Mort de Fredy Villanueva - Deux témoins clés ont été interrogés sous sédatif

Deux des principaux témoins de la mort de Fredy Villanueva, tué par le policier Jean-Loup Lapointe, étaient sur leur lit d'hôpital et sous sédation lorsqu'ils ont été interrogés par la Sûreté du Québec (SQ). Leurs déclarations restent tout de même admissibles en preuve, au grand dam de leurs avocats.

Denis Meas, atteint d'une balle à l'épaule, et Jeffrey Sagor-Metellus, touché au rein, ont été conduits à l'hôpital sous escorte policière dans la soirée du 9 août 2008, car ils étaient soupçonnés de voies de fait sur le policier Lapointe, celui-là même qui les a blessés tous les deux.

Sagor-Metellus a été tenu en isolement à l'hôpital dans l'attente d'une opération pour extraire le projectile. Des policiers ont même empêché sa mère de veiller à son chevet. À son réveil, alors qu'il était encore intubé et sous l'effet de puissants analgésiques, des agents de la SQ ont recueilli sa version des faits. Meas a subi un traitement similaire. Il se remettait de son opération, sous sédation, quand les agents l'ont interrogé sur son souvenir de l'intervention.

Les avocats des deux jeunes hommes ont réclamé que ces déclarations soient exclues de la preuve, hier, à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva. Sauf que la demande est bien tardive. Les déclarations de Meas et Sagor-Metellus ont été admises en preuve en décembre dernier, sans que personne ne s'y oppose.

Le coroner ad hoc, André Perreault, a indiqué qu'il n'allait pas siéger en appel de ses propres décisions. Il prendra en considération «la valeur probante» à attribuer aux déclarations de Meas et Sagor-Metellus dans ce contexte particulier.

Les déclarations de Meas et Sagor-Metellus, écrites par les enquêteurs de la SQ, corroborent en partie la version des faits de Jean-Loup Lapointe. Meas indique notamment que Fredy Villanueva n'a pas obtempéré à l'ordre de reculer des policiers. «Fredy est allé vers les policiers. Il disait d'arrêté [sic] de frapper [Dany]. Fredy a touché les policiers», dit Meas.

Sagor-Metellus lui prête un rôle tout aussi proactif. Alors que Lapointe tente de maîtriser son frère Dany, Fredy s'avance, raconte Sagor-Metellus dans sa déclaration. «Avant qu'il sorte son arme, Fredy s'est dirigé vers le policier et son frère. Fredy n'a rien dit. Il a pris son frère et le policier Lapointe par le collet au niveau du coup [sic] pour les séparer», explique-t-il.

La crédibilité de Dany

Denis Meas a par ailleurs amorcé son témoignage sur des généralités, hier en fin de journée. Après neuf jours de contre-interrogatoire, le calvaire de Dany Villanueva est finalement terminé. Il a souffert de sérieux problèmes de crédibilité.

D'une part, sa déclaration comprend des omissions, des mensonges et des imprécisions au sujet de Jeffrey Sagor-Metellus. Villanueva dit qu'il n'était pas présent lors de la fusillade, alors que c'est faux. Il affirme aussi ne pas le connaître, alors qu'ils se fréquentent depuis l'école secondaire. En date du 9 août 2008, ils étaient dans l'attente d'un procès conjoint pour vol, et une ordonnance de la cour leur interdisait de se fréquenter.

D'autre part, Dany Villanueva a affirmé dans son témoignage qu'il avait quitté le gang des rouges à sa sortie de prison, en novembre 2006. Des photos et des vidéos postérieures à cette date démontrent cependant qu'il fréquentait toujours des membres du gang et qu'il s'identifiait aux rouges par sa gestuelle (il faisait des signes «b» pour Bloods avec ses mains) et son habillement (il portait souvent du rouge). Encore récemment, Dany Villanueva a été arrêté pour conduite avec les facultés affaiblies avec deux comparses qui se réclament des Bloods.

Son avocat, Günar Dubé, a déploré le glissement de l'enquête vers «un procès criminel» de Dany Villanueva. «Le but de l'enquête, c'est de savoir ce qui s'est réellement passé, et non de faire l'historique criminel de Dany Villanueva, a-t-il dit. Rien ne justifiait des coups de feu, et encore moins quatre dans les circonstances.»
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 mai 2010 10 h 53

    Les dés

    Jouer aux dés sur la place publique est vraiment dangereux.
    Dans la cas de cette enquête, les dés seront-ils pipés?

  • Jean Bourque - Inscrit 16 mai 2010 15 h 49

    "petite différence"

    Jouer aux dés comporte moins de risque pour Soeur Angèle que Mom Boucher. Cette enquête est une farce (gaspillage de temps et d'argent) depuis le début.