Le filon du plein air reste à développer

Québec — Avec ses fameux grands espaces, le Québec semble en bonne posture pour exploiter le créneau prometteur du plein air. Or tout n'est pas aussi simple et nos grands espaces ne sont pas si faciles à vendre.

Le profil des touristes change. Pour séduire le voyageur de 2010, on ne vend plus des destinations, mais des expériences. Du dépaysement dans le confort, de l'intensité contrôlée.

Un rapport de l'Organisation mondiale du tourisme sur l'Asie paru en 2006 décrit bien cette tendance. Le voyage se fonde de plus en plus sur l'activité, plutôt que sur la destination, explique-t-il en essence. «Cette transformation force les destinations à développer des activités uniques.»

Les voyageurs veulent vivre quelque chose d'intense, d'unique, de ciblé: congrès, escapades santé (spas, centre de repos, chirurgie plastique!), tourisme religieux, croisières, escapades en plein air et tourisme d'aventures.

Le créneau du plein air suscite un intérêt grandissant, observe la rédactrice du magazine Géo Plein Air, Nathalie Schneider. «Les gens sont en quête d'expériences, de "tourisme actif". Les petits groupes qui partent en cyclotourisme au Costa Rica ou en randonnée en Toscane, on voit ça de plus en plus.»

Et les maniaques de plein air n'ont cure de la distance et sont prêts à se rendre au bout du monde. Le désavantage géographique du Québec (voir autre texte) serait dès lors compensé. «La meilleure preuve de cela, ce sont tous ces Japonais qui viennent dans le nord du Canada pour voir des aurores boréales!»

Malheureusement, le créneau du plein air est loin d'être exploité à son plein potentiel, selon Mme Schneider. «Il y a tellement de choses à faire! Et en plus, on a la chance d'avoir deux saisons très contrastées.»

Or le secteur manque d'organisation et de moyens, déplore-t-elle. À tel point que, même les Québécois n'ont pas conscience de tout ce qui est offert. «La plupart des petites compagnies de plein air ont de la difficulté à joindre les deux bouts.» Non seulement c'est un travail saisonnier avec tout ce que cela impose comme contraintes financières, mais les coûts sont élevés. «Les compagnies qui offrent des promenades en traîneau à chiens, par exemple, doivent souvent embaucher des guides à fort prix pour offrir un service de qualité. Elles n'ont pour la plupart pas les moyens de faire beaucoup de publicité.»

«Il faut qu'on établisse de hauts standards au Québec en matière de plein air. À l'heure actuelle, il n'existe pas de programme de formation dans le domaine et n'importe qui peut s'improviser guide de plein air. Ce n'est pas bon pour l'industrie. Dans l'Ouest canadien, par exemple, les guides de montagne sont obligés d'avoir des formations.»

Dur, dur de vendre l'hiver aux États-Unis

Et le tourisme hivernal demeure problématique. «C'est bien beau de vouloir vendre l'hiver aux Français et aux Japonais, mais il faudrait commencer par le vendre aux Québécois! Chaque année, je suis consternée de voir à quel point tout est fermé en janvier, sauf les stations de ski.»

Par ailleurs, d'après Gilles Proulx, de l'Office du tourisme de Québec, le marketing effectué ces dernières années pour vendre l'hiver aux Américains a été peu concluant. «Les efforts sont plutôt mitigés. On a donc décidé d'aligner davantage nos ressources sur l'été.»

Pour vendre l'hiver québécois, on avait notamment misé sur des campagnes de publicité dans des quotidiens du New Jersey et à New York et on avait recouru au marketing sur le Web.

Tout en insistant sur le fait qu'il n'existe pas de «touriste américain type», par exemple, M. Proulx remarque que, contrairement aux Européens, les Américains sont généralement moins attirés par nos «grands espaces» puisqu'ils en ont eux-mêmes.

Mme Schneider constate toutefois avec un certain agacement qu'on continue de vendre aux Français le modèle de «ma cabane au Canada».

Une cabane que les touristes souhaitent de plus en plus confortable, observe-t-elle. «Les gens veulent une expérience très encadrée. Ils veulent faire de petites excursions d'une heure ou deux, observer le milieu, comme une petite sortie en raquettes pour regarder les oiseaux. On assiste aussi au développement du plein air confortable, avec une excursion en journée et l'accès au spa et à une bonne table à l'auberge le soir.»

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