Nouveau-Brunswick - Le français s'affiche et sème la discorde

Drapeaux acadiens
Photo: Yvon Cormier/Source: Congrès mondial acadien Drapeaux acadiens

La Ville de Bathurst a finalement renoncé hier à hisser le drapeau de l'Anglo Society of New Brunswick (ASNB), un groupe pro-anglophone, après une semaine de controverse linguistique. La polémique s'inscrit dans une remise en question du statut de l'égalité linguistique de la province, alors qu'en mai dernier l'adoption de l'arrêté Z-22 faisait de Dieppe, en banlieue de Moncton, la première ville à avoir un affichage bilingue au Nouveau-Brunswick.

Le Front commun pour l'affichage bilingue au Nouveau-Brunswick (FCAB) ne compte pas en rester à cette première victoire et vient de déposer un mémoire auprès de la mairie de Moncton. «Notre province se présente comme le paradis linguistique du Canada, mais elle ne l'est pas encore. Elle va le devenir», se réjouit Jean-Marie Nadeau, président de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick.

À Dieppe, la mesure vise les nouveaux commerces et donne la priorité au français, qui doit se trouver bien en vue sur l'affichage, en haut ou à gauche. Bien que la ville de 18 000 habitants compte 74 % de francophones, la majorité de l'affichage commercial est en anglais. Hormis la loi du marché, il n'y a pas de loi pour empêcher l'utilisation du français, mais la langue du commerce, c'est l'anglais, résume Martin Leblanc-Rioux, porte-parole du FCAB.

Depuis 1969, le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue du Canada. En 1982, l'Assemblée législative adoptait la loi 88 reconnaissant l'égalité des deux communautés linguistiques. «À nous de nous battre pour transformer cette égalité en réalité», pondère aujourd'hui Jean-Marie Nadeau. Les municipalités ont l'obligation de promouvoir les droits égaux des communautés linguistiques, mais, jusqu'à maintenant, le dossier a souffert d'un manque de volonté politique, estime Martin Leblanc-Rioux.

Promouvoir la vitalité publique du français

Pour Rodrigue Landry, doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Moncton, «l'affichage est l'un des meilleurs indicateurs du statut de la vitalité d'une langue». Il avoue cependant ne pas avoir réalisé son importance au quotidien avant de visiter le Québec. «Sans le contraste, les gens tiennent pour acquis que les commerces fonctionnent en anglais.» M. Landry différencie ainsi la réalité privée d'une langue, en famille, de son identité collective et publique: «Vivre en français permet une plus forte identification culturelle.»

Plutôt que de se battre pour imposer l'affichage bilingue dans toute la province, la coalition préfère procéder par petites touches dans les endroits les plus significatifs. Une fois le dossier de Moncton réglé, le FCAB a prévu de s'attaquer aux villes de Campbellton et de Bathurst, dans la région frontalière de la Gaspésie.

Affrontement inédit

La lutte s'annonce corsée. Bathurst est devenue, depuis la semaine passée, le lieu d'un affrontement linguistique inédit, après que le conseil municipal eut accepté, à quatre voix contre deux, la demande de l'ASNB de hisser son drapeau, l'Anglo Flag, le 18 septembre prochain, en l'honneur de la population anglophone. Orné des croix de saint André et de saint Georges, de la feuille d'érable et d'un lion, le drapeau se veut symbolique du Canada anglais.

L'acceptation de la demande du groupe, qui se présente comme une association de défense de la langue et de la culture anglaises, en a surpris plus d'un. Pour Jean-Marie Nadeau, l'Anglo Society est «un groupuscule antifrancophone, opposé au bilinguisme». L'Union Jack flotte déjà à Bathurst, à côté du drapeau acadien, rappelle Martin Leblanc-Rioux. «Nous ne sommes pas antifrançais, mais seulement contre le bilinguisme officiel forcé», précise Matthew Glenn, le président de l'ASNB.

