Pas facile d'attirer les Chinois, les Indiens et tous les autres...

Québec — Entre les puissances du tourisme, la compétition est féroce. Défavorisés par la géographie, le Canada et le Québec doivent batailler dur pour tirer leur épingle du jeu. À Québec, on préfère plutôt miser sur les valeurs sûres.

Les acteurs de l'industrie touristique québécoise s'entendent pour dire que le Québec devra faire plus d'efforts pour séduire les touristes chinois, maintenant que le Canada a obtenu le statut de destination «autorisée» par Pékin. Cette entente signifie notamment que le Canada pourra y commercialiser ses produits et services touristiques, en plus de permettre aux agences de voyages chinoises d'organiser des voyages de groupe.

Optimiste, le Conference Board du Canada prévoit que les visites de touristes chinois au Canada devraient augmenter de 50 % au cours des cinq prochaines années.

Au Canada, la Commission canadienne du tourisme (CCT) a été très proactive dans le développement des marchés indiens et chinois. À l'automne, le Canada fera l'objet d'un important salon de réseautage à Pékin, où on souhaite mettre en contact fournisseurs canadiens et acheteurs de Chine, de l'Inde, du Japon et de la Corée du Sud.

Pour attirer les Indiens, on a opté pour une approche particulièrement originale en nommant la star bollywoodienne Akshay Kumar ambassadeur spécial de la CCT jusqu'en 2012. Dévoilé à la fin juin, ce partenariat prévoit que l'acteur participe à des «voyages de familiarisation» à la grandeur du territoire qui seront filmés et diffusés dans les médias indiens et sur la blogosphère.

Pour le Canada, le défi est très grand. Comme l'explique un rapport de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) paru en 2006, les touristes asiatiques privilégient de plus en plus les voyages courts et fréquents. Ils ont aussi tendance à ne pas aller pas trop loin et de recourir aux petites compagnies aériennes au rabais. Les enseignements de Confucius les mettent en garde: «Ne voyagez pas en des lieux éloignés quand vos parents sont en vie.»

Dans ce contexte, quels pays ont le plus de chances de ramasser les touristes du BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine)? D'abord, les voisins des BRIC... Pour que le Québec puisse tirer profit de cette manne annoncée, Michel Archambault, titulaire de chaire de tourisme Transat à l'UQAM, plaide pour l'établissement d'un «système de veille» qui permettrait de suivre les tendances lourdes en matière de tourisme dans les pays émergents, surtout en Chine. Le pays, rappelle-t-il, «sera le premier marché émetteur de touristes d'ici 10 ans». Directeur général des Associations touristiques régionales associées du Québec, Louis Rome souligne toutefois que ce sont essentiellement les villes comme Montréal et Québec qui ont le potentiel d'attirer les Chinois.

La ministre du Tourisme, Nicole Ménard, assure que le gouvernement Charest est attentif aux possibilités qui se développent du côté du pays le plus peuplé de la planète. Québec songe d'ailleurs à ouvrir un bureau à Beijing qui se consacrerait à la promotion touristique pour la Chine et la Corée du Sud. Mais il n'y a pas de plans plus précis pour le moment.

À Québec, par exemple, on préfère plutôt miser sur des valeurs sûres. «On peut difficilement attirer des gens de l'Inde par exemple», soutient Gilles Proulx de l'Office du tourisme de Québec. Portée par les effets du 400e et une économie en santé, la capitale a moins pâti que le reste du Québec du ralentissement dans le secteur touristique.

Or, comme l'explique M. Proulx, la ville le doit d'abord à ses propres voisins. «Si on vise trop loin, on risque d'oublier que notre pain et notre beurre sont à nos portes. [...] Les deux tiers de notre marché viennent du Québec; les trois quarts du Canada et les États-Unis demeurent le marché prioritaire pour nous.»

D'où viennent les foules de spectateurs du Moulin à images et du spectacle permanent du Cirque du Soleil? D'abord du Québec, souligne-t-on. Selon les données fournies par la Ville de Québec, moins de 10 % des spectateurs du Moulin 2009 venaient de l'extérieur du Québec.

Pour des raisons purement géographiques, le Brésil et ses voisins latino-américains (le Mexique en particulier) sont des cibles plus réalistes, dit-il. Pour rejoindre l'Asie, l'Office, qui joue avec un budget de marketing de 12,8 millions par an, lorgne d'abord du côté de la diaspora chinoise de Toronto, ajoute-t-il.

Car la clé réside dans les transits aériens, selon lui. «On perd beaucoup de clientèle potentielle quand il y a plus d'une escale.» En misant sur des vols directs vers de plus grandes villes nord-américaines comme Toronto ou Chicago, Québec peut penser raccourcir la distance qui la sépare des pays du BRIC. M. Proulx est d'ailleurs convaincu que les plus grands atouts de Québec comme destination touristique internationale résident dans l'arrivée de nouveaux vols directs à l'aéroport Jean-Lesage et le développement du terminal des croisières dans le port.

Contrairement à la tendance des destinations touristiques à se spécialiser dans un créneau en particulier, la ville de Québec mise toujours sur la diversité de son offre: culture, patrimoine, plein air, festivals, etc. «L'idée, c'est qu'il y a toujours quelque chose à faire à Québec. À tel point que les gens doivent revenir pour tout faire.»

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