Sortie pro-vie de Mgr Ouellet - Des propos dignes d'une autre époque

Invité d'honneur du congrès Campagne Québec-Vie, le cardinal Marc Ouellet a fait valoir samedi que rien, pas même le viol, ne justifiait l'avortement, suscitant un concert de reproches.

«Prendre la vie de quelqu'un d'autre qui est innocent, c'est toujours un crime, moralement. Cette créature-là [le foetus humain, l'enfant à naître] n'est pas responsable de ce qui lui arrive, c'est l'agresseur qui est responsable. Il y a déjà une victime. Est-ce qu'il faut en faire une autre?», a affirmé Marc Ouellet.

Pourquoi pousser une femme victime d'un crime à en commettre un à son tour, a demandé l'archevêque de Québec, qui est aussi primat de l'Église catholique au Canada, à 200 militants antiavortement réunis à l'hôtel Château Laurier de Québec.

Irritées, la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, et la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, ont toutes deux condamné Mgr Ouellet, hier, pour ses propos. «Je suis très mal à l'aise avec ça, très mal à l'aise avec ça. Je dois vous dire que je n'accepte pas ça», a affirmé Marguerite Blais sur les ondes de RDI. «Ce sont des hommes qui décident pour les femmes, alors que les femmes sont capables de décider pour elles-mêmes», a-t-elle ajouté.

Pauline Marois a quant à elle fait valoir que les remarques de M. Ouellet étaient dignes d'une autre époque. «Je suis complètement outrée de ces déclarations. Ce sont des luttes qui ont été faites depuis 40 ans, des droits qu'ont obtenus les femmes, et je crois que ce serait un recul inacceptable dans nos sociétés [que de criminaliser l'avortement]», a-t-elle dit lors d'un point de presse organisé en marge du colloque du Parti québécois.

Le prêtre Raymond Gravel s'est aussi mis en porte-à-faux envers Mgr Ouellet. «Je trouve cela déplorable qu'un homme qui est cardinal, qui est archevêque de Québec, tienne des propos comme ceux-là. C'est comme si les femmes n'étaient rien», a-t-il laissé tomber.

«Il faut comprendre les propos du cardinal Ouellet dans un contexte de la montée de la droite religieuse au Canada qui cherche à faire reculer le droit des femmes en matière d'avortement. [La droite religieuse] est complètement déconnectée de la réalité des femmes», a poursuivi la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi.

Mgr Ouellet avait pris part jeudi à la manifestation annuelle pro-vie à Ottawa, qui avait réuni de 5000 à 15 000 personnes sur le parterre du Parlement, dont 18 députés conservateurs. Il avait profité de l'occasion pour encenser le gouvernement de Stephen Harper pour sa décision de ne pas financer les programmes pour la santé des femmes dans les pays du tiers-monde, dont des sommes pourraient être utilisées pour favoriser l'avortement.

Mais la décision d'exclure l'avortement de la contribution financière canadienne à la future stratégie du G8 en matière de santé maternelle et infantile provoque un certain malaise au sein de la population canadienne puisqu'une majorité de citoyens s'y oppose, révèle un sondage La Presse canadienne/Harris Décima dévoilé hier.

Près de 60 % des 1000 répondants (58 %) ne sont pas d'accord avec la décision d'exclure l'avortement de la contribution financière canadienne à la future stratégie du G8 en matière de la santé maternelle et infantile.

Au Québec, le taux d'opposition à l'initiative est le même que dans l'ensemble du pays, soit de 58 %, alors qu'en Ontario il est de 56 %. «Il semble que l'ensemble des Canadiens partagent le même sentiment, soit qu'ils veulent une politique sur la santé maternelle qui inclut le financement pour l'avortement», a affirmé la vice-présidente de la firme de sondage Harris Décima, Mega Tam.

Le sondage a été effectué auprès de 1000 personnes entre le 6 et le 9 mai. Sa marge d'erreur est de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

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Avec La Presse canadienne

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