Anne-Marie Grammon, une conseillère municipale francophone, reconnaît avoir reçu plus d'une centaine de courriels de tout le Canada, y compris de la part d'anglophones, qui déploraient la situation. Le choix de la date du 18 septembre n'est pas anodin, puisqu'elle commémore la capitulation de Québec en 1759. Hier, le conseil municipal a finalement décidé, de manière unanime, de revenir sur sa décision et de ne pas hisser les couleurs de l'Anglo Society.
109 commentaires
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 21 juillet 2010 03 h 40

    Groupuscule franchement raciste

    Il faut aller voir les lettre de Matthew Glenn sur le site de l'ASNB (www.asnb.ca) pour voir jusqu'à quel point ce groupe est anti-francophone, contrairement à ce qu'il affirme au Devoir. Dans une lettre, il se plaint que des officiers francophones qui se parlent en français durant le dîner font un affront aux officiers anglophones. Dans une autre, il affirme qu'on devrait stopper l'immigration venant d'Afrique francophone pour empêcher la surcharge du système de santé. Cela frise le ridicule !

    J'aimerais bien que le Devoir creuse ce filon avec la rigueur qu'on lui connaît. Il est probable qu'il s'agit effectivement d'un groupuscule. Mais il se peut aussi que ces délires xénophobes soient partagées par une plus grande partie de la population néo-brunswickoise. Il est tout de même rassurant de voir qu'à la fois des francophones et des anglophones aient dénoncé ce drapeau symbole de haine raciste.

  • François Dugal - Inscrit 21 juillet 2010 07 h 12

    Real canadians

    Real canadians are bilingual, aren't they?

  • robthebuilder - Inscrit 21 juillet 2010 07 h 22

    LE POUVOIR ÉCONOMIQUE

    Il n'y a qu'une façon d'affronter les commerçants qui refusent d'afficher où de vous servir en français ou qui affichent ce drapeau, c'est en refusant d'acheter chez-eux et surtout leur exprimer pourquoi, pour plutôt encourager les commerces où l'on vous respecte. J'ai fait toutes mes études secondaires en anglais avant de revenir au français pour le post-secondaire. Je n'éprouve donc aucune difficulté à m'exprimer en anglais. Je vis à Montréal, et même lorsque j'achète des livres rédigés en anglais dans une librairie anglophone de l'ouest de la ville, si l'employé à la caisse s'adresse à moi en anglais, je lui répond en français. Dans ce cas précis, ce n'est pas de la mauvaise volonté de la part de l'employé, mais plutôt la nature de mes achats qui prête à confusion. Il corrige alors le tir immédiatement. Tenons-nous debout. À 74% de francophones, ces gens détiennent un pouvoir économique certain. Pour citer l'humoriste Louis-Josée Houde, je paie en français, tu me sers en français.

  • Devigor - Abonné 21 juillet 2010 07 h 50

    ASNB : une vraie farce !

    J'appuie fortement les francophones du Nouveau Brunswick dans leurs démarches. Je connais très bien la province et les maritimes en général. Quand je me rend à Moncton ou à Bathurst par exemple, bien que parfaitement bilingue, je me fais un devoir de parler en français dans les commerces en restaurants. Il n'est pas normal que le commerce se passe en anglais dans des régions où le pourcentage de francophone est si élevé. Comme francophone, nous devons être solidaires pour conserver notre langue, sans compter qu'une large part des francophones du Québec ont des origines acadiennes.

    Pour ce qui est du ASNB, parler d'eux n'est qu'une dépense inutile de salive et d'énergie.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 21 juillet 2010 07 h 54

    À quoi peut-on s`attendre au Nouveau-Brunswick dit bilingue

    Ça prenait Jean Chrétien pour en faire un plat et prétendre à l`égalité des chances pour les francophones au Nouveau Brunswick. La réalité est tout autre. Les suprémacistes, loyalistes et autres anglophones irréductibles feront tout pour faire que les Acadiens doivent s`assimiler. On a voulu cesser la commission des écoles francophones, puis on s`est attaqué aux hôpitaux francophones pour former des groupes bilingues. L`intention étant d`infiltrer les groupes francophones pour imposer une présence anglophone aux tables de décisions budgétaires et forcer l`anglais lors des discussions. Et on prétend à l`égalité des chances. C`est ça le Canada fédéraliste corrompu.