Avortement: le cardinal Marc Ouellet dénoncé par la classe politique

Les leaders politiques québécois ont réservé aujourd’hui une volée de bois vert au cardinal Marc Ouellet pour ses récents propos anti-avortement.

Avec de telles positions à l’égard des femmes, il n’est pas étonnant que les églises se vident au Québec, a résumé la ministre responsable de la Condition féminine, Christine St-Pierre, en entrevue à La Presse Canadienne.

«Faudrait-il laisser une femme violée garder le fruit de son agresseur? Pourquoi remettre dans l’actualité un dossier réglé? L’avortement est une question personnelle qui ne regarde que la femme», a-t-elle lancé.

Tant les femmes que les hommes du Québec n’accepteront pas le retour à la clandestinité de l’avortement comme semble le souhaiter le cardinal Ouellet, a dit Mme St-Pierre.

Le primat de l’Église catholique au Canada a soulevé un tollé en professant, lors d’une activité pro-vie il y a quelques jours, son opposition sans réserve à l’avortement, même en cas de viol.

Il a également souhaité la reprise du débat sur la criminalisation de l’avortement et salué la décision du gouvernement de Stephen Harper de ne pas financer, dans le tiers-monde, les programmes de santé comportant l’interruption des grossesses.

La chef de l’opposition péquiste, Pauline Marois, s’est insurgée elle aussi contre ces propos «rétrogrades».

«Au-delà des dogmes et des mythes, il faut être capable de reconnaître les droits et respecter le libre choix des personnes», a-t-elle dit.

A son avis, les Québécois catholiques ne se reconnaissent pas dans le «courant de pensée» incarné par Mgr Ouellet.

«Il est sûrement en porte-à-faux avec une partie de son Église qui est beaucoup plus ouverte et prête à accepter cette réalité (du droit à l’avortement)», a-t-elle estimé.

Sylvie Roy, députée de l’Action démocratique, a pour sa part décrié le «radicalisme» des positions exprimées par l’homme d’église.

«Je ne peux m’expliquer que l’on puisse penser comme ça dans un Québec contemporain», a-t-elle dit, suggérant que Mgr Ouellet a peut-être trop longtemps séjourné dans les officines de Rome.

De son côté, la coleader de Québec solidaire et militante féministe Françoise David a vu dans les propos de l’ecclésiastique de haut rang «un manque tout à fait spectaculaire d’empathie et de compassion» pour les femmes violées et victimes d’inceste.

«Il n’était pas nécessaire d’ajouter à la détresse, à la misère, des victimes de viol. Il y a un malaise devant une telle insensibilité», a argué Mme David.

La virulente sortie de Mgr Ouellet est d’autant plus surprenante, a-t-elle poursuivi, qu’elle vient rompre avec la prudente discrétion observée depuis des années par les évêques du Québec dans ce dossier.  «C’est pour ça que c’est très gênant, y compris pour les catholiques pratiquants», a-t-elle dit.

Le fédéral ne veut pas rouvrir le débat, selon Verner.

Côté fédéral, la ministre des Affaires intergouvernementales, Josée Verner, s’est affichée dans le camp des «pro-choix» et plaidé pour la séparation de l’Église et de l’État.

Le gouvernement Harper, a-t-elle insisté, ne souhaite pas rouvrir le débat sur l’avortement, n’en déplaise au cardinal.

Porte-parole du Bloc québécois en matière de condition féminine, la députée Nicole Demers croit au contraire que le gouvernement Harper manoeuvre sur divers fronts pour miner le droit des femmes à l’interruption volontaire de grossesse.

La décision d’exclure le recours à l’avortement dans les pays pauvres et le projet de loi C-510 — qui vise à criminaliser «les pressions» exercées sur une femme pour avorter — en sont l’illustration, a-t-elle affirmé.

Quant au cardinal Ouellet, Mme Demers ne lui accorde pas le droit de s’immiscer dans le dossier de la procréation puisqu’il est un homme.

«J’ai de la difficulté à réconcilier qu’encore une fois ce soit un homme qui monte au front et essaie de déterminer ce que les femmes doivent faire pour elles-mêmes et comment les femmes doivent réfléchir, penser et agir», a-t-elle analysé.

Nullement en reste, le monde syndical s’est joint au tir groupé contre le primat, perçu comme la tête de pont d’une nouvelle offensive pancanadienne contre le droit à l’avortement.

«Ce qui est inquiétant, c’est que ce n’est pas juste un prélat un peu perdu dans sa vision des choses. Il y a au Canada une montée de la droite autour de cette question. J’en veux pour preuve la manifestation récente devant le parlement d’Ottawa avec plein de députés prêts à s’afficher», a dit la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Mgr Ouellet a décliné la demande d’entrevue de La Presse Canadienne. Son bureau a cependant fait savoir qu’un communiqué sera émis ultérieurement pour «clarifier» les propos du cardinal.

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