La méthode Black Bloc

Les cibles du Black Bloc ne sont pas choisies au hasard.<br />
Photo: François Pesant Les cibles du Black Bloc ne sont pas choisies au hasard.

Les militants tout de noir vêtus du Black Bloc qui ont causé du grabuge et vandalisé une partie du centre-ville de Toronto lors du G20 ne sont pas uniquement des jeunes qui se cherchent un prétexte pour tout détruire, expliquent des experts de ce mouvement extrême.

Il y a une philosophie et une méthode Black Bloc, même si on est loin du groupe bien organisé souvent décrit par la police.

À chaque sommet d'importance qui réunit les puissants du monde, des militants du Black Bloc lancent sur Internet «un appel à créer un Black Bloc», souvent dans les réseaux anarchistes. Lors de la manifestation, leur habillement noir et leurs visages masqués les aident à se reconnaître. Le groupe prend forme dans la manifestation pacifique et, à un certain moment, il se détache et s'éloigne pour aller causer du grabuge. Le groupe se dissout dès la fin de la manifestation. Il n'y a pas de structure ou de leaders.

Et les cibles du Black Bloc ne sont pas choisies au hasard. À Toronto, dans la rue Queen, une librairie indépendante n'a eu aucun dommage alors qu'à ses côtés, les banques, les McDonald's, les boutiques Nike et autres American Apparel ont subi les foudres des casseurs.

«On peut être contre le vandalisme et leurs actions, mais on ne peut pas nier qu'ils agissent selon une logique. Ils s'attaquent à des symboles du système, notamment le capitalisme et ses excès», explique le politologue Francis Dupuis-Déri, auteur du livre Les Black Blocs (Lux, 2007).

Autre code: jamais ils ne s'attaquent à d'autres manifestants. De plus, les armes de prédilection contre les commerces sont des roches, des briques, des pavés... aucune arme blanche ou fusil n'est utilisé.

Naissance en Allemagne


Le terme «Black Bloc» a été inventé par la police allemande au début des années 80, alors que Berlin-Ouest était rempli de squats politiques des mouvements d'extrême gauche. Lorsque la police a voulu déloger les squatteurs, certains ont répliqué par des actions violentes et se sont constitués en petits groupes vêtus de noir.

Le Black Bloc est entré dans le mouvement antimondialisation en 1999, lors du sommet de Seattle. Depuis, il est de tous les grands rendez-vous, avec des degrés d'engagement qui varient. «Ça dépend des militants qui se mobilisent, certains sont plus extrêmes que d'autres», dit Francis Dupuis-Déri.

Le Black Bloc s'inscrit dans l'idéologie du mouvement anarchiste et la violence comporte une dimension politique, comme l'explique Isabelle Sommier, spécialiste française des mouvements d'extrême gauche et auteure de La Violence révolutionnaire (Les Presses de Sciences Po, 2008). «L'objectif n'est pas de conquérir le pouvoir, mais de libérer momentanément l'espace du contrôle de l'État», a-t-elle dit au site Internet Rue89.

Les militants cherchent à attirer l'attention. «Ce qui prime, c'est l'action, les Black Blocs se greffent aux manifestations car ce sont des opportunités d'agir», indique Isabelle Sommier. Francis Dupuis-Déri soutient que la visibilité des casseurs est plus forte que s'ils tenaient simplement une pancarte. «Les médias aiment l'action, alors ça marche.» Il convient toutefois que le message est souvent mal compris ou discrédité en raison de la violence qui accompagne la lutte.
4 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 3 juillet 2010 09 h 59

    Bon, admettons que les blac bloc sont des anarchistes.

    Il reste tout de même que les policiers en ont pour leur argent (j'allais écrire "agent") avec la méthode des Black bloc. Les Black bloc sont tout de noir vêtu. Imaginons un monde idéal! Les manifestants pacifiques s'unissent aux policiers pour circonscrire les Black bloc afin que les vrais manifestants fassent entendre leurs voix démocratiques.

    Ces sommets sont au fond plus économique que politique. Mais la répercussion de ces sommets est plus politique qu'économique. Cela, les politiciens le savent. Ces sommets sont comme un mode de transition pour faire passer prioritairement l'économie capitaliste avant le politique.

    Simplifions un peu! Il y a les jeunes qui manifestent lors de ces sommets et qui sont connectés à leurs propres réalités. Et il y a les plus âgés qui, eux, sont lus connectés passivement aux réalités du système capitaliste et qui ne manifestent pas.

    L'histoire économique fait que les plus âgés ont pu profité du système capitaliste. Mais le présent fait que le système capitaliste est en train de déraper et, cela, les jeunes le savent, le sentent surtout. à cela s'ajoute le fait que nos dirigeants voyagent sur un vaisseau d'or hérité d leurs parents ou acquis au fil du temps à force de travail.

    La question doit se poser: Les jeunes d,aujourd'hui auront-ils les mêmes opportunités que les plus âgés tout au long de leur vie? quant à moi, je n'en suis pas certain! D'autant plus que ces sommets n'ont pas un caractère social, mais beaucoup plus des rencontres pour étendre les tentacules du Marché sur la planète. Donc, il y a les jeunes qui vivent de l' insécurité, mais il y a aussi les plus âgés qui sont rester jeunes de nature et qui vivent la même chose qu'eux, par empathie.

  • France Marcotte - Inscrite 4 juillet 2010 08 h 52

    Une limite

    Je remarque une chose. Les articles qui parlent directement de grabuge ou de violence ayant une dimension politique évidente sont très peu commentés ou avec beaucoup de réserve. On voit très distinctement où s'arrête la liberté d'expression. Si on ne se sentait pas épié, si la peur des représailles n'était pas présente, il serait intéressant de savoir ce que les gens pensent réellement de tout cela. Salutations aux agents de la SCRS...

  • Gaétan Sirois - Abonné 5 juillet 2010 11 h 12

    Interditction de manifester

    Il devrait être interdit de manifester masqué, il me semble que c'est le simple bon sens. Autrment à quoi bon manifester, si on ne veut pas montrer son visage. Peur d'être repérer???.
    Manifestons à visage découvert sans intentions malveillantes.
    Mbotemingi

  • Nelson - Inscrit 7 juillet 2010 23 h 51

    DES ENFANTS POQUÉS QUE FRAPPENT LEURS PARENTS DE FAÇON TRANSFÉRENCIEL ET SYMBOLIQUE

    DES CASSEURS QU'ONT ÉTÉ CASSÉS, DES VANDALES QU'ONT ÉTÉ VANDALISÉS, DES DESTRUCTEURS QU'ONT ÉTÉ DETRUITS, DES VIOLENTS VIOLENTÉS, DES BLAC BLOC NOIRCIS ET BLOQUÉS DANS LEURS ENFANCES.

    RIEN N'EXPLIQUE CASER DES VITRINES ET JETTER DES PIERRES ET DES COCKTEILS MOLOTOVS AUX AGENTS DE LA PAIX, SAUF QUE CES PAUVRES JEUNES POQUÉS ONT ÉTÉ VICTIMES DES ABUS ET NEGLIGEANCE AFFECTIVE, MORAL ET MATERIEL DE LA PART DE LEURS PARENTS.