Tranches de vie à l'haïtienne en plein coeur du quartier Saint-Michel

Pendant la visite Il était une fois Haïti, les curieux visitent la Foire des Antilles, un marché d’alimentation haïtien du boulevard Saint-Michel, où l’on sert du griot, viande de porc préparée,  et des bananes plantain vertes et jaunes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pendant la visite Il était une fois Haïti, les curieux visitent la Foire des Antilles, un marché d’alimentation haïtien du boulevard Saint-Michel, où l’on sert du griot, viande de porc préparée, et des bananes plantain vertes et jaunes.

Chaque dimanche, à l'église protestante du Nazaréen de Saint-Michel de la 9e avenue, la population, largement haïtienne, du quartier, chante et danse sur des rythmes créoles. Lorsque les croyants, adultes, considèrent qu'ils sont prêts pour le baptême, le célébrant les invite à s'immerger complètement dans l'eau, dans une petite piscine creusée sous le sol de l'église.

C'est ce qu'apprenaient, entre autres choses, samedi dernier, les participants à une nouvelle activité organisée par le groupe Amarrages sans frontières, qui se spécialise dans le tourisme portant sur les différentes communautés culturelles de Montréal.

Animée par la journaliste Stéphanie Casimir, la visite, que l'on a nommée Il était une fois Haïti, propose une incursion dans l'univers culturel haïtien, trop souvent méconnu des Montréalais, bien que la ville abrite une population d'origine haïtienne de quelque 160 000 âmes, et ce, si l'on s'en tient seulement aux chiffres officiels.

Du lot, quelque 70 % pratiquent la religion catholique, environ 20 % sont de confession protestante. Enfin, 99 % fréquentent le culte vaudou, lance en souriant Stéphanie Casimir. On le sait, depuis quelque temps, les pratiquants du vaudou à Montréal ont choisi de s'ouvrir davantage au monde, et il n'est pas rare que des non-Haïtiens puissent désormais assister à leurs cérémonies.

Dans la salle communautaire de l'église du Nazaréen, à l'étage, un petit document explique d'ailleurs comment on invoque les prêtres et prêtresses vaudou, les mambos et les ougans, qui invitent les esprits, nommés loas, lors de cérémonies. Plus tard, le film Les Chemins de la mémoire, de Frantz Voltaire, un documentaire portant sur le segment de l'histoire d'Haïti qui précède le régime des Duvalier père et fils, explique aussi comment le vaudou a été sévèrement réprimé par l'église chrétienne, les catholiques ayant été tenus de le rejeter publiquement, alors que de véritables autodafés brûlaient tous les objets de ce culte hérité des traditions africaines.

Plus tard, dans l'après-midi, Oswald Durand, descendant du poète du même nom — qui avait écrit notamment les paroles de la chanson Choucoune, reprise ici par Claude Valade, ou encore reprise en anglais par Henry Belafonte sous le titre Yellow Bird — livre une petite performance de musique de la tradition troubadour haïtienne, «une sorte de petit journal de quartier chanté», comme il l'a décrit. Feu Oswald Durand aurait écrit Choucoune en 1883 en l'honneur d'une «femme marabout», comme on appelle les métisses en Haïti, alors qu'il était lui-même, dit-on, en prison pour avoir émis des opinions politiques contraires au régime.

Plus tard, après que les questions furent posées, le groupe se déplace vers la Foire des Antilles, un marché d'alimentation haïtien du boulevard Saint-Michel, où Marie-Andrée — Lélée, pour les intimes — sert du griot, viande de porc préparée, des bananes plantain vertes et jaunes, le tout arrosé de crémas, cette boisson composée de lait, de noix de coco râpée et de rhum, qui, avec la sauce bien relevée, vient pimenter les échanges.

Entre-temps, les participants auront appris quelques mots de créole, auquel ils trouveront des similitudes avec le parler québécois, les deux langues ayant largement emprunté au vieux français. À titre d'exemple, leur «as swéa», pour «ce soir», ressemble à notre «à souère», et leur «map boule piti piti», pour «je brûle petit à petit», ou, «je vais très bien», pourrait se traduire par «je pète le feu», en québécois!

Au cours de son exposé, Stéphanie Casimir faisait par ailleurs un rapprochement entre les pensées de Toussaint Louverture, héros révolutionnaire haïtien qui lutta pour la première république noire, et Louis-Joseph Papineau. Les quartiers Saint-Michel, Saint-Léonard et Montréal-Nord de Montréal sont ceux où l'on trouve la plus forte concentration de Québécois d'origine haïtienne, et on apprendra qu'en ce qui a trait aux guerres de gangs de rues, les Bleus, ou les Crisp, de Saint-Michel, s'opposent en général aux Rouges, ou aux Blood, de Montréal-Nord.

L'expérience est sans doute bénéfique, puisque la Ville de Montréal a elle aussi décidé d'intégrer un circuit haïtien à ses Journées de la culture de l'automne prochain. On pourrait y intégrer des représentations d'artistes haïtiens et peut-être des cours de créole à suivre en autobus.