Mort du criminologue Jean-Paul Brodeur

Jean-Paul Brodeur, une sommité de la sociologie de la police, est décédé des suites d'une péritonite lundi soir. Il était âgé de 66 ans.

Le chercheur de haut calibre était à la tête du Centre international de criminologie comparée, l'un des plus importants centres de recherche criminologique sur la scène internationale, dont le siège social est sis à Montréal.

Ses collègues et amis trouvaient qu'il avait beaucoup maigri et qu'il semblait fatigué depuis quelque temps. «On vient de perdre une personne très intègre, d'une grande rigueur scientifique. Il avait vraiment étudié les organisations policières au cours des dernières années. On perd un grand penseur et un grand chercheur sur ces questions, sans parler d'un homme qui était très chaleureux», a commenté le directeur de programme au Centre international pour la prévention de la criminalité (CIPC), Serges Bruneau.

Jean-Paul Brodeur s'est notamment fait connaître lors de la Commission d'enquête sur les opérations policières en territoire québécois, communément appelée la commission Keable, où il fut directeur de recherche.

Il a par la suite mené de nombreuses recherches au sein de divers organismes gouvernementaux et a rédigé ou participé à la rédaction d'ouvrages de référence sur la sociologie de la police, dont, tout récemment, Terrorisme et antiterrorisme au Canada et La Police en pièces détachées.

Son ouvrage La Délinquance de l'ordre: recherches sur les commissions d'enquête, paru en 1984, eu une grande influence. Jean-Paul Brodeur s'était interrogé sur les fonctions remplies par 11 commissions d'enquête en se préoccupant de l'exploitation électorale de leurs résultats et de la politisation de la justice.

Le membre de la Société royale du Canada a également enseigné au Département de criminologie de l'Université de Montréal.

Jean-Paul Brodeur avait aussi participé à une récente étude comparée des violences urbaines dans le monde, qui se montrait critique du travail des policiers à Montréal-Nord. Par ailleurs, M. Brodeur a critiqué le travail des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) chargés d'enquêter sur la mort de Fredy Villanueva, tué par un policier de Montréal.

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Avec la collaboration de Brian Myles
1 commentaire
  • Louise Blanchard - Abonné 28 avril 2010 12 h 06

    Grande tristesse

    Merci pour cet article rappelant les grandes qualités professionnelles et humaines de Jean-Paul Brodeur. Il omet par ailleurs de mentionner que M. Brodeur, diplômé de l'UM et de l'université de Paris, a été au départ professeur de philosophie aux tout débuts de l'Université du Québec à Montréal. J'ai eu le privilège de suivre quelques-uns de ses cours - le premier, en épistémiologie - et n'ai jamais oublié la passion débordante qui l'animait et l'humour avec lequel il nous transmettait une matière souvent fort aride. Avec d'autres professeurs du département, notamment Georges Leroux, il avait instauré alors au département de philosophie un climat d'effervescence intellectuelle et de convivialité qui ont marqué profondément la génération d'étudiants de cette époque. Des années plus tard, comme journaliste, j'ai eu la chance de l'interviewer et de le consulter dans son travail de criminologue, retrouvant l'homme toujours aussi clair et rigoureux dans sa parole, toujours aussi chaleureux et passionné dans son approche...Son décès m'attriste profondément mais c'est la gratitude qui m'habite encore davantage face à tout ce qu'il a laissé comme héritage pour moi et pour tous ceux et celles qui ont eu la grande chance de croiser sa route.
    Louise Blanchard