Homélie contre l'homophobie à l'église Saint-Pierre-Apôtre

La communauté de l’église Saint-Pierre-Apôtre est composée d’une population largement mâle et homosexuelle.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La communauté de l’église Saint-Pierre-Apôtre est composée d’une population largement mâle et homosexuelle.

La salle était comble, peuplée majoritairement d'hommes. La communauté de l'église Saint-Pierre-Apôtre, rue de la Visitation, à Montréal, à deux pas du village gai, est d'ailleurs chaque dimanche composée d'une population largement mâle et homosexuelle, paraît-il. Largement, mais pas seulement, car cette église ne voudrait surtout pas se constituer en ghetto, et ses portes sont grandes ouvertes à l'ensemble de la population.

Hier, à la veille de la Journée internationale de lutte contre l'homophobie, le comité de pastorale de l'église avait fait une première, en invitant Laurent McCutcheon, président de l'organisme Gai-écoute, à prononcer l'homélie.

Ce dernier, qui se dit peu habitué aux cérémonies religieuses, a tout de même accepté l'invitation en lisant devant l'auditoire une lettre à Jésus condamnant l'exclusion des homosexuels de la communion catholique.

«Je viens plaider la cause de celles et ceux qui, comme moi, ne correspondent pas au modèle préconisé par ton Église. Se peut-il, Jésus, que les hauts dirigeants de ton Église se soient écartés de ton enseignement et que la parole des hommes se soit substituée à la tienne?», demandait-il. M. McCutcheon a fait état de la souffrance, du doute et de l'anxiété, engendrés par l'exclusion des homosexuels par l'Église.

Pour Jacques Côté, qui vient chaque dimanche depuis Anjou pour assister à la messe à Saint-Pierre-Apôtre, l'accueil qui est fait ici est exceptionnel et chaleureux. «Je m'y suis même fait des amis», dit-il.

André Bergeron, un habitant du quartier âgé de 74 ans, qui vient aussi à l'église chaque dimanche, affirme qu'il ne s'imagine pas voir l'Église inclure les homosexuels de son vivant. Mais il se souvient avec ferveur cependant d'une visite de Mgr Turcotte à l'église de Saint-Pierre Apôtre, au cours de laquelle le cardinal avait glissé: «Dieu vous aime.»

Pour le père Pierre-Alain Argouin, missionnaire du Sacré-Coeur qui donnait la messe d'hier, il n'est pas question de refuser la communion à des hommes et à des femmes de pratique homosexuelle, comme le préconise pourtant la doctrine de l'Église. Lui-même, qui est aussi aumônier en milieu carcéral, ne la donne-t-il pas à des voleurs, à des meurtriers? «En prison, ce que les gens ont fait est bien plus grave, des vols, des meurtres, souligne-t-il. Est-ce que je leur refuse la communion pour autant?»

Selon le père Argouin, les Églises du Québec sont en général de plus en plus ouvertes à l'homosexualité ouverte ou cachée.

Reste que l'église de Saint-Pierre-Apôtre, qui fait figure de leader et d'exception dans ce domaine, est pleine comme hier, semble-t-il, chaque dimanche. C'est au moins une bonne raison pour l'Église d'intégrer les exclus.
8 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 17 mai 2010 07 h 52

    L'Église n'est pas un parti politique!

    Il faut bien saisir que l'Église n'approuve pas l'homosexualité, ne la considère pas comme une sexualité normale. Ce qui ne veut pas dire cependant qu'elle exclut les homosexuels. L'Église est ouverte à tous, sans exception, ce qui ne veut pas dire qu'elle est d'accord avec les choix et les conduites de chacun. Elle a une doctrine et une morale. Personne n'est obligé en conscience d'y souscrire, mais ne demandons pas à l'Église de devenir comme un parti politique et de répondre à toutes les demandes!

    Michel Lebel

  • Jacques Légaré - Inscrit 17 mai 2010 09 h 44

    Mais que vient faire un gay dans une église ?



    La pape Benoît XVI est tout à fait cohérent avec sa doctrine en désapprouvant, voire condamnant, l'homosexualité. Le personnage littéraire qu'est Jésus, dans ce roman à sous-genre fantastique que constituent les Évangiles dont 3 au moins sont plagiaires du 4e, n'a jamais affirmé la liberté de qui que ce soit, encore moins la liberté démocratique (qu'il n'a jamais connue), et encore moins la liberté des moeurs et la liberté de l'orientation sexuelle.

    Il a dit tout le contraire: il a dit que le Nouveau Testament assume l'Ancien. La masturbation, et l'homosexualité, condamnées par Moïse, le sont aussi par le Christ. Benoît XVI est donc cohérent.
    «Cohérent» ne veut pas dire juste, ne veut pas dire vrai, ni bien branché sur la modernité. Je dis donc aux homosexuels: de grâce, ne soyez pas en plus maso pour demander à ceux qui vous méprisent un peu de bonté pour baumer les souffrances de votre ostracisme. Soyez cohérents...

    Les femmes, les homosexuels, les gens libres, éduqués, bien formés et non crédules, n'ont rien à faire dans ces organisations religieuses, repaires de contrôleurs arriérés qui veulent se mettre le nez et les mains dans votre intimité. Non seulement il faut en sortir, mais les combattre, car leur but de domination et de contrôle est insatiable. Ils fréquentent les plus faibles moins pour les aider que pour avoir un ascendant quelque part sur quelqu'un. Leur «amour» affiché est bien suspect, car les problèmes des malheureux sont surtout et avant tout politiques. Et la politique de droite des religions les y maintiennent.

    C'est le but de toute religion que cette domination et cette aliénation. Alors, sortons-en, et combattons-la. La culture humaine en sortira désintoxiquée, mieux nourrie, plus heureuse et plus belle.

    À monsieur Lebel: «L'Église n'est pas un parti politique». Heureusement. Ainsi donc qu'elle ne fasse pas dans les media comme si elle en était un sans le dire.
    L'Église existe encore. Malheureusement, pour la culture contemporaine.


    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique, né 1948,
    Professeur (retraité) d'Histoire, d'Économique et de Philosophie
    http://oeuvres-de-jacques-legare.iquebec.com/

  • Gerard44 - Inscrit 17 mai 2010 10 h 11

    L'Évangile d'abord

    Je suis membre de la communauté St-Pierre-Apôtre depuis 2004 et j'y ai oeuvré en pastorale. Je fais aussi partie du Conseil de pastorale.

    La référence ultime pour les chrétiens c'est leur conscience. Même Benoit XVI l'a affirmé lorsqu'il était le professeur Joseph Ratzinger. L'Église c'est bien plus que le pape, la Curie romaine ou le Vatican. Cette structure administrative est désuète depuis longtemps et n'a même pas osé mettre en place la collégialité (gouvernance avec l'ensemble des évêques) proposée par Vatican II. Ce système pyramidal de style impérial n'a plus sa place car il carbure au pouvoir et au légalisme comme le Sanhédrin au temps de Jésus. Le Vatican a mis la main sur Dieu et se comporte en propriétaire plutôt qu'en humble serviteur de l'Amour.

    Je suis un adulte, baptisé, membre de l'Assemblée des croyants (sens du mot Église) en Jésus Christ et en ce sens je contribue à l'avancement de la compréhension et à la pratique du message évangélique. Comme adulte j'ai une pensée et une parole propres. Je n'attend donc pas des réponses des autorités à mes questions. Je les évalue en communauté. Les autorités ecclésiales ont erré tellement souvent dans l'histoire en se prenant pour Dieu lui-même que la sagesse demande d'exercer son propre jugement.

    Comme au temps de Galilée que l'Église a condamné, aujourd'hui ce sont les homosexuels. Les sciences humaines ont établi que l'homosexualité est une tendance naturelle, que l'on retrouve même dans la nature. Une religieuse, docteure en sexologie, Marie-Paul Ross, va dans le même sens dans son livre «Traverser l'épreuve (2010): «L'authentique homosexualité est une variante tout à fait naturelle, rencontrée chez une minorité d'hommes et de femmes» p. 163. Jésus ne s'enfarge pas dans les questions de sexualité mais place l'amour au centre de tout. C'est une meilleure compréhension de l'être humain par les sciences humaines - il n'y a pas qu'une orientation sexuelle naturelle - qui ouvre les horizons. L'obsession du sexe (et de la femme tentatrice, voire impure) et sa répression féroce coure tout au long de l'histoire de l'Église catholique. Il est temps qu'on en sorte pour se brancher sur la Bonne nouvelle d'un Dieu compatissant, miséricorde, vivant, épris de liberté et de justice sociale.

  • Gerard44 - Inscrit 17 mai 2010 11 h 06

    Regarder attentivement

    A Jacques Légaré je dis de mieux regarder. Même si je critique vertement l'organisation de l'administration dans cette grosse multinationale, le Vatican, j'affirme que la réalité de l'ensemble dans l'histoire humaine est infiniment plus complexe et même riche de fruits dignes des meilleurs jardins. Avec des bouts pourris comme l'inquisition et les guerres de religion, l'esclavage et la colonisation. Même le syndicalisme, levier de justice et de dignité pour les travailleurs, a ses épisodes pourris. Pas besoin d'être ph.d en philosophie ou en histoire pour bien s'informer et juger avec discernement. Depuis la révolution des années 60, nous lisons beaucoup. L'internet donne accès à tout.

    Ma foi chrétienne me pousse même à m'intéresser aux grandes questions de notre époque et à m'y impliquer. J'ai été de nombreuses luttes de justice sociale (dont celle contre la torture avec l'ACAT) et environnementale. La lutte contre l'homophobie en est une. L'Évangile de Jésus auquel je me réfère m'allume davantage qu'elle ne m'éteint. Mon émerveillement devant la vie m'a conduit à devenir astronome amateur et à élargier ma compréhension du magnifique univers qui nous entoure, du furtif boson de Higgs aux filaments de galaxies. La foi m'a permis de traverser des épreuves et des deuils et je conçois que d'autres les traverses sans cette foi. L'Être à l'origine de tout n'appartient à personne et se révèle comme il veut quand il veut.
    Si on peut s'enfermer dans des visions intégristes et manichéennes du monde, religieuses ou autres, on peut aussi se laisser ouvrir, devenir une source de vie et de liberté, de dignité et de justice avec les autres. Y a ben d'la place pour les homosexuels dans le coeur de Dieu, mais les humains ont la nuque raide et le coeur dur. C'est long de devenir vraiment humain.

  • Helsinki - Inscrit 17 mai 2010 11 h 38

    L'homosexualité perçue comme un crime.

    «En prison, ce que les gens ont fait est bien plus grave, des vols, des meurtres.»

    L'homosexualité comparée aux vols et aux meurtres ?! C'est vrai que quand j'embrasse ma copine le soir, je m'endors en me disant que ça pourrait être bien pire, je pourrais être en train de tuer quelqu'un. Non mais..... @!?#$!

    Même en essayant de s'ouvrir, l'Église est incapable de se défaire de cette manière de penser tellement mérpisante. Vous avez raison M. Légaré, je n'ai rien à faire dans ces organisations religieuses...