Collusion et corruption dans l'industrie de la construction - John Gomery appelle les ingénieurs à la délation

Pour réussir à faire le grand ménage dans l'industrie de la construction, où des allégations de collusion et de corruption impliquant les firmes de génie-conseil fusent depuis des mois, les ingénieurs doivent agir comme délateurs, croit le juge à la retraite John Gomery.

«Les enquêtes policières vont prendre des décennies avant d'aboutir. Les ingénieurs ont un devoir déontologique de dénoncer les problèmes. La solution est entre leurs mains. Ce n'est pas une solution possible, mais obligatoire», a déclaré au Devoir John Gomery.

Le président du Conseil de presse du Québec et ancien juge ayant présidé la désormais célèbre commission d'enquête sur le scandale des commandites, souhaite réveiller le sens éthique des ingénieurs, dont l'image de gens respectables est écorchée. Il prendra la parole aujourd'hui au colloque annuel de l'Ordre des ingénieurs, qui se déroule à Gatineau.

Pour l'occasion, John Gomery entend rappeler les règles du Code de déontologie des ingénieurs. La transparence est au coeur de l'action professionnelle des ingénieurs, souligne l'homme qui a plus de 50 ans de pratique du droit derrière lui. «L'ingénieur a une obligation de transparence envers son client. S'il y a des problèmes, il doit les dénoncer. Il doit agir comme délateur», souligne-t-il. Selon lui, si tous les ingénieurs respectaient le code de déontologie à la lettre, «on n'aurait plus besoin de la police ni des tribunaux».

Les ingénieurs préoccupés


En décembre dernier, le Réseau des ingénieurs du Québec a mené un sondage auprès de ses membres compte tenu du doute soulevé sur la probité de la profession. Les résultats ont démontré l'ampleur de la préoccupation d'une majorité d'ingénieurs. Ainsi, 73 % des répondants ont «déclaré avoir été témoins directs ou avoir entendu parler de cas de favoritisme dans la construction». Du coup, le Réseau des ingénieurs a réclamé une enquête publique afin que la profession d'ingénieurs retrouve la confiance du public.

«Si j'étais ingénieur, je serais un peu inquiet, laisse tomber John Gomery. Le favoritisme, c'est un comportement illégal dans l'attribution de contrats. Je m'interroge à savoir si les ingénieurs ont dénoncé les faits auprès de l'Ordre et, si oui, est-ce que le syndic a agi?»

Selon ce dernier, la population a «un appétit extraordinaire pour la vérité», comme il a pu le constater à la tête de la commission sur le scandale des commandites. «Enfin, les gens pouvaient savoir ce qui s'est réellement passé. Ce concept de transparence est devenu une norme. L'Ordre des ingénieurs doit s'y habituer parce que ça ne disparaîtra pas. On veut savoir. C'est vrai par rapport au gouvernement, aux sociétés d'État comme Hydro-Québec, mais aussi pour les corporations et les ordres professionnels», soutient M. Gomery.

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