Enquête sur la mort de Fredy Villanueva - Meas n'a pas vu les gestes fatidiques

Denis Meas est l'un des principaux témoins de la mort de son bon ami Fredy Villanueva. Et pourtant, il n'a rien vu.

M. Meas se trouvait à une distance de 2 à 4 mètres de l'agent Jean-Loup Lapointe lorsque celui-ci a ouvert le feu sur le jeune Villanueva, le 9 août 2008 à Montréal-Nord. Il reculait après en avoir reçu l'ordre de la policière Stéphanie Pilotte. Une fraction de seconde plus tard, il entendait des coups de feu, il voyait son ami s'écrouler dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa et il ressentait l'intense douleur d'un projectile qui lui a transpercé l'épaule.

Denis Meas n'est cependant pas en mesure d'expliquer les gestes faits par Villanueva dans les secondes précédant le drame. À son souvenir, son ami Fredy se trouvait à environ 1,5 m ou 2 m de l'agent Lapointe. «Je ne suis pas sûr de ses mouvements», a-t-il dit.

Le policier a prétendu lors de son témoignage que Fredy Villanueva l'avait saisi à la gorge et qu'il avait tenté de le désarmer. Denis Meas n'en sait trop rien. Il a bien vu Dany Villanueva se faire clouer au sol par l'agent Lapointe. Il a aussi remarqué, après les coups de feu, que le policier avait dégainé son arme, le bras en pleine extension. Mais entre ces deux événements, qui se produisent à quelques secondes d'intervalle, c'est le vide.

Il se souvient par contre que ses amis et lui étaient «sous le choc» lorsque le policier

Lapointe a tiré quatre coups de feu. «Moi, j'étais terrifié», a-t-il dit, hier lors de l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva.

Denis Meas s'est sauvé, craignant que Lapointe ne tire à nouveau. Il a croisé un policier, arrivé en renfort sur les lieux. «J'ai été tiré par ton collègue», a-t-il dit. En guise de réponse, le patrouilleur aurait dégainé et pointé son arme en direction du blessé.

Conduit à l'urgence, Denis Meas a appris que les policiers voulaient l'arrêter pour voies de fait sur l'agent Lapointe. À la suite de son opération, alors qu'il était sous l'effet de la morphine, deux enquêteurs de la Sûreté du Québec l'ont interrogé sur son lit d'hôpital, le 10 août en fin d'après-midi.

Denis Meas dit n'avoir aucun souvenir de cette déclaration que son avocat, René Saint-Léger, a tenté d'exclure de la preuve la semaine dernière. «Je ne m'en souviens vraiment pas», a-t-il déclaré. Le témoin ne reconnaissait même pas sa signature sur la déclaration de la SQ, qui contredit en partie son témoignage. «Je ne me souviens pas de l'avoir signée. Je ne suis pas sûr que c'est ma signature. Je signe un peu mieux que ça», a-t-il avancé.

L'avocat de la policière Pilotte, Gérald Soulière, a suggéré que Meas, un droitier, avait peut-être signé de sa main gauche en raison de sa blessure à l'épaule droite.

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Avec La Presse canadienne