Lockout des débardeurs

Le syndicat des débardeurs et l’Association des employeurs maritimes ne sont pas parvenus à s’entendre sur une liste d’activités à maintenir afin de prévenir des risques imminents et graves pour la sécurité ou la santé du public.
Photo: - Le Devoir Le syndicat des débardeurs et l’Association des employeurs maritimes ne sont pas parvenus à s’entendre sur une liste d’activités à maintenir afin de prévenir des risques imminents et graves pour la sécurité ou la santé du public.

Se refusant toujours à forcer la reprise des activités au port de Montréal au moyen d'une loi spéciale, le gouvernement fédéral a chargé, hier, le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) d'analyser les opérations à maintenir durant le lockout.

«Nous devons nous assurer que la santé et la sécurité du public ne sont pas menacées. J'ai donc demandé au Conseil d'examiner la question du maintien des activités au port de Montréal», a affirmé la ministre du Travail, Lisa Raitt, plus de 72 heures après le début lockout.

La décision de son ministère fait «en partie» suite aux préoccupations exprimées à l'égard de l'acheminement de marchandises à Terre-Neuve-et-Labrador. Le ministre terre-neuvien des Transports, Tom Hedderson, avait fait part, plus tôt cette semaine, de ses craintes concernant l'approvisionnement de la province en denrées alimentaires et en fournitures médicales à la suite de la fermeture du port de Montréal.

Le syndicat des débardeurs et l'Association des employeurs maritimes (AEM) n'étant pas arrivés à s'entendre sur une liste d'activités «à maintenir afin de prévenir des risques imminents et graves pour la sécurité ou la santé du public», le CCRI l'établira. Les deux parties sont toutefois convoquées à un premier face à face samedi.

D'ici là, le syndicat et l'employeur doivent se rencontrer aujourd'hui et demain en présence d'un médiateur fédéral.

L'AEM est disposée à mettre fin au lockout dès que «le syndicat prendra l'engagement qu'il n'y aura pas de moyens de pression exercés pendant une période de temps suffisamment longue», a répété hier le porte-parole de l'employeur, Gilles Corriveau. «Si l'employeur est sérieux dans ses déclarations en faveur d'un règlement rapide du conflit, il doit rouvrir sans délai les installations portuaires et répondre immédiatement à cette invitation à négocier», a quant à lui déclaré le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Michel Arsenault, par voie de communiqué.

Un service essentiel

Toutes les activités au port de Montréal doivent reprendre sans tarder, a fait valoir hier le Conseil du patronat du Québec (CPQ). «Je parle en termes de journées, voire d'heures, et non pas de semaines», a déclaré le président du regroupement, Yves-Thomas Dorval, faisant une entorse à la règle voulant que le CPQ s'abstienne de tout commentaire sur un conflit de travail en cours. «Le temps presse», a-t-il ajouté, flanqué de deux représentants du «Québec inc.».

«L'économie du Québec est touchée fortement», a martelé M. Dorval. «Vous avez des entreprises qui ont vécu beaucoup de difficultés pendant la crise économique et là, ils voient un nouvel obstacle à l'horizon.»

L'«incertitude» qui pèse lourdement sur le milieu des affaires doit être dissipée, selon lui.

Le chef du CPQ a souligné à grands traits que la quasi-totalité des marchandises importées au Québec — soit 90 % — est acheminée au port de Montréal.

Le gouvernement fédéral doit comprendre qu'il s'agit d'un «service essentiel», a-t-il fait valoir. Le conflit de travail flétrit la réputation du port de Montréal.

«Réclamez-vous une loi spéciale [ce à quoi s'oppose vigoureusement le syndicat des débardeurs]?» a lancé un journaliste. «Il peut s'agir d'une loi spéciale, même si je ne suis pas un supporteur de la loi spéciale, mais je préfère que la ministre du Travail réponde à cette question», a répondu Yves-Thomas Dorval.

«La fin justifie les moyens: débrouillez-vous, entendez-vous. Que ça soit: conciliateur, loi spéciale, ultimement, ce que 99 % des entreprises qui ont de l'équipement là-bas veulent, c'est que les équipements peuvent continuer à transiger», a poursuivi Hubert Bolduc, vice-président des communications et affaires publiques chez Cascades.

Des projets retardés


L'arrêt des activités au port de Montréal menace un projet d'investissement de 20 millions de dollars dans une usine au Québec de Cascades sur lequel planche la compagnie depuis un an et demi. «La pièce maîtresse de ce projet d'investissement — une machine à papier — est actuellement dans le port de Montréal», a expliqué M. Bolduc.

La compagnie comptait développer de nouveaux produits cet automne, élaborer des stratégies de vente d'ici la fin de l'année et attaquer le marché dès janvier. Mais, aujourd'hui, une cinquantaine d'entrepreneurs, une vingtaine d'ingénieurs ainsi que des employés de plancher font les cent pas. «Si cette pièce maîtresse n'est pas acheminée à nos installations, tout le projet d'investissement doit être retardé», a-t-il fait valoir. «Il y a une "fenêtre marketing" intéressante en 2011 et on voudrait être prêts. Malheureusement, avec le conflit actuel, ça ne sera pas possible si, d'ici deux semaines, on n'est pas capables d'avoir cette pièce maîtresse dans notre machine», a conclu Hubert Bolduc.

Du côté de Dutal, une entreprise qui fabrique et distribue des produit de parfumerie, elle attend de pied ferme une cargaison en provenance de France. Si le lancement des nouveaux produits dans trois chaînes de pharmacies n'a pas lieu durant la première semaine d'août, comme prévu, la PME fera face à une baisse projetée de ses ventes de 200 000 $ par semaine. Et c'est sans faire mention des campagnes publicitaires qui feront la promotion d'articles qui seront indisponibles en magasin. «Les conséquences sont immenses», a dit le président de Dutal, Alain Quintal, persuadé que la boîte qu'il dirige n'est que la «pointe de l'iceberg».

À voir en vidéo