les policiers, comme des soupers, des parties de basketball et des collectes de fonds.

Si l'organisatrice de Hoodstock dénonce les préjugés des policiers envers les jeunes de Montréal-Nord, l'événement de dimanche ne sera toutefois pas l'occasion pour eux d'en discuter avec les agents, puisque ces derniers ne sont pas officiellement invités dans le cadre des activités. «On est toujours ouverts [à ce qu'ils viennent], assure Stéphanie Germain. On ne se cache pas dans un souterrain, on sera là, dans un parc.»

À l'horaire figurent entre autres un bilan des audiences publiques sur la mort de Fredy Villanueva fait par la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), le témoignage d'une personne qui a été emprisonnée à Toronto lors du G20 et une discussion sur les droits et libertés des immigrants.

Parcours mystère

Le trajet de la marche qui aura lieu en fin de journée n'est pas dévoilé aux autorités policières cette année. «Nous ne faisons pas suffisamment confiance aux policiers pour leur confier de telles informations», a dit le porte-parole de la CRAP, Alexandre Popovic. À la première édition de Hoodstock, l'an dernier, la CRAP soutient qu'un agent a tenté d'infiltrer l'organisation de l'événement dans le but d'inciter à la casse. Elle a d'ailleurs porté plainte dernièrement au Service de police de la Ville Montréal, qui a ouvert une enquête.

S'il ne peut confirmer s'il y avait ou non un agent en civil ce jour-là, le sergent Ian Lafrenière assure qu'«agent provocateur» «n'est pas une fonction qui existe. On prend toutes les mesures nécessaires pour que les marches se déroulent bien et ça inclut dans certains cas d'avoir des policiers en civil. On se bat pour les protéger». Il espère d'ailleurs recevoir l'itinéraire de la marche avant dimanche. «Qui va fermer les rues sinon?»

Le parc Henri-Bourrassa sera symboliquement rebaptisé dimanche à la mémoire de Fredy Villanueva. «La mort de Fredy Villanueva a été un événement historique pour Montréal-Nord et le Québec, estime Stéphanie Germain. [...] C'est une façon d'écrire l'histoire puisque se faisant, le Québec reconnaîtra ses multiples visages.»

L'an dernier, un peu moins de 300 personnes ont participé à Hoodstock, qui s'est déroulé généralement dans le calme.