Enquête sur la mort de Fredy Villanueva - Sagor-Metellus a un trou de mémoire de sept jours

Jeffrey Sagor-Metellus a un trou de mémoire béant. Il n'a pas le moindre souvenir de la semaine qu'il a passée à l'hôpital après avoir été blessé par le policier Jean-Loup Lapointe.

Les visites de sa mère, de ses amis, de sa parenté? «Je ne m'en souviens pas», a-t-il répété ad nauseam hier, à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva.

S'il faut en croire le témoin, sa mémoire a complètement flanché après qu'il a été pris en charge par les ambulanciers dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa, le 9 août 2008, après avoir reçu une balle dans un rein tirée par l'agent Lapointe. Il a retrouvé sa mémoire seulement à son retour à la maison, le 17 août, après avoir reçu son congé de l'hôpital.

Rien de ce séjour à l'hôpital ne subsiste dans son esprit, pas même d'avoir chahuté des membres du personnel lorsqu'il a été privé de téléviseur lors d'un changement de chambre.

Dans cette lignée, Sagor-Metellus rejette en bloc la déclaration qu'il a faite à la Sûreté du Québec (SQ), alors qu'il était sous sédation sur son lit d'hôpital. Il ne garde aucun souvenir d'avoir livré à la SQ une description de l'opération qui a coûté la vie à Fredy Villanueva compatible avec celle de l'agent Jean-Loup Lapointe.

Dans sa version écrite, Sagor-Metellus affirme que Fredy Villanueva s'est avancé et qu'il a saisi son frère Dany et le policier Lapointe par le collet pour tenter de les séparer. À l'enquête du coroner, il affirme au contraire que personne n'a touché à Lapointe avant qu'il n'ouvre le feu pour faire un mort et deux blessés.

Les avocats des policiers ont jugé frustrante cette amnésie sélective de la part du témoin. D'autant plus que des extraits de son rapport médical, mis en preuve hier, confirment que Sagor-Metellus semblait éveillé et alerte le 10 août, le jour où les policiers de la SQ l'ont interrogé.

Sagor-Metellus a semblé excédé par son contre-interrogatoire par moments, refusant de répondre à des questions ou de parcourir un document visant à lui rafraîchir la mémoire. «Ça ne me tente pas de le lire maintenant», a-t-il dit.

Sagor-Metellus a enfin écorché davantage la réputation de l'agent Lapointe en réitérant qu'il avait une réputation «d'emmerdeur» à Montréal-Nord. Il lui a reproché d'avoir cherché, avant le 9 août 2008, toutes sortes d'astuces pour lui donner des contraventions, avec le résultat qu'il se sentait «harcelé».

Selon les dires de Sagor-Metellus, Jean-Loup Lapointe et d'autres policiers de Montréal-Nord avaient l'habitude d'arrêter des jeunes sans raison dans le quartier et de les relâcher quelques minutes plus tard sans porter d'accusations, après les avoir abreuvés d'insultes dans leur voiture de patrouille.
2 commentaires
  • Normand Chaput - Inscrit 2 juin 2010 05 h 47

    la valeur du serment

    Il faudrait expliquer à ce jeune homme la valeur du serment et ce qu'il en coûte de ne pas dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. A la rigueur, se moquer de la police ça fait mal et on risque de se retrouver à l'hôpital. Se moquer de la justice en plus devrait normalement faire encore plus mal.

  • Claude Archambault - Inscrit 2 juin 2010 09 h 04

    M Chaput

    Nous avons affaire à un petit incompris, mais qui comprend très bien qu'ici dans notre société distinct du Québec, on ne crois pas à la punition et à la responsabilisation. Ici on crois à la culpabilisation de la société, à la réhabilitation à tout pris coute que coute.

    Notre petit vaurien sait qu'il n'y aura pas de conséquence à son parjure